L’idée, en provenance de Toronto, pourrait révolutionner le hockey de la LNH.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

L’ancien adjoint de l’actuel entraîneur-chef des Maple Leafs, Sheldon Keefe, le Montréalais Jack Han, fait la promotion cette semaine dans les médias de la Ville-Reine d’une formation à trois défenseurs et deux attaquants.

« Leurs attaquants coûtent très cher et ils ont beaucoup de défenseurs moyens qui auraient besoin d’un meilleur appui, affirme Han, 31 ans, aux nombreux journalistes qui l’ont sollicité. Cette configuration pourrait les aider. C’est une façon de composer avec le plafond salarial, mais aussi de maximiser son talent et de solidifier vos faiblesses. »

Han, qui se consacre actuellement à l’analyse de stratégies sur son site internet, après avoir œuvré comme conseiller pour les Maple Leafs pendant deux ans, dit ne pas avoir encore discuté de ses idées avec Sheldon Keefe. « Nous n’en avons pas encore parlé, mais ça ne saurait tarder, et j’ai l’impression qu’on pourrait assister à quelque chose du genre cette saison. »

Au départ, on pourrait utiliser cette stratégie dans certaines situations précises seulement, comme pour protéger des avances. « Opposez une formation de quatre attaquants et d’un seul défenseur à un attaquant et quatre défenseurs, dit Han. Voyez qui a l’avantage. Avec une formation à trois défenseurs et deux attaquants, les chances d’accorder des occasions de marquer sur une contre-attaque sont faibles. »

Cette stratégie ne conviendrait pas à la majorité des clubs actuels, admet Han, qui a aussi écrit pour le site web du Canadien. « On comprend pourquoi la plupart des équipes ne l’utiliseraient pas, dit-il. Le bassin de défenseurs mobiles et talentueux n’est pas assez grand pour combler les postes. Et on laisserait beaucoup de talent sur la table, parce que la plupart des meilleurs joueurs sont des attaquants. »

L’ancien entraîneur adjoint de Guy Boucher à Tampa et Ottawa, Martin Raymond, n’avait pas encore eu vent de la proposition de Jack Han jeudi matin. Mais il est très familier avec ce système de jeu.

« Je l’ai fait pendant environ un an et demi à McGill quand j’avais plus de bons défenseurs que d’attaquants, confie-t-il au téléphone. J’avais des équipes moins talentueuses à l’époque et on cherchait des manières d’être compétitifs. Un des clubs les plus titrés en division III de la NCAA, Middlebury, jouait de cette façon. Ça n’est pas un nouveau concept. »

Ce système de jeu est emprunté de la Suède, affirme Martin Raymond. « Ils appellent ça le système “Torpedo”. Clément Jodoin (l’ancien entraîneur adjoint chez le Canadien et longtemps entraîneur-chef dans la LHJMQ) qui allait souvent en Suède l’été m’en avait expliqué les grandes lignes. J’avais bien apprécié qu’il me partage ses connaissances. »

Le système « Torpedo » a d’abord été instauré à Djurgardens par l’entraîneur Hardy Nilsson au début des années 2000. Il a poursuivi l’expérience avec les équipes nationales suédoises, entre autres lors des Jeux olympiques de 2002.

« Dans ce système, il n’y a pas nécessairement trois défenseurs, mais un centre qui agit comme troisième défenseur », précise Martin Raymond.

Amusons-nous à faire l’exercice avec le Canadien selon le système échafaudé par Jack Han. En employant neuf défenseurs, il faudrait donc retrancher trois attaquants à la formation habituelle. Voici à quoi ça pourrait ressembler :

Danault-Gallagher
Chiarot-Weber-Mete

Suzuki-Drouin
Edmundson-Petry-Romanov

Kotkaniemi-Anderson
Kulak-Ouellet-Fleury/Juulsen

Tatar-Toffoli
(Un des trois trios de défenseurs au choix)

Il n’y aurait donc pas de place pour Paul Byron, Artturi Lehkonen, Joel Armia, Jake Evans et Ryan Poehling.

On imagine plus facilement une telle stratégie pour les Maple Leafs justement :

Matthews-Marner
Morgan Rielly-Travis Dermott-T. J. Brodie

Tavares-Nylander
Timothy Liljegren-Jake Muzzin-Justin Holl

Kerfoot-Hyman
Martin Marincin-Rasmus Sandin-Zach Bogosian

Mikheyev-Spezza/Thornton (Troisième trio de défenseurs au choix)

Jimmy Vesey, Wayne Simmonds et Nick Robertson seraient les attaquants en trop. À moins que Robertson ou Simmonds ne s’insère à la place d’un autre. Les idées de Han rencontrent déjà de la résistance. « J’attends aussi le jour où les gens suggéreront d’utiliser deux gardiens, a lancé sur Twitter l’ancien défenseur des Leafs, Carlo Colaiacovo. Pouvons-nous nous concentrer à jouer et cesser de tenter de réinventer notre sport ? »

Un tel système pourrait-il fonctionner dans la Ligue nationale de hockey ? « C’est très créatif et original, soutient Martin Raymond. Mais quand tu n’as jamais joué de cette façon de ta vie ? Je ne sais pas si les joueurs d’expérience pourraient s’adapter à ce nouveau système. Ils ne sont pas nécessairement entichés à jouer d’une manière différente quand tu changes complètement leur manière de faire. Ça dépend de tes joueurs. »

À ce jour, la direction des Maple Leafs n’a pas commenté les déclarations de Jack Han. Celui-ci n’est plus à l’emploi de l’organisation depuis mai. L’avenir nous dira si sa voix résonne encore dans le vestiaire torontois.

On ne sait pas non plus si les idées novatrices de Jack Han tiendront la route. Mais avant de rigoler, pensons aux avant-gardistes dans l’histoire du sport : Jacques Plante et son masque, Billy Beane à Oakland, Pep Guardiola et sa formation 3-7-0 avec le FC Barcelone…

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