Il y aura de nombreux dossiers sur le bureau de Marc Bergevin au cours des prochaines semaines. Il y aura les dossiers chauds, évidents… et puis il y aura les autres dossiers, tout aussi importants, qui ne pourront pas être ignorés.

Richard Labbé
Richard Labbé La Presse

Ne pas gaspiller Carey Price

Le gardien vedette du Canadien a eu 33 ans tout récemment. De manière réaliste, il lui reste combien de bonnes années encore ? On peut bien citer en exemple Martin Brodeur, qui a joué jusqu’à l’âge vénérable de 42 ans, mais Brodeur est plutôt l’exception que la norme. Price, avec son style très exigeant physiquement, ne sera pas éternel, et le Canadien ne peut plus le gaspiller comme il vient de le faire. D’ordinaire, un gardien qui offre à son club un taux d’efficacité de ,936 en séries éliminatoires ne devrait pas être en vacances en ce moment… Et doit-on aussi rappeler que lors des séries de 2017, il avait offert un taux d’efficacité de ,933 contre les Rangers de New York, avec le même résultat ?

On peut ajouter à ça que Price, en son for intérieur, doit bien en avoir un peu sa claque d’offrir de telles performances à une équipe qui ne marque pas souvent, pas assez en tout cas pour l’aider à avancer quand ça compte. C’est pourquoi le directeur général Marc Bergevin doit faire des gestes concrets afin d’améliorer l’équipe… et afin de rappeler à Price que le gazon ne sera pas nécessairement plus vert ailleurs (à Seattle, par exemple). Parce que si ça n’arrive pas, le nom de Price se retrouvera, bien injustement, dans cette trop longue liste de grands noms qui n’auront jamais pu atteindre le sommet.

Ne pas laisser échapper Ryan Poehling

Alex Galchenyuk. Michael McCarron. Nikita Scherbak. Noah Juulsen. Non, le Canadien de Marc Bergevin n’a pas une très bonne moyenne au bâton avec ses premiers choix, et il ne faudrait pas que Ryan Poehling ajoute son nom à cette liste. Poehling, premier choix du club au repêchage de 2017, devait connaître une très bonne saison 2019-2020 selon une majorité d’experts (et probablement selon la direction du Canadien !), mais ce n’est pas vraiment ce qui est arrivé. À la place, l’attaquant américain n’a fait que passer au Centre Bell, et sa saison dans la Ligue américaine avec le Rocket de Laval n’a pas été un succès non plus.

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Ryan Poehling

C’est là qu’on entre dans la question du développement, un aspect du hockey où l’organisation du Canadien n’a pas vraiment excellé au fil des dernières saisons. Personne ne s’attend à ce que Ryan Poehling devienne un jour un marqueur de 50 ou de 40 buts, mais il ne faudrait pas que ce jeune homme de 21 ans devienne un autre premier choix raté. Parce que quand on manque son coup trop régulièrement avec des premiers choix, souvent, ça prend des années à s’en remettre.

Ne pas abandonner Max Domi

Ce serait tentant de le faire, n’est-ce pas ? Domi a été invisible pendant les séries, et certains matchs, on avait surtout l’impression qu’il nuisait au lieu d’aider. Ce n’est pas une excuse, mais il se peut que Domi soit de ces joueurs qui ont du mal avec le hockey présenté devant aucun spectateur. Le numéro 13 aime se nourrir de l’énergie des partisans au Centre Bell, et sur la route, il aime pouvoir camper le rôle du méchant. Sans cette charge d’émotion, on a eu l’impression qu’il n’a pas été en mesure d’être lui-même.

Dans l’immédiat, ce serait une erreur que de l’échanger au moment où sa valeur est à son plus bas, et ce serait aussi une erreur de ne pas lui offrir de contrat et de le voir partir ailleurs en retour de rien. Il faut quand même rappeler que lors de la saison 2018-2019, il avait offert 72 points à son équipe. Entre ce total et ses 44 points de cette saison, il doit bien y avoir quelques bonnes saisons de 60 points quelque part dans l’avenir.

Ne pas abandonner Jonathan Drouin

Il s’en est dit des choses pas très gentilles au sujet de Jonathan Drouin lors des dernières semaines. Entre autres, on l’a accusé d’avoir été un passager beaucoup trop souvent, mais au bout du compte, l’attaquant québécois a tout de même terminé son tournoi avec une récolte de 7 points en 10 matchs, à égalité au sommet des marqueurs du club avec Nick Suzuki (les 4 points de Jesperi Kotkaniemi ont soulevé beaucoup plus d’enthousiasme, au point où on se demande si le buste a déjà été commandé auprès du Temple de la renommée à Toronto, mais passons).

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Jonathan Drouin

Ce que les présentes séries ont permis de voir, et de confirmer, c’est ceci : Drouin a besoin d’un centre de premier plan pour fonctionner. Ses plus grandes qualités, comme sa vision du jeu et ses habiletés de passeur, deviennent très évidentes (et utiles !) lorsqu’il se retrouve avec un centre qui a un flair pour le filet comme Suzuki. Remarquez, au prix qu’il a coûté, le Canadien ne va certes pas abandonner dans son cas.

Ne pas oublier que l’avenir, c’est maintenant

Le 1er juillet 2018, les Blues de St. Louis ont obtenu l’attaquant Ryan O’Reilly des Sabres de Buffalo, en retour de Patrik Berglund, Vladimir Sobotka et Tage Thompson, en plus d’un premier choix en 2019 et d’un deuxième choix en 2021. Sur le coup, on a tous cru que les Blues venaient de payer beaucoup trop cher pour un attaquant vieillissant, mais un an plus tard, ils ont gagné la Coupe Stanley avec O’Reilly comme joueur le plus utile. C’est ce qu’il faut faire, parfois, pour avancer dans cette ligue : payer le prix.

Pour le Canadien, ce serait un bon moment de tenter quelque chose de similaire. Le club a 14 choix en poche en vue du prochain repêchage, une banque d’espoirs qui est très bien garnie, et en plus, une marge de quelque 18 millions de dollars à dépenser sous le plafond salarial. Carey Price et Shea Weber ont déjà laissé entendre que le temps commençait à presser, et les partisans du Canadien, qui n’ont pas vu leur club atteindre le deuxième tour des séries une seule fois depuis 2015, méritent mieux qu’un autre vague plan de relance où on leur exigera une fois de plus beaucoup de patience.