Grand cas a été fait des vétérans du Canadien et de l’impact qu’ils ont eu dans le parcours inattendu à Toronto. Vous connaissez les noms : Carey Price, Shea Weber, Jeff Petry, Ben Chiarot. Même Paul Byron, qui porte un « A » sur son chandail, a eu son mot à dire dans les succès de l’équipe.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Et puis vous avez Brendan Gallagher, l’autre assistant au capitaine, qui voit justement ses collègues du groupe de leadership produire des résultats. Et lui, il ne les produit pas.

Dimanche, le Canadien s’est incliné 1-0 devant des Flyers de Philadelphie revigorés. Devant un Carter Hart visiblement pas ébranlé par son retrait du match de vendredi. Les mauvaises langues diront que ses poteaux n’avaient pas l’air ébranlés non plus !

Dans un match aussi serré, on dit souvent qu’une équipe ne doit pas rechercher le plus beau but, le jeu parfait. Ce sont souvent des buts au pic et à la pelle, comme celui marqué par Jakub Voracek, qui s’est simplement dirigé devant le filet et a habilement fait dévier la rondelle.

Ça tombe bien, ces buts sont la spécialité de Gallagher. De Brian Gionta, il a appris les meilleures techniques de déviation, qui s’ajoutaient à son cœur gros comme le métro Jean-Talon [pour les gens pas habitués de transférer de la ligne bleue à la ligne orange : croyez-nous, c’est gros].

Sauf que Gallagher ne marque pas. Avec trois autres tirs dimanche, il totalise 31 tirs depuis le début des séries. Pour un joueur qui marque bon an mal an sur 10 % de ses tirs, il devrait être à trois buts, pas à zéro.

Pour une deuxième année de suite, Gallagher connaît sa pire séquence au pire moment. Sa dernière séquence de sept matchs sans but : les sept derniers matchs de 2018-2019, campagne où le Tricolore a été éliminé de la course aux séries à la veille de son 82e match.

15 min 3 s

Gallagher ne marque pas et tout autour lui rappelle qu’il est en léthargie.

Prenez la fin du match, quand son équipe attaquait à six. Il est rentré au banc avec 2 min 10 à jouer. À partir de ce moment, il y a eu trois arrêts de jeu, dont le temps d’arrêt du Tricolore. C’est pourtant bien assis au banc qu’il a assisté à la fin du match, pendant que Nick Suzuki, Jesperi Kotkaniemi et Jonathan Drouin passaient la totalité des deux dernières minutes sur la patinoire.

Gallagher a terminé sa soirée avec une utilisation de 15 min 3 s. Kotkaniemi, lui, a été l’attaquant le plus utilisé de son camp (19:32).

[Kotkaniemi] est en feu et on a besoin de buts. Chaque match est différent. Parfois, tu as l’avance, parfois tu ne l’as pas. Tu dois prendre des décisions en fonction de la situation. Ce sont les séries, il faut s’ajuster tous les soirs.

Kirk Muller, entraîneur-chef par intérim du Canadien

Pour son point de presse virtuel d’après-match, Gallagher était jumelé à Carey Price. Les deux s’adressaient aux médias en même temps. Price n’a donné qu’un but sur 20 tirs dans la défaite. Après sept matchs, son efficacité se chiffre à, 953.

« On doit aider notre gardien. Quand il accorde un seul but, on doit gagner », a déploré Gallagher.

Depuis le début des séries, on soupçonne le fougueux ailier droit de jouer blessé. Il a raté un entraînement au début du tournoi, a terminé une présence sur une jambe contre les Penguins de Pittsburgh. Est-il encore blessé ? Allez savoir. Les médias indépendants n’ont aucun accès aux entraînements et on doute que le Canadien publie des capsules vidéo en direct de la salle de traitement de thérapeute. Ça serait novateur, remarquez.

Mais qu’importe sa blessure, il fait tout de même de bonnes choses. C’est lui qui a eu la meilleure occasion en avantage numérique dimanche. Un de ses tirs de près a généré une chance de marquer pour Tomas Tatar.

« Je suis frustré »

Sauf que connaissant Gallagher, il ne s’arrête pas à cela. Il a bien plus de chances de remarquer que les autres vétérans de l’équipe obtiennent des résultats concrets. Qu’il était assis au banc pendant deux minutes en fin de match quand son équipe avait besoin d’un but.

« C’est sûr que je suis frustré. Mais ça ne donne rien de se morfondre. J’ai toujours cru qu’il faut éviter d’être frustré. Ce sont des émotions gaspillées, et je suis joueur émotif. En ce moment, ce n’est pas le processus qui compte, ce sont les résultats. C’est frustrant, les gars travaillent fort et j’aimerais les aider.

« Dans un match aussi serré, je suis placé en position de produire. C’est mon rôle dans cette équipe. Tu peux dire les bonnes choses et te placer au bon endroit, ça prend des résultats. Je mentirais si je disais que je ne suis pas frustré. Mais je dois continuer à faire ce que j’ai fait toute ma vie et trouver une façon de m’en sortir. »

Dans le détail

Konecny n’a pas l’air blessé !

La présence de Travis Konecny était incertaine en vue du troisième match, puisqu’il avait quitté le duel précédent avant la fin, blessé. S’il voulait rassurer les partisans des Flyers sur son état, c’est réussi ! Konecny a été le joueur le plus visible de son camp dimanche, d’abord en embêtant sérieusement le duo de Brett Kulak et Jeff Petry en première période. En deuxième période, c’est surtout son ardeur au travail qui est ressortie ; Artturi Lehkonen peut en témoigner, après avoir été renversé brusquement en zone neutre. L’ailier de 23 ans était en voie de fracasser la marque des 70 points cette saison, et on a bien vu pourquoi. Son mélange de fougue et de talent lui vaut des comparaisons avec Brendan Gallagher et elles sont bien méritées !

Une déclaration prophétique

Voici ce que disait Kirk Muller en avant-match, dimanche matin : « Je leur ai dit qu’ils doivent avoir confiance en leur capacité de jouer contre n’importe qui. » L’entraîneur-chef par intérim expliquait ainsi la confiance qu’il avait envers son quatrième trio drôlement assorti de Joel Armia, Jake Evans et Alex Belzile. Les deux derniers joueurs de cette unité ne totalisent que 13 matchs dans la LNH en saison (les 13 joués par Evans) et Armia est méconnaissable (dans le mauvais sens du terme) cet été. Muller a été pris au mot puisqu’il a été piégé en fin de deuxième période avec cette unité sur la patinoire, contre l’intimidant premier trio des Flyers. La séquence aurait pu tourner à la catastrophe, mais Evans s’est interposé et a intercepté une passe dangereuse pour mettre fin à la menace des hommes en blanc et orange. Une confrontation à éviter pour Muller.

Un départ qui fait mal…

On l’a dit et redit : Marc Bergevin aurait géré son effectif différemment en février s’il avait su qu’une terrible pandémie guettait la planète et allait faire basculer la saison. Nate Thompson lui aurait certainement rendu de fiers services au cours de ces séries. Derrière Phillip Danault, les centres du Tricolore en arrachent aux mises au jeu, la spécialité de Thompson. Avec sa performance de 56 % dimanche, le vétéran affiche un taux de succès de 66 % depuis le début des séries. Pendant ce temps, chez le CH, seul Phillip Danault se maintient au-dessus des 50 %. Ça n’a pas empêché Nick Suzuki de le battre lors de mises au jeu importantes (dont celle en fin de match avec Carey Price retiré). Mais Thompson a ensuite fait la barbe à Kotkaniemi dans la dernière minute de jeu. Les entraîneurs montréalais auraient bien pris une autre valeur sûre en plus de Danault.

Ils ont dit

Gally est un compétiteur. Ce sont des matchs serrés. Il pousse, il fait beaucoup de bonnes choses, il a des tirs et se tient là où il marque. Il ne doit pas lâcher. C’est du hockey des séries et il excelle dans ce genre de jeu. J’ai confiance en lui.

Kirk Muller, à propos de Brendan Gallagher

L’effort était là. C’était un vrai match des séries de la LNH. Deux très bons gardiens qui ont très bien joué.

Muller

Ils ont été robustes en partant et on a bien réagi. On a généré des choses, on a tiré 4-5 fois sur le poteau et leur gardien a bien joué. Parfois, il faut lever notre chapeau à l’autre gardien.

Carey Price

C’était un match sans dentelle. Des fois, tu as ces matchs, où les gars travaillent fort, où personne ne donne d’espace, et tu dois laisser faire la dentelle. C’est ce qu’on a fait. Carter [Hart] a fait de gros arrêts.

Alain Vigneault

J’ai un travail à faire. C’est tout ce qui compte. On a tous répondu parce qu’on savait que le match 2 n’était pas notre meilleur.

Carter Hart

En hausse 

Jesperi Kotkaniemi

Deux tirs sur le poteau, des jeux en pleine confiance en zone adverse. Sa métamorphose semble bel et bien réelle.

En baisse 

Max Domi

Assez rare de voir deux compagnons de trio connaître des soirées aussi opposées, mais Domi ne profite nullement de sa chance au sein d’un trio offensif.

Le chiffre du match 

3

Le nombre de tirs des Flyers en 11 min 38 s d’avantage numérique. On imagine la très patiente foule de Philadelphie huer copieusement ses favoris si on jouait dans des conditions normales.