C’est sans Claude Julien que le Canadien devra poursuivre son aventure à Toronto, du moins à court terme.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Le directeur général du Canadien, Marc Bergevin, a annoncé jeudi après-midi que Julien avait été transporté à l’hôpital dans la nuit de mercredi à jeudi en raison de douleurs à la poitrine. « Ça n’a rien à voir avec la COVID », a assuré Bergevin.

Kirk Muller, qui avait le titre d’entraîneur associé, assurera l’intérim comme entraîneur-chef en son absence.

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Kirk Muller derrière le banc des joueurs lors d’un entraînement à Brossard, en juillet dernier

Selon ce qu’il a été permis d’apprendre, Julien a ressenti ces douleurs dans la nuit, quelques heures après le premier match de la série de premier tour entre les Flyers de Philadelphie et le Tricolore, match que les Flyers ont remporté 2-1.

« En ce moment, il est entre bonnes mains, a dit Bergevin, qui a parlé aux médias aux côtés de son capitaine, Shea Weber, en visioconférence. J’ai eu un appel de David Mulder [le médecin en chef du Canadien] très, très tôt ce matin. Je n’ai pas pu retourner me coucher.

« J’ai tout de suite communiqué avec Paul Wilson [vice-président affaires publiques et communication, seul membre de l’équipe de communications présent dans la bulle à Toronto] et Geoff Molson. Il y a toujours de l’inquiétude, mais [on sait] qu’il est entre bonnes mains à l’hôpital… Je lui ai parlé ce matin. On croit pour le mieux pour lui présentement. »

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Marc Bergevin, directeur général du Canadien

D’après ce que l’on comprend, Julien se porte bien, assez pour avoir des conversations au téléphone, et son séjour à l’hôpital ne devrait pas s’éterniser. « Tout devrait être correct. Les nouvelles sont positives. On espère qu’il pourra obtenir son congé et qu’il rentrera à la maison bientôt », a dit Bergevin, en anglais.

Relancé en français à savoir si Julien allait retourner à la maison ou à l’hôtel de l’équipe à Toronto, Bergevin a répondu ceci : « La décision n’a pas été prise. Il va y avoir des discussions avec le personnel de l’hôpital, le DMulder, avec Claude et son épouse. Ils vont prendre la meilleure décision pour lui. C’est possible qu’il revienne à l’hôtel, probablement qu’il va retourner chez lui à Montréal. Je n’ai pas la réponse finale, ça devrait venir d’ici quelques jours. »

Le protocole

Quoi qu’il en soit, il serait surprenant qu’on revoie Julien derrière le banc dans les prochains jours. « Pour cette série, ses chances de revenir derrière le banc sont minimes », a dit Bergevin.

D’un côté, il y a bien sûr les effets qu’un tel incident pourrait avoir sur l’homme de 60 ans. Sent-il que son corps lui parle ? Qu’il lui demande une petite pause ? Seul Julien a cette réponse.

Mais d’un autre côté, il y a le protocole pour toute personne qui sort de la « bulle » que la LNH a créée à Toronto pour les joueurs et le personnel des équipes. Chaque équipe avait droit à un contingent de 52 personnes dans la Ville Reine, et ces personnes sont tenues de demeurer dans la bulle en tout temps.

Cette bulle comprend : le Scotiabank Arena, l’aréna d’entraînement, l’hôtel (le Royal York, dans le cas du CH), quelques restaurants réservés aux gens dans la bulle, de même que le BMO Field, domicile du Toronto FC, qui a été réaménagé en grand salon à ciel ouvert. Des navettes de même qu’un passage souterrain entre l’hôtel et l’aréna ont été prévus pour les déplacements entre les différents sites de la bulle.

Pour toute personne qui sort de la bulle, le protocole de la LNH exige « au moins quatre tests consécutifs négatifs à la COVID-19 sur une période de quatre jours ». « La personne devra se placer en quarantaine dans sa chambre d’hôtel jusqu’à ce que ces exigences soient remplies », lit-on dans le protocole.

Cette bulle tient le coup jusqu’ici. Lundi dernier, la LNH annonçait, pour une deuxième semaine de suite, n’avoir aucun test positif à la COVID-19. Les joueurs et membres du personnel sont testés chaque jour.

À l’extérieur de la bulle aussi, la COVID-19 demeure relativement marginale à Toronto. Depuis le 21 juillet, il y a eu une seule journée où on a rapporté plus de 20 nouveaux cas. Aucun décès n’a été rapporté depuis le 29 juillet.

La suite derrière le banc

Les adjoints de Julien, soit Kirk Muller, Luke Richardson et Dominique Ducharme, se partageront donc les responsabilités en son absence. Muller détenait toutefois le titre d’entraîneur associé, un titre supérieur à ceux de Richardson et Ducharme. C’est donc lui qui occupera le rôle d’entraîneur-chef.

La Presse a demandé à la LNH si le Canadien pouvait demander une dérogation et inviter une 53e personne dans la bulle, par exemple un entraîneur du Rocket de Laval, afin de venir donner un coup de main aux entraîneurs. La LNH n’avait pas répondu au courriel de La Presse au moment de publier, mais on nous dit que l’initiative ne serait pas dans les plans du CH.

Après avoir pris sa retraite comme joueur en 2003, Muller est entraîneur dans les rangs professionnels depuis 2006-2007, quand il a été nommé adjoint de Guy Carbonneau à Montréal. Il a travaillé sans interruption depuis ce temps, principalement dans le rôle d’adjoint, à l’exception des saisons 2011-2012 à 2013-2014, quand il a été entraîneur-chef des Admirals de Milwaukee (Ligue américaine), puis des Hurricanes de la Caroline.

« Claude travaille de près avec ses assistants, a rappelé Bergevin. Je regarde notre série contre Pittsburgh, je regarde le match [de mercredi] : je crois que notre équipe est prête. Claude va nous manquer, mais nos trois entraîneurs ont de l’expérience comme entraîneur-chef : Kirk en Caroline, Luke à Binghamton, Dom avec Équipe Canada junior. On sera prêts. »

Le trio a évidemment dû diriger l’entraînement de jeudi, puisque Julien était déjà hospitalisé à ce moment-là. « J’ai appris la nouvelle [hier] matin au déjeuner, Marc m’a dit ce qui s’était passé. Ça a circulé parmi les gars au déjeuner et dans le bus. Marc a ensuite rencontré les joueurs en arrivant à l’aréna », a raconté Weber.

Il sera intéressant de voir si l’incident aura un effet sur l’émotion des joueurs. Pour cela, il faudra toutefois attendre au prochain match, car ce n’est pas Weber – toujours timide et réservé devant les caméras – qui allait servir une grande déclaration à cet effet. Il a essentiellement fallu que les mots lui soient mis dans la bouche pour qu’il parle de ce sujet.

« Dans ces situations, il y a toujours un côté émotif. C’est un choc. L’important, c’est sa santé. On veut d’abord qu’il soit en santé. On peut certainement s’en inspirer. On avait déjà de la motivation, mais ça peut en ajouter un peu plus. »

Les entraîneurs n’auront guère de temps à perdre, puisque le deuxième match de la série aura lieu vendredi après-midi, à 15 h.

Ils ont dit

Je suis sous le choc. Mes pensées et prières accompagnent Claude et sa famille. J’ai essayé d’en savoir un peu plus, mais je n’ai pas été capable. J’ai des sentiments pour Claude et sa famille, mais aussi pour toute l’organisation. Des incidents comme ça ont une onde de choc [sur tout le monde]. Claude est tellement une bonne personne, un grand coach. Il va manquer à son équipe.

Geoff Ward, entraîneur-chef des Flames et ancien adjoint de Julien à Boston

On s’est connus à Salt Lake City, j’avais 20 ans, il en avait 21. On a fait un bon bout de chemin ensemble. J’ai eu beaucoup de pensées pour lui. On a aussi su que son état de santé est bon. Mais la première chose que je vais faire en finissant [la conférence], c’est de m’informer. C’est un ami. On espère qu’il ira bien. Côté hockey, ça a été un choc.

Alain Vigneault, entraîneur-chef des Flyers

J’ai eu Claude comme coach à la Coupe du monde. On a eu une bonne connexion. On se parlait souvent. Il a beaucoup de connaissances et connaît la game très bien. Je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé, mais j’espère qu’il est correct.

Claude Giroux, capitaine des Flyers