On a souvent dit, ces dernières semaines, que si Marc Bergevin avait su que son équipe participerait aux séries éliminatoires, il ne l’aurait pas vidée à la date limite des transactions. Le cas de Nate Thompson est probablement le plus probant.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Thompson a en effet été échangé aux Flyers de Philadelphie contre un choix de 5e tour en 2021. Bref, contre un joueur que le Tricolore sélectionnera, au mieux, au 128e rang.

Voilà que Thompson pourra jouer les espions pour les Flyers, dans la série de premier tour contre le Canadien qui s’amorcera mercredi.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Nate Thompson dans l’uniforme du Canadien, en janvier dernier

« C’est sûr qu’on l’a questionné sur ce qu’on voit en vidéo. Ce qu’il a dit va rester à l’interne. Il n’est pas ici depuis longtemps, mais il a été très utile pour nous aider dans notre préparation », a affirmé Alain Vigneault en visioconférence, lundi midi, avant l’entraînement des Flyers.

« D’avoir un vétéran comme Nate, qui est si professionnel dans sa préparation, dans sa façon d’être avec ses coéquipiers, c’est sa principale valeur », a aussi dit l’entraîneur-chef.

Étrangement, les joueurs des Flyers ont plutôt atténué l’importance de ce que Thompson peut apporter en tant qu’ancien membre du camp ennemi.

« Les équipes font tellement de vidéo de nos jours, surtout à ce temps-ci de l’année, a laissé tomber Thompson. On doit surtout se préoccuper de nous. »

Ça nous aide d’avoir un gars qui a joué deux ans avec eux, car il les connaît. Je ne crois pas que ce sera énorme, mais ça peut aider.

Kevin Hayes

À cet effet, la présence de Michel Therrien comme adjoint derrière le banc ne devrait pas nuire aux Flyers non plus, puisqu’il a dirigé Carey Price, Shea Weber, Jeff Petry, Paul Byron, Phillip Danault et Artturi Lehkonen, parmi les membres du noyau de l’équipe.

Chez le Canadien, les « espions » ont pour nom Dale Weise, Jordan Weal et Christian Folin. Les trois ont joué là en 2018-2019, mais Folin y est passé comme la pizza chez McDonald’s : en coup de vent.

Froides retrouvailles

Dans tous les cas, personne n’était vraiment d’humeur à tomber dans les sentiments.

Pendant son passage à Montréal, Thompson a agi comme présence extrêmement positive pour les jeunes. Nick Suzuki et Jake Evans, entre autres, l’ont souvent vanté.

Alors, qu’est-ce que ça lui fait d’affronter ses anciens coéquipiers en séries, surtout les jeunes ? « Ce sera un peu bizarre, mais à ce temps-ci de l’année, il n’y a pas d’amis », a répondu le numéro 44.

Vigneault a quant à lui joué avec Julien pendant deux saisons à Salt Lake City dans les années 1980. Les deux ont aussi grandi comme entraîneurs dans l’organisation des Olympiques de Hull, puis du Canadien.

« Il y a un lien profond et un respect parce qu’on fait la même job. Mais en ce moment, il n’y a pas d’amis. Il y a beaucoup de respect, mais pas d’amitié », a répondu Vigneault.

Heureusement pour les journalistes, Dale Weise n’a pas reçu la note !

PHOTO JOHN E. SOKOLOWSKI, USA TODAY SPORTS

Dale Weise (22) et Carey Price (31)

Weise affrontera en effet son ancienne équipe, l’équipe qui l’a échangé au Canadien en février 2019, mais il affrontera aussi deux entraîneurs qui ont été marquants pour lui.

D’abord, Vigneault. Il pilotait les Canucks en 2011-2012, quand Weise est débarqué à Vancouver. L’ailier droit ne comptait que 10 matchs d’expérience dans la LNH et attendait sa première vraie chance. Il a disputé 68 matchs cette année-là, puis 40 l’année suivante (la saison écourtée de 48 matchs), avant que Vigneault ne soit remercié.

On avance en 2013-2014. Weise est misérable sous les ordres du nouveau coach des Canucks, John Tortorella. Le 3 février 2014, le Tricolore fait l’acquisition de Weise. Michel Therrien fait aussitôt de Weise un joueur de soutien valorisé, qui inscrit trois buts lors des séries 2014.

Therrien est maintenant adjoint de Vigneault à Philadelphie.

« Ils ont eu un gros impact sur ma carrière, a reconnu Weise. AV m’a donné ma première chance d’être un vrai joueur dans la LNH. C’est tout un entraîneur. Michel, ce n’est pas un secret que j’ai beaucoup, beaucoup aimé jouer pour lui. Il a compté sur moi et m’a donné un plus gros rôle. Quand ils ont été engagés à Philadelphie, je leur souhaitais du succès. Ils ont pris cette équipe qui était proche des séries et l’ont menée en première place.

« En fait, je leur souhaitais du succès jusqu’à ce que j’apprenne qu’on les affronte en séries ! »

En bref

Les dieux du hockey avec le Canadien ?

Le Canadien et les Flyers arrivent dans cette série dans des contextes totalement opposés. Les Flyers étaient l’équipe de l’heure dans la LNH dans les deux derniers mois de la saison et ont poursuivi sur leur lancée en arrivant à Toronto, en balayant le tournoi à la ronde. Le Canadien ? Dernière équipe admise dans le tournoi éliminatoire, le CH ne suscite aucune attente. Un collègue a donc demandé à Phillip Danault s’il considérait que tout ce que Montréal accomplira en séries est essentiellement un boni (du « gravy »). « L’année 2020 a été vraiment bizarre pour tout le monde et c’est pourquoi nous sommes ici, a reconnu Danault. On a eu un peu d’aide des dieux du hockey. Mais l’an passé, on a raté les séries par un point [deux points en fait]. Je ne connais pas beaucoup d’équipes qui ont raté les séries avec 96 points. On a une bonne équipe, on a travaillé fort, on y croit tous. Oui, on a de la chance d’être en séries, mais maintenant, tout peut arriver. »

De bons mots pour Romanov

Le Canadien avait congé d’entraînement lundi. Pour certains joueurs, ça veut donc dire moins de batailles intenses avec le p’tit nouveau, Alexander Romanov. Les entraînements des équipes sont fermés aux médias, mais le Tricolore envoie généralement des extraits des entraînements. Et les séquences avec Romanov permettent de voir un joueur qui n’y va pas de main morte même avec ses coéquipiers ! « Romy, c’est un petit. En fait, il n’est pas petit. C’est un gros bonhomme quand même, a lancé Danault. Il est drôle, il est super content d’être ici. C’est un petit gars positif. Il ne parle pas beaucoup anglais, mais il est déjà one of the boys. »

Voracek va mieux

Les Flyers devaient quant à eux s’exercer lundi après-midi. Absent lors du dernier match du tournoi à la ronde, Jakub Voracek devait s’exercer avec ses coéquipiers, a dit Alain Vigneault. Il a toutefois dit que la participation de l’attaquant tchèque au premier match de la série serait une décision prise la journée du match. Il n’a pas non plus voulu dire comment il songeait à l’employer. « Pendant la saison, je suis très ouvert sur mes trios. Mais tout le monde comprend que quand les séries commencent, on est plus discrets. On va garder les trios pour nous », a expliqué l’entraîneur-chef. Vigneault n’a rien voulu dire non plus sur l’attaquant Michael Raffl, absent lors des deux derniers matchs. Raffl a quitté le premier match du tournoi à la ronde en troisième période.