Le gardien du Canadien n’est pas pressé de reprendre le travail alors que la crise de santé publique n’est pas encore résorbée

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Alors que le Québec se remet en marche et que sa métropole retrouve elle aussi son rythme après des mois à combattre la COVID-19, l’athlète professionnel le plus en vue de la province est loin d’être convaincu de ce qu’il voit et de ce qu’on lui propose pour son retour au boulot.

Depuis la mi-mars, Carey Price, sa femme et leurs deux enfants – et maintenant un bébé à venir – sont isolés à Kennewick, petite ville de l’État de Washington.

Pendant un mois, le confinement a été total, interrompu seulement par « une marche occasionnelle ». Puis, petit à petit, Price a repris le travail physique, seul, au centre d’entraînement des Americans de Tri-City, son ancien club junior. Il a levé des poids, fait des exercices et patiné en solitaire. Mais il n’a toujours pas reçu une rondelle. Quand bien même il chercherait des joueurs de la LNH, aucun n’habite dans le coin, dit-il.

Après une longue pause, son quotidien commence enfin à ressembler à celui d’un athlète. Mais l’étape suivante n’est pas encore claire pour lui.

Voilà déjà quelques semaines que la LNH et l’Association des joueurs ont annoncé leurs plans de retour au jeu. Un retour graduel et volontaire des joueurs vers les installations des équipes de la LNH, en petits groupes, est déjà amorcé, avec des contrôles constants destinés à prévenir la prolifération du coronavirus au sein des équipes.

Au moment de l’annonce de ce protocole, des experts interrogés par La Presse avaient évoqué un plan rigoureux. Mais il n’est pas sans faille. Quelques joueurs, dont Auston Matthews, ont contracté la COVID-19. Trois patineurs du Lightning ainsi que des membres du personnel de l’équipe ont également rendu des tests positifs, forçant l’équipe à fermer momentanément ses installations d’entraînement.

Le monde du sport nord-américain voit sa reprise ralentie par des éclosions. La Floride, où doivent jouer les équipes de la NBA et de la MLS, est devenue le nouveau foyer d’éclosion principal du continent. Un peu partout aux États-Unis, les cas d’infection sont en hausse – y compris dans le comté de Clark, où se trouve Las Vegas, ville chouchou de la ligue pour présenter ses séries éliminatoires.

Carey Price se pose donc des « questions ». Beaucoup de questions, auxquelles il « attend des réponses » de la part de la LNH et de l’Association des joueurs, a-t-il dit au cours d’une conférence téléphonique organisée jeudi par le Canadien.

Il faut dire que le joueur de 32 ans a été échaudé. La mère d’un ami proche a contracté le virus au cours des dernières semaines et y a succombé. « Ça semble loin de nous quand on l’entend aux nouvelles, mais c’est autre chose que ça affecte quelqu’un à qui l’on tient », a-t-il laissé tomber. Voyant venir la deuxième vague d’infection dont parlent les experts en santé publique, il espère « qu’on apprendra » de la crise actuelle et « qu’on se préparera du mieux qu’on peut » pour la suite des choses. Des pandémies du genre, « je ne doute pas qu’il y en aura encore », a-t-il dit.

« Sacrifice »

D’autres joueurs l’ont exprimé avant lui, mais peu l’ont fait avec autant de candeur : s’isoler de sa famille pendant des semaines, voire des mois, pour aller disputer la fin de la saison 2019-2020 dans l’environnement fermé d’une ville « bulle » ne lui sourit pas vraiment. Il voit là « un énorme sacrifice », surtout « à cette étape de la vie » de ses filles de 4 ans et 1 an. « Elles grandissent si vite », constate-t-il.

Mais il préfère encore cette perspective à celle d’amener avec lui sa smala et d’ainsi compromettre « la santé et sa sécurité » de ses proches.

Sur la possibilité de revenir au jeu, le gardien du Tricolore se dit « également optimiste et pessimiste ». Le verre n’est ni vide ni plein. « Je veux avoir la chance de remporter la Coupe Stanley, mais je veux aussi continuer à mener une vie normale. »

Interrogé par un collègue quant à savoir s’il serait à l’aise de voter, dans l’état des lieux actuel, pour ou contre un retour au jeu, il a fait valoir que « beaucoup de questions doivent obtenir des réponses et beaucoup de scénarios doivent être envisagés avant de répondre ». À quel moment croit-il rentrer à Montréal ? Il aimerait bien « revenir bientôt », mais encore là, il devra avoir « des réponses à [s]es questions ». Le thème est récurrent, résolument.

Plus encore : il ne blâmerait en aucun cas un coéquipier qui déciderait de ne pas se présenter à son équipe s’il ne se sentait pas en sécurité. « La situation dépasse le hockey : il y a beaucoup de variables impliquées et d’enjeux de santé ; je n’aurais que du respect pour cette personne si elle n’était pas à l’aise » et qu’elle décidait de ne pas jouer.

Autrement dit, alors qu’il reste un peu plus de deux semaines avant l’ouverture planifiée des camps d’entraînement de la LNH, Carey Price n’a pas encore fait son lit.

Mais il ne rate rien de ce qui se passe. Notamment en ce qui a trait au choix des villes hôtes des activités de la LNH. On a d’ailleurs appris jeudi soir que le nom de Vancouver a été rayé de la courte liste où figureraient toujours Toronto, Edmonton, Chicago, Los Angeles et Las Vegas.

« C’est intrigant, je suis aussi curieux que vous », a-t-il avoué.

« Je suis certain que la Ligue et l’Association des joueurs travaillent de façon diligente », a-t-il encore dit.

Cela ne l’empêche pas d’attendre des comptes de la part des deux instances avant de boucler ses valises.

Sans quoi il pourrait encore se passer pas mal de temps avant que le gardien ne reçoive des rondelles à nouveau.

En bref

Rebondir ? Pourquoi pas !

Price a peut-être attendu des semaines avant de s’adresser aux médias, mais on ne pourra pas lui reprocher de s’être défilé une fois le micro ouvert. En fin de discussion, il a affirmé sans détour que son équipe n’avait pas connu « une très bonne saison » et qu’elle avait accusé un « retard » par rapport à la campagne précédente. « Nous devons mieux jouer », a-t-il dit, constatant l’évidence. Cela ne l’empêche pas de croire aux chances du Canadien de rebondir en séries et de confondre les sceptiques. « Les débuts de saison et les séries éliminatoires sont tous chaotiques, et là ils arriveront en même temps, a-t-il fait remarquer. C’est un vieil adage, mais tout peut arriver. Nous sommes une équipe sous-estimée qui fonctionne par séquences et qui a prouvé qu’elle pouvait être hot. C’est tout ce que ça prend en séries. »

Le « défi » des Penguins

Price n’a peut-être pas fait grand-chose de son confinement, mais il a néanmoins pris la peine de visionner les matchs ayant opposé son équipe aux Penguins de Pittsburgh cette saison. En 2019-2020, le numéro 31 a plutôt fait bonne figure contre la bande à Crosby. En témoignent sa fiche de 1-1-1, sa moyenne de 2,32 et son taux d’efficacité de ,929, une nette amélioration par rapport à la fiche cumulative de ses trois saisons précédentes contre le même adversaire (1-3-1, 3,62 et ,882). Par contre, son analyse ne s’est pas éternisée – « on aura trois semaines pour le faire quand le camp d’entraînement va commencer ». Il n’a par ailleurs surpris personne en affirmant que de battre Pittsburgh ne serait pas de la tarte. Il l’a toutefois exprimé d’une jolie manière en rappelant que « personne ne comprend mieux que les Penguins ce qu’il faut pour gagner la Coupe Stanley ». « J’ai très hâte de relever ce défi. »

Coupe Molson

En terminant, on s’en voudrait de passer à côté de ce gigantesque élément d’information : Carey Price a remporté la Coupe Molson pour la saison 2019-2020. Ce trophée, rappelons-le, est remis au joueur du Tricolore qui a été le plus souvent récompensé par l’une des trois étoiles du match. Cette neuvième Coupe Molson (en 12 ans) témoigne de nouveau de l’importance primordiale que Price revêt pour le Canadien, mais également de la saison misérable qu’a connue l’équipe : avec une fiche de 27-25-6 en 58 rencontres, le gardien vient de connaître l’une de ses pires récoltes en carrière. C’est néanmoins lui qui est nommé joueur de l’année.