Le hockeyeur québécois Boko Imama a subi sa part d’incidents racistes. Et il est inquiet. « Ce sont des choses qui arrivent depuis longtemps », dénonce-t-il.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Le 20 janvier dernier, le Québécois Boko Imama s’est retrouvé bien malgré lui au centre d’un de ces incidents de racisme qui se produisent encore trop souvent au hockey.

Ça se passait dans un match de la Ligue américaine. Imama portait les couleurs du Reign d’Ontario, club-école des Kings de Los Angeles, et affrontait les Condors de Bakersfield, filiale des Oilers d’Edmonton.

Après le coup de sifflet, une mêlée a éclaté, en apparence banale. Imama a d’ailleurs écopé d’une simple pénalité de deux minutes pour rudesse.

Mais dans l’autre camp, Brandon Manning a été expulsé du match pour conduite antisportive. On apprendra par la suite qu’il avait servi une insulte à connotation raciale à Imama.

Pour ses paroles, Manning sera suspendu cinq matchs. Lors du duel suivant entre Ontario et Bakersfield, lui et Imama en sont venus aux coups, dans ce qui avait tout l’air de l’application du fameux code non écrit que plusieurs joueurs suivent.

« Ensuite, le hockey a continué. Sa carrière a continué, et c’est tant mieux pour lui, il a pu passer à autre chose », souligne Imama, au bout du fil.

Il n’oubliera jamais l’incident, mais ne veut pas s’acharner non plus. « Des jeunes de mon ancienne association de hockey mineur m’écrivent souvent, et je veux être un modèle pour eux », rappelle-t-il.

De plus, sa vie n’a jamais été menacée.

« Ma situation est incomparable à celle de George Floyd. Après la game, j’ai bien mangé, j’ai pu parler à ma famille. George Floyd n’a pas eu cette chance-là. Mais ça reste que ce que j’ai subi est inacceptable. »

« Il y a un accrochage, des actions sont prises, puis tout revient comme avant. C’est ça, le problème. Incident après incident, mouvement après mouvement, ça revient à la normale après. »

Profilage

C’est depuis la région de Châteauguay que Boko Imama observe la tension monter aux États-Unis en réaction au meurtre de George Floyd commis par un policier de Minneapolis.

« Mon feeling en ce moment, c’est que je suis attristé, je suis frustré. Il n’y a pas un seul mot qui peut décrire mes émotions », nous explique le Montréalais d’origine congolaise.

Imama a la « chance » d’observer la crise américaine à distance. Mais il est aussi un Noir qui travaille aux États-Unis depuis trois ans, et qui œuvre dans un des sports les plus « blancs » qui soient. Sa vie n’a jamais été mise en danger, mais ça ne l’empêche pas d’avoir subi du racisme.

Plus qu’un incident en particulier, c’est l’accumulation de ces cas qui irrite profondément le joueur de 23 ans. Une accumulation qu’il vit lui-même depuis son enfance, passée dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce.

« Plus jeune, je ne m’attardais pas tant que ça au racisme. Je voulais juste m’amuser, faire du sport, se souvient-il. J’ai grandi avec deux groupes différents : mes amis de football et mes amis de hockey. Quand on jouait dans la rue, ça posait parfois problème. On se faisait dire d’aller ailleurs quand on jouait au football ou au basket. Mais au hockey, c’était correct. »

Je ne veux pas généraliser, parce que ce n’est pas juste. Plusieurs personnes ne sont pas racistes et ne traitent pas différemment les Noirs. Mais on dirait qu’une gang de 20 Noirs sera perçue différemment d’une gang de 20 Blancs.

Boko Imama

Après une carrière junior à Baie-Comeau et à Saint John, Imama s’est retrouvé en Californie, dans l’organisation des Kings. Il est débarqué là à 21 ans, et les épisodes de cour d’école sont devenus des épisodes de jeune adulte.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Boko Imama avec les Sea Dogs de Saint John en mai 2017

« À ma première année là-bas, je me suis fait coller par la police pendant une heure, au point où j’ai raté l’entraînement ! J’étais un Noir dans une belle voiture. Pendant une heure, ils ont fait leurs vérifications, puis ils m’ont laissé aller. Je suivais les directives, je restais poli. Je ne voulais pas créer davantage de problèmes. »

« Je me suis déjà fait coller une autre fois, mais j’étais avec mes coéquipiers blancs. Quand les policiers ont vu des Blancs avec moi, c’est comme si tout était correct, et ils nous ont même souhaité une bonne saison, avant de nous dire de surveiller notre vitesse. »

Un message à passer

Imama raconte ces mésaventures comme de simples anecdotes, en relativisant ce qu’il a vécu. « Je ne me suis jamais senti en danger. Quand je pars pour l’entraînement le matin, je n’ai pas peur de me faire tirer », assure-t-il.

Ça ne l’empêche pas de s’inquiéter, mais aussi de s’indigner et de dénoncer.

« Des incidents racistes, ça peut être une insulte, une attitude, ça peut être un accrochage sur la glace, mais ça peut aussi être quelqu’un qui se fait tirer par un policier. Plein de gens peuvent se retrouver dans cette situation. Ça peut arriver à mes amis, à mes cousins, à mon père. Ça peut arriver à n’importe qui. »

« Ce sont des choses qui arrivent depuis longtemps. Il faut toujours qu’une personne sacrifie sa vie pour ouvrir les yeux des autres. Quand je parle des “autres”, je ne parle pas que des Blancs. Je parle de tout le monde. »

« On veut du changement. Une personne noire, c’est plus qu’une personne noire. C’est un être humain comme le reste du monde. On est tous ensemble là-dedans. »