Pour les amateurs de sport, les prochaines semaines s’annoncent longues, voire ennuyeuses. Mais pour les joueurs de la LNH, plusieurs enjeux liés à la suspension de la saison, notamment sur le plan financier, demeurent flous. Pour y voir plus clair, La Presse tente de répondre à cinq questions primordiales pour la suite des choses.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Quand la saison reprendra-t-elle ?

Votre hypothèse vaut la nôtre, car la LNH n’a donné aucune indication à ce sujet. Parmi les grands circuits nord-américains, seule la MLS a suspendu sa saison pour une durée déterminée de 30 jours. La LNH a usé d’un choix de mot distinct en évoquant une « pause » plutôt qu’une suspension – on y reviendra –, mais n’a donné aucune date provisoire de retour.

Un indice a été fourni lorsque les équipes ont été invitées à fournir les disponibilités de leur aréna respectif jusqu’à la fin du mois de juillet ; néanmoins, il serait très étonnant que la saison dépasse le 30 juin, car c’est le 1er juillet qu’entrent en vigueur les modalités de multiples contrats, ou encore que les joueurs autonomes sans restriction deviennent libres comme l’air.

Le reporter du Toronto Sun Steve Simmons a affirmé au réseau TSN avoir parlé à deux directeurs généraux qui étaient « très optimistes » quant à la possibilité que la saison 2019-2020 puisse se conclure. Le cas échéant, pourrait-on disputer toutes les rencontres restantes ? Organiserait-on des séries éliminatoires compressées ? Selon nos informations, la ligue mijote un scénario en ce sens. Mais encore, les matchs seraient-ils disputés devant public ou à huis clos ? Seule l’évolution de la COVID-19 en Amérique du Nord fournira la réponse.

Les joueurs seront-ils payés ?

Théoriquement, oui. La convention collective est assez claire en ce sens. L’article 17 de l’annexe 1 prévoit les modalités « si, pour une raison “hors du contrôle” de la ligue ou d’une équipe, il devient préférable de suspendre ou d’annuler les opérations » du circuit.

Ainsi, trois scénarios sont prévus : une suspension, une cessation ou encore une réduction des activités. Dans le cas d’une suspension des activités, les joueurs recevront la paye qui leur est due à ce moment. S’il y a une cessation, le versement de la paye est annulé sur-le-champ. Et dans le cas d’une réduction, une entente spéciale doit être conclue entre la LNH et l’Association des joueurs.

Notez bien que la LNH, dans ses communications jeudi, a parlé d’une « pause » et non d’une « suspension » de ses activités. Y aura-t-il un affrontement à ce sujet ? Un débat sémantique pourrait également se dessiner sur l’obligation absolue, ou non, pour la ligue de cesser ses activités. Dans tous les cas, ces conflits potentiels concerneraient les toutes dernières payes de la saison, car les joueurs ne sont jamais rémunérés en séries éliminatoires de toute façon.

Comment l’Association des joueurs s’est-elle positionnée ?

L’Association des joueurs de la LNH (AJLNH) a été discrète, jeudi. Très discrète, même. Dans une déclaration succincte, elle a simplement écrit qu’elle jugeait « appropriée » la décision de la LNH de mettre sa saison sur pause. Point. Non seulement l’AJLNH navigue dans des « eaux inconnues », comme nous l’a dit une source à l’interne, mais elle fait également face à plusieurs enjeux. Car les impacts financiers pourraient être énormes pour ses membres.

Il faut savoir que le plafond salarial de la LNH est établi en fonction des revenus liés au hockey qu’a générés la ligue la saison précédente – les ventes de billets et de produits dérivés ou les droits de télédiffusion, par exemple. Il est prévu que les joueurs et les propriétaires d’équipe se divisent ces revenus à raison de 50-50.

Sur chacun des chèques de paye des joueurs, de 10 à 15 % de la somme est retenue pour être versée dans une fiducie. Lorsque, à la fin d’une saison, les revenus de la ligue n’ont pas été suffisants pour que les propriétaires empochent leur part de 50 %, la différence est puisée à même cette fiducie. À l’inverse, au terme d’une saison particulièrement profitable, le surplus est retourné aux joueurs.

Évidemment, si jamais la fin de la présente saison et les séries éliminatoires tombaient à l’eau, les revenus liés au hockey chuteraient de façon draconienne. Les joueurs redoutent donc de devoir mettre la main dans leur poche en vue de la saison prochaine. Déjà, il semble utopique que le plafond salarial augmente, comme la ligue l’avait évoqué la semaine dernière. C’est sur cet enjeu, ainsi que sur les contributions au fonds de pension des joueurs, que les discussions entre l’AJLNH et le circuit pourraient être les plus corsées.

Y aura-t-il un repêchage si la saison est annulée ?

C’est pratiquement assuré. Peut-être sera-t-il reporté après les 26 et 27 juin, dates retenues pour l’instant. Peut-être sera-t-il moins faste qu’à l’habitude et que les sélections du premier tour ne se feront pas dans un aréna bondé – ce qui serait dommage en cette année où le repêchage est tenu à Montréal, avec Alexis Lafrenière comme espoir vedette. Mais jamais, depuis l’instauration du repêchage amateur en 1963 puis du repêchage d’entrée en 1971, l’encan annuel n’a été annulé. Pas même après le lock-out de 2004-2005. On devrait trouver une solution à ce sujet.

Y aura-t-il une loterie pour les premiers choix ?

On peut présumer que oui, mais quelles en seront les règles ? Des partisans se sont déjà demandé si, comme en 2005, toutes les équipes auront leur chance d’obtenir le premier choix. C’est de cette manière que le Canadien avait hérité du 5e choix au total, devenu Carey Price, et ce, même si l’équipe avait connu un beau parcours en séries éliminatoires en 2004. Ce ne serait assurément pas le cas cette fois, puisque toutes les équipes ont joué de 68 à 71 matchs, soit 85 % de leur calendrier. Si la saison se poursuit, un véritable classement final sera établi et les chances de loterie seront calculées comme à l’habitude. Si la saison devait se terminer avec le classement actuel, le nombre de points et le pourcentage de victoires donneraient exactement le même ordre pour les 10 dernières équipes du circuit. Cette question ne devrait pas créer de contentieux entre les joueurs et leurs patrons.