(Newark) P.K. Subban a toujours été reconnu pour sa foi inébranlable en ses propres moyens. Et ce n’est pas une saison de 11 points et un différentiel de -18 qui le feront douter.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Au cœur de la pire saison statistique de sa carrière, le défenseur a assuré, après l’entraînement des Devils, lundi, qu’il se voyait toujours au sein de l’élite de la LNH.

« Regardez les grands joueurs. Sidney Crosby a une carrière digne du Temple de la renommée, mais il a manqué plusieurs matchs en raison de blessures et n’a pas toujours connu ses meilleures saisons. Mais il trouve toujours le moyen de gagner », a indiqué Subban, au cours d’une généreuse entrevue d’une bonne dizaine de minutes aux trois représentants des médias montréalais sur place, à la veille du duel Canadien-Devils

« De mon côté, j’ai toujours été dans des équipes qui participent aux séries [NDLR : il les a ratées deux fois à Montréal], où c’était clair qu’on allait y participer. Donc quand ces saisons de hauts et bas arrivent, ce n’est pas facile, mais tu dois les gérer de la bonne façon.

« Je n’ai pas eu beaucoup de ces saisons qui ont fait sourciller les gens. Mais cette saison, c’est difficile. Il y a aussi les mauvais bonds, j’aurais pu avoir un peu plus de chance. Mais je dois aussi prendre mes responsabilités. Je m’attends encore à être un des meilleurs défenseurs de la ligue, d’être dans les discussions pour le trophée Norris. Je sais que je suis encore ce joueur. »

Après avoir été ralenti par une blessure l’an dernier, Subban a été suffisamment en santé pour disputer les 51 matchs des Devils cette saison. L’ancien du Canadien a toutefois été limité à 6 buts et 5 passes pour 11 points. À ce rythme, il terminera la campagne avec 18 points, lui dont la pire récolte a été 31 points la saison dernière (en 63 matchs). Son différentiel de -18 est aussi le pire de sa carrière en une saison.

À sa défense, Subban évolue au sein d’une des plus jeunes équipes de la LNH, aussi une des plus faibles au classement, ce qui a un impact négatif sur les statistiques individuelles. Les Devils (18-24-9) occupent l’avant-dernier rang de l’Association de l’Est. À la cruciale position de centre, ils emploient notamment Jack Hughes et Nico Hischier, deux premiers choix au repêchage, mais qui ont respectivement 18 et 21 ans.

« J’apprends encore à connaître notre équipe, comment on doit jouer pour connaître du succès. À Nashville, c’était une équipe différente. J’ai joué trois ans là-bas, on a connu beaucoup de succès. Dans notre équipe ici, on est encore en apprentissage. »

Il s’agit néanmoins d’une baisse inattendue pour Subban. Il y a deux ans, le numéro 76 avait terminé au 3e rang du scrutin pour le trophée Norris. C’était la troisième fois qu’il faisait partie des finalistes (il l’a gagné en 2013). L’an passé, malgré sa blessure, il jouait près de 23 minutes par match et produisait à un rythme annualisé de 40 points.

À 30 ans, avec deux autres années à écouler à son contrat, à hauteur de 9 millions de dollars par saison, craint-il ne plus être perçu comme un défenseur d’élite, même s’il estime en être encore un ?

« Les perceptions sont souvent biaisées. Les gens avaient une perception de moi avant même que je pose le pied sur la patinoire, avant que je gagne le trophée Norris, a rétorqué Subban. Et les gens qui regardent les matchs le savent. Tu peux finir un match à -4 et être le meilleur joueur sur la patinoire. Je m’attends à ce que les gens qui connaissent le hockey, qui me regardent tous les soirs, sachent ce que j’apporte.

« Mais il me reste un ou deux niveaux dans mon jeu que je n’ai pas encore atteints. Dans un sens, c’est positif. Mais je dois aussi me rendre là ! »

De son côté, l’entraîneur-chef par intérim des Devils, Alain Nasreddine, se réjouit des habitudes de travail de Subban, tout en reconnaissant que son rendement pourrait être meilleur.

« C’est encore un très bon joueur dans la ligue. Mais est-ce que c’est le même P.K. qu’à 23, 24 ans ?, s’est interrogé le Québécois. Ce que j’aime beaucoup, c’est que son niveau de compétitivité est très haut. Son jeu défensif n’est pas parfait. Mais il est dévoué. Il a des choses à corriger, il le sait. Mais après 10 ans dans la ligue, c’est dur de changer certaines habitudes.

« Dernièrement, il est plus impliqué. Offensivement, on le voit plus. Au début de l’année, il ne tirait pas. "P.K., t’as un des meilleurs tirs dans la ligue, on veut le voir !" Les gars vont peut-être y penser deux fois avant de le bloquer. Il a compris ça. Beaucoup de gens vont parler de ses points. C’est normal, il a fait son nom comme ça. Est-ce qu’on en voudrait plus ? C’est évident. »

La bière sera bonne !

Nasreddine était responsable des défenseurs des Devils en début de saison. Mais quand John Hynes a été limogé, le 3 décembre dernier, c’est lui qui s’est retrouvé dans le rôle de l’entraîneur-chef. Une situation si irréelle que lorsque son téléphone a sonné ce jour-là, il a d’abord pensé qu’il était lui aussi congédié !

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L'entraîneur-chef par intérim des Devils du New Jersey, Alain Nasreddine.

« Je vais écrire un livre quand ça va finir, je prends des notes ! Ça fait deux mois que je suis en poste. C’est incroyable pareil. Quand l’année va finir, je vais m’asseoir, la bière va être bonne, je vais y repenser et je vais me dire : wow, ça a été spécial. Je me trouve tellement chanceux. »

Son statut demeure toutefois nébuleux. C’est qu’un mois plus tard, les Devils ont également congédié le directeur général Ray Shero, confiant l’intérim à l’assistant DG Tom Fitzgerald. Or, Nasreddine, Hynes et Shero ont commencé à travailler ensemble dans l’organisation des Penguins et se sont suivis à Newark.

« Je ne sais pas ce qui va arriver à la fin de l’année. Si tu te mets à y penser, ça ne finit plus, a dit Nasreddine. J’adore ce que je fais. Quand j’ai commencé à coacher, le but ultime était de devenir entraîneur-chef. Je n’aurais jamais pensé que ça se passerait comme ça. Mais c’est arrivé. Plus t’es dedans, plus t’as la piqure. C’est très valorisant, surtout quand tu vois que t’as une influence, que l’équipe répond bien. J’aimerais bien être l’homme de la situation. Si ça arrive, tant mieux. Sinon, je serai très reconnaissant de la chance que j’ai eue. »

Depuis son arrivée en poste, les Devils présentent une fiche de 9-11-5. Ce dossier était de 9-13-4 sous Hynes.