Samedi, je vous ai raconté une histoire. Celle d’Alain Sear, partisan des Olympiques de Gatineau qui aimait tellement l’équipe qu’il en est devenu actionnaire. Puis président. Puis directeur des opérations hockey.

ALEXANDRE PRATT ALEXANDRE PRATT
La Presse

Un récit sympathique.

Sauf qu’au fil des ans, Alain Sear s’est mis à dos beaucoup de collaborateurs. Des joueurs. Des agents. Des partisans. Des journalistes locaux. Des dirigeants de la ligue et d’autres équipes. La semaine dernière, quatre de ses associés ont commencé à fomenter un putsch.

Et le rêve d’Alain Sear est devenu un cauchemar.

Samedi, la situation a dégénéré. Des fans ont lancé une pétition pour réclamer son départ. Moins de 400 spectateurs se sont présentés au centre Robert-Guertin – dont quelques dizaines pour encourager un joueur adverse originaire de la région. Les Olympiques ont perdu leur 12e partie de suite.

Une crise sans précédent, m’a indiqué le président de l’équipe, Martin Lacasse.

Je viens du commerce de détail. J’ai appris assez rapidement que lorsqu’il y a une tempête, tu dois l’affronter. […] Des fois, on peut [vivre] une tempête dans un verre d’eau. Mais là, c’était rendu un océan.

Martin Lacasse, président de l’équipe

Dimanche, Martin Lacasse a annoncé le déclenchement d’une « enquête interne ». Dans les bureaux des Olympiques, c’était tendu. La fuite d’information dans Le Droit, La Presse et les radios locales a fait des mécontents. « Les actionnaires se sont rencontrés, se sont parlé », explique Martin Lacasse. Le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, a participé aux discussions, sans prendre parti. Tous cherchaient à deviner si le vent allait souffler dans le dos des putschistes ou des loyalistes.

Et Alain Sear, dans tout ça ?

Il réfléchissait. À lui. À son rêve. Au club auquel il a consacré les 15 dernières années de sa vie. Puis il a fini par accepter l’inévitable. Pour le bien de la franchise, il devait la quitter. Il en a d’abord fait l’annonce à ses plus proches collaborateurs. Puis il a remis sa démission mardi, en présence des autres actionnaires.

PHOTO PATRICK WOODBURY, LE DROIT

Alain Sear

« Alain part la tête haute. Il n’est pas parti pour lui, mais pour la bannière », insiste Martin Lacasse. Il confie que son ami était « serein » avec son choix. Mais il ajoute du même coup que les derniers jours ont été difficiles.

« Lorsque du jour au lendemain, avec la pression médiatique, on quitte une organisation dans laquelle on a mis son cœur et son âme… Aujourd’hui [mercredi], Alain était encore dans mon bureau. Il m’a dit : “Martin, si tu as besoin d’aide pour quoi que ce soit, n’hésite pas à me le demander. Je suis encore là pour toi.” Son plus grand rêve vient de s’arrêter. »

C’est bel et bien la fin d’une époque chez les Olympiques.

Et le début d’une nouvelle aventure, qui culminera en 2022 avec le déménagement de la franchise dans un nouvel aréna. Le remplaçant d’Alain Sear – qui sera nommé dans les prochaines semaines – devra accélérer le processus de reconstruction entamé il y a deux ans. Car les Olympiques devront être compétitifs au moment d’emménager dans leur futur domicile.

Aujourd’hui, les Olympiques occupent l’avant-dernier rang de la LHJMQ. Ils misent sur quatre choix de premier tour au prochain repêchage. Le nouveau DG devra convaincre les meilleurs espoirs qu’il est préférable de jouer en Outaouais qu’aux États-Unis. Que Gatineau est une destination de choix pour leur développement. Ce qui n’était plus acquis sous la direction d’Alain Sear, selon un agent cité dans Le Droit.

« Quand on regarde tout ce qui s’est passé médiatiquement depuis deux, trois semaines, avec les défaites que l’on a, si j’étais dans la peau d’un joueur ou d’un agent, je me poserais [aussi] des questions », a reconnu Martin Lacasse.

Quant à la LHJMQ, elle souhaite une « plus grande stabilité ». Notamment au sein du personnel administratif. Sous le règne d’Alain Sear, le taux de roulement était anormalement élevé parmi les employés des Olympiques.

« Gatineau est un marché important pour nous, m’a expliqué le directeur des communications, Maxime Blouin. L’équipe déménagera bientôt dans un nouvel aréna de 80 millions. La ville a travaillé fort dans ce dossier. On veut que ce soit un succès. Que ce soit un modèle pour les autres municipalités qui songent aussi à construire un nouvel aréna. »

Maintenant que la crise est passée, il s’en trouvera pour dire qu’Alain Sear est parti trop tard.

Est-ce le cas ? Peut-être.

Mais, aujourd’hui, je préfère souligner le courage d’un homme qui a levé le drapeau blanc pour sauver la bannière.

Weber, candidat au Norris ?

Il faut avoir le cœur du Grincheux pour ne pas apprécier la saison remarquable de Shea Weber. Le capitaine du Canadien a surpassé toutes les attentes. Au point de pouvoir espérer une sélection pour le trophée Norris, remis au meilleur défenseur de la LNH.

Le gagnera-t-il ?

Non. Le joaillier a déjà commencé à graver le nom de John Carlson, des Capitals de Washington, auteur de 45 points en 35 matchs. Mais Weber fait partie de la courte liste des finalistes potentiels. Nommez une statistique offensive, vous le trouverez parmi les meilleurs défenseurs du circuit.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Shea Weber

Les buts ? Deuxième, avec 11.

Les points ? Cinquième, avec 28.

Les tirs ? Quatrième, avec 103.

Les buts en supériorité numérique ? Quatrième, avec 3.

Les buts à forces égales ? Troisième, avec 8.

Les points à forces égales ? Deuxième, avec 21.

Toujours pas convaincu ? Étudiez ses statistiques défensives ou en possession de la rondelle. Encore là, le défenseur du Canadien excelle. Il a bloqué 66 tirs. Il présente un différentiel de + 11 (16e parmi les défenseurs). Son indice Corsi (tirs tentés contre tirs alloués) est parmi les meilleurs des défenseurs de la LNH : 11e à forces égales, 8e lorsque l’équipe mène.

Beaucoup se sont moqués de Marc Bergevin lorsqu’il a affirmé cet automne que sa meilleure transaction était celle impliquant Shea Weber et P.K. Subban. Mais force est de constater que Weber fait bien paraître son patron cette saison.