(Pittsburgh) Difficile d’évaluer la qualité du travail d’un entraîneur, de l’extérieur. On peut bien observer les trios formés et les confrontations recherchées, plusieurs détails demeurent durs à évaluer parce qu’une grande partie du travail se fait derrière les portes closes.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Par contre, il y a une méthode d’évaluation qui ment rarement : l’entraîneur soutire-t-il le maximum de son effectif ? À voir aller le Canadien depuis quelques matchs, il y a lieu de croire que Claude Julien obtient le maximum avec des moyens très limités.

Ça s’est vu de nouveau dans la victoire de 4-1 du Canadien sur les Penguins, mardi soir. C’était un troisième gain en quatre sorties pour le Tricolore.

Personne n’aurait prédit un tel scénario quand le navire du Tricolore prenait l’eau il y a deux semaines. L’équipe était coincée dans une séquence de huit défaites, léthargie qui coïncidait avec la congestion à l’infirmerie. Rappelons l’ordre d’arrivée des patients :

-15 novembre : Jonathan Drouin et Paul Byron

-30 novembre : Victor Mete

-5 décembre : Jesperi Kotkaniemi

Dans une équipe dont la profondeur n’était déjà pas une force, le coup aurait pu être fatal. Les huit défaites attestent que ça n’a pas été sans conséquence, mais il y a actuellement des signes de progrès.

Les ingrédients

Certains joueurs ont pris les choses en main. Shea Weber et Ben Chiarot arrivent en tête de liste. Weber l’a de nouveau démontré en livrant un autre effort colossal. En marquant comme il l’a fait, il a rappelé à tous qu’il peut encore se débrouiller sur patins, quoi qu’en disent ses dénigreurs. En désavantage numérique, il est redevenu fiable comme dans ses belles années. Chiarot, lui, continue à jouer un total ahurissant de minutes (25 : 42 mardi) sans montrer de signes de fatigue.

À l’avant, Brendan Gallagher demeure Brendan Gallagher ; son but dans un filet désert était son quatrième en quatre matchs. Phillip Danault s’est remis d’un début difficile mardi pour terminer sa soirée avec panache. Nate Thompson demeure toujours aussi fiable. Et Carey Price est en train de chasser les mauvais souvenirs de novembre de son esprit.

Et Julien, lui ? Il tente de tenir le navire à flot, même si son groupe a ses failles derrière les vétérans susmentionnés. Sa dernière trouvaille : un savant système de jumelage de ses défenseurs, qui lui permet d’éviter de jumeler trop souvent Cale Fleury et l’autre recrue du moment qui l’accompagne (en ce moment, c’est Otto Leskinen). Ainsi, dans le duel de mardi, Leskinen a passé pratiquement autant de temps avec Fleury (5 : 55) qu’avec Jeff Petry (4 : 25).

« On a de nouveaux joueurs qui n’ont pas beaucoup d’expérience, a admis Weber. Dans notre territoire, l’autre équipe tente d’obtenir des confrontations avantageuses. Tout le monde a bien répondu et semble à son aise avec la façon de faire. »

« C’est dur pour [Julien]. De plus, on joue à l’étranger, on n’a pas le dernier mot dans les changements, a rappelé Tomas Tatar. On avait dit avant le match que les combinaisons changeraient par moments. On savait à quoi s’attendre. »

Le désavantage numérique, un aspect du jeu hautement stratégique, montre aussi des signes d’amélioration. Le CH n’a rien donné aux Penguins pendant son unique pénalité mardi, et l’équipe affiche un taux de succès de 94,1 % depuis sept matchs.

Même réalité à Pittsburgh

Le vis-à-vis de Julien mardi, Mike Sullivan, doit lui aussi se débrouiller avec les moyens du bord. Sur sa liste des blessés, on retrouve un certain Sidney Crosby, mais aussi Patric Hornqvist, Nick Bjugstad et Brian Dumoulin.

Ils ont moins bien paru contre le Canadien, mais les Penguins se tirent eux aussi d’affaire. Evgeni Malkin joue comme la vedette qu’il est, mais contrairement à ce que l’on voit à Montréal, d’autres joueurs profitent réellement des absences pour s’imposer.

Bryan Rust, par exemple, a connu un fort match. Avec sa passe sur le but de Jake Guentzel, il compte maintenant 18 points en 17 matchs par saison. En défense, John Marino est sorti de nulle part et rend de fiers services à son équipe. La recrue a joué 24 minutes. « Il a été notre meilleur défenseur », a jugé Sullivan.

Mais voilà, les « moyens du bord » de Sullivan incluent Malkin et Guentzel, des joueurs aux habiletés supérieures. Et si des joueurs comme Rust et Marino émergent, c’est aussi parce que l’équipe recrute ou embauche des joueurs qui ont le potentiel pour le faire.

À l’inverse, chez le Tricolore, des joueurs comme Jordan Weal et Nick Cousins, qui se font confier davantage de responsabilités, sont incapables d’en profiter, pour la simple et bonne raison qu’ils n’ont pas les habiletés offensives qui correspondent à leur place dans la hiérarchie. Ça sautait aux yeux quand on voyait Cousins obtenir des occasions en or, chaque fois arrêtées par Tristan Jarry.

Il sera intéressant de voir pendant combien de matchs Julien pourra en soutirer autant de ses troupes. Il sera tout aussi intéressant de surveiller si Marc Bergevin tentera de lui fournir de l’aide, ou s’il préservera sa banque d’espoirs et de choix au repêchage.

Ils ont dit

On était brouillons en première période. Il fallait se remettre sur l’exécution, sur la tâche en deuxième période. L’échec avant devait être meilleur, la transition aussi. Ça faisait deux ou trois jours qu’on n’avait pas joué, mais en deuxième et en troisième, c’était notre match.

Phillip Danault

J’ai gagné ma bataille, c’est ça qui est arrivé ! J’avais la rondelle dans l’enclave, mais j’étais mal placé pour tirer. J’ai fait un revers, mais ils partaient à deux contre un. Donc j’ai repris la rondelle et elle a rebondi un peu partout. Comme en première période, la rondelle bondissait beaucoup.

Phillip Danault, à propos du but de Tomas Tatar

J’ai été vraiment chanceux. Je riais de mon tir, mais au bout du compte, un but, c’est un but. La glace était très lente toute la soirée, c’était difficile. Mais les deux équipes sont désavantagées.

Tomas Tatar

On était vraiment rouillés. On se débarrassait de la rondelle, on n’était pas conscients de ce qui se passait autour de nous. Ça peut arriver après quelques jours sans jouer. Mais on a connu une très bonne deuxième période.

Shea Weber

Ça fait partie de l’apprentissage, et dans ces circonstances-là, ça nous permet quand même de leur donner de l’expérience. Tant qu’ils jouent du hockey solide, il n’y a aucune raison de ne pas continuer avec eux.

Claude Julien, qui a employé Otto Leskinen et Cale Fleury même en troisième période

Dans le détail

Les limites d’une expérience

On vous parlait mardi matin des Penguins qui sont forcés d’employer Kristopher Letang à gauche en raison de la blessure au gaucher Brian Dumoulin. On a toutefois constaté les limites de cette expérience et pourquoi Mike Sullivan y a recours parce qu’il n’a d’autre choix. Sur le jeu menant au but de Joel Armia, l’attaquant du Canadien a tenté un lob vers Letang, le genre de rondelle qu’un défenseur évoluant de son côté naturel n’aurait aucun problème à intercepter. Mais Letang en est incapable et se retrouve vite dans l’embarras, au point où une pénalité à retardement avait été appelée contre le Québécois. C’était un match à oublier pour Letang, qui a en outre nui à son gardien sur le but de Shea Weber.

Un autre joueur tombe au combat

Matthew Peca n’a pas terminé la rencontre après avoir subi une vilaine chute en zone neutre, sous le poids d’Evgeni Malkin. Claude Julien n’avait pas de détails à offrir après le match, mais a rappelé que le Rocket jouait à Laval mardi soir, ce qui facilitait un rappel en cas de besoin. Si Peca doit s’absenter mercredi soir, la blessure permettra vraisemblablement à Riley Barber de poursuivre son aventure dans la LNH pour un match de plus. L’attaquant revenait dans la grande ligue pour la première fois depuis février 2017. Jouant dans son patelin de Pittsburgh, devant ses parents et plusieurs proches, il s’est montré vaillant. Mais on a aussi constaté que sa vitesse d’exécution est davantage celle d’un joueur de la Ligue américaine. Il a été crédité de deux tirs au but, mais c’était deux tirs sans angle, aucunement menaçants.

Revoyez la blessure de Matthew Peca

La fin d’une séquence

Quand Tomas Tatar a touché la cible en deuxième période, il a mis fin à l’impressionnante séquence de Tristan Jarry. Le gardien des Penguins était parfait depuis 177 min et 15 s, établissant ainsi un record d’équipe pour la plus longue séquence d’invincibilité. Jarry a été battu 3 fois sur 25 tirs, mais il est difficile de lui jeter la pierre pour la défaite. Sur le but de Tatar, la rondelle bondissait sans arrêt et Tatar a même raté son tir. Letang était le principal coupable sur les deux autres buts. Matt Murray se cherche depuis quelques semaines, donc la bonne séquence de Jarry tombe à point nommé pour les Penguins.

En hausse : Carey Price

Une autre sortie convaincante au cours de laquelle il semblait en contrôle, cette fois avec 30 arrêts sur 31 tirs.

En baisse : Jordan Weal

Depuis trois matchs, Claude Julien l’utilise de façon plus substantielle, comme en fin de saison l’an dernier. Mais les résultats de l’hiver 2019 ne sont pas au rendez-vous.

Le chiffre du match : 120

C’est le nombre de mises en échec dans les statistiques officielles, soit 67 pour Montréal et 53 pour Pittsburgh. On veut bien croire que ça jouait rude, mais ça équivaut à deux mises en échec par minute. Un statisticien plus sélectif la prochaine fois, peut-être ?