(NEW YORK) Il était difficile de ne pas être de bonne humeur autour de Nate Thompson.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Souriant de toutes ses dents, le vétéran joueur de centre savourait pleinement le fait qu’il venait d’inscrire le but gagnant du Canadien.

> Le sommaire de la rencontre

D’une part l’équipe n’est plus tellement habituée à gagner – sa victoire de 2-1 à New York vendredi soir n’était que sa deuxième en 11 matchs. Et d’autre part, Thompson est rarement l’homme des grandes occasions, comme en faisaient foi les sept buts gagnants qu’il avait marqués depuis le début de sa carrière en 2006.

Dans tous les cas, ça lui en fait maintenant huit.

Cet accomplissement ne serait toutefois jamais venu n’eût été d’un changement de trio effectué en toute fin de match par Claude Julien. La commotion cérébrale subie par Jesperi Kotkaniemi jeudi contre l’Avalanche a causé un mouvement de personnel qui a envoyé Nick Suzuki au centre. On a toutefois flanqué la recrue de Nick Cousins et de Jordan Weal. Pendant ses 55 minutes d’existence, l’unité a généré un grand total de zéro (0) chance de marquer.

Avec quelques minutes à écouler, Julien a toutefois muté Thompson à droite de Suzuki.

On a vu des étincelles dès la première présence du trio remanié. Et à sa deuxième apparition, il a marqué le but gagnant, avec un peu plus d’une minute à jouer en troisième période.

« C’était toute une réunion ! », s’est esclaffé Thompson, rappelant que les trois patineurs avaient momentanément joué ensemble plus tôt cette saison.

PHOTO MARY ALTAFFER, ASSOCIATED PRESS

Nate Thompson (44) et Jeff Petry (26)

Claude Julien, lui, a expliqué avoir placé le centre droitier sur ce trio pour se donner plus d’options en fin de match, devant l’éventualité, notamment, d’un dégagement refusé et d’une mise en jeu tardive en zone défensive.

L’entraîneur a eu la main heureuse, mais il faut mentionner que son équipe lui avait (enfin ?) donné un bon match presque d’un bout à l’autre.

« Les Rangers ont un bon jeu de transition, mais on s’est bien ajustés et on s’est assurés de limiter leur vitesse en zone neutre, a analysé Julien. Ç’a été un match âprement disputé. Une grosse victoire et deux gros points. »

Grand artisan de cet effort défensif, Phillip Danault a lui aussi distribué les compliments.

« Carey Price a été incroyable, nos défenseurs ont été solides, nos avants aussi… [Les Rangers] ont une bonne machine offensive, avec Panarin et Zibanejab, il fallait être alertes et on l’a été. On s’est bien repliés, on n’a pas trop ouvert le jeu. Surtout après la première période, on a resserré notre jeu et on a été meilleurs. »

PHOTO MARY ALTAFFER, ASSOCIATED PRESS

Carey Price (31) bloque un tir de Ryan Strome (16)

En somme, une bonne vieille victoire conservatrice, scénario rêvé pour un entraîneur sur la route, à plus forte raison avec une éreintante partie disputée la veille. Julien a d’ailleurs pu répartir les minutes de manière plus équitable. Brett Kulak a été le grand gagnant au jeu des vases communicants, et il a probablement disputé son match le plus solide de la saison.

Le cas Domi

Voilà pour les fleurs. Maintenant, le pot.

En point de presse, Claude Julien n’avait pas envie, mais pas du tout, de jaser de Max Domi.

« On ne parle pas des individus », a-t-il répliqué sèchement lorsqu’interrogé sur la tenue de son joueur de centre. « On a joué un bon match sur la route et on va profiter de cette victoire-là », a-t-il ajouté.

D’accord. Mais parlons-en tout de même. Domi est complètement méconnaissable. Ses rares bons coups sont quasi systématiquement effacés par des jeux paresseux ou des erreurs de jugements.

Exemple facile : en deuxième période, le Canadien profite de son seul avantage numérique de la rencontre. Domi plonge en désespoir de cause pour garder la rondelle en zone adverse et garder l’attaque en vie. Avec succès. Dès les secondes suivantes, il tente de déjouer Mika Zibanejad. Celui-ci ne mord pas, lui vole la rondelle et détale à deux contre un. Domi en doit tout une à Price et à son magnifique arrêt sur la séquence.

Avant la rencontre, Claude Julien avait dit souhaiter qu’en l’insérant au centre des Finlandais Artturi Lekhonen et Joel Armia, Domi retrouverait ses aises de la saison dernière. C’est sans doute un euphémisme de dire que l’expérience n’est pas concluante. Lekhonen a connu toutes sortes de difficultés, tant en attaque qu’en repli défensif, et Armia a été, à toutes fins pratiques, invisible.

Le Canadien a trouvé le moyen de gagner, il lui faudra maintenant trouver le moyen de faire fonctionner celui qui a été le grand moteur offensif de la saison 2018-2019.

Car le CH amorce certes le week-end au deuxième rang de sa division, mais son sentiment de confort, s’il en a un est artificiel : aucune équipe ne rejoindra les Bruins en première place, et les deux formations qui talonnent le CH ont joué moins de matchs.

Claude Julien l’a dit lui même : s’il a ménagé Carey Price avant le match contre les Rangers, c’est parce que les deux équipes sont engagées dans la course pour l’obtention d’une des deux « wildcards » qui pourrait leur permettre d’entrer en séries éliminatoires. Ce calcul le fait bien paraître.

Il lui faudra le faire de nouveau, et plus tôt que tard. Car les Penguins de Pittsburgh, prochains adversaires, sont exactement dans le même bateau.

Dans le détail

Pauvre Leskinen

Il y a de ces gaffes dont on se souvient longtemps. À son deuxième match en carrière, Otto Leskinen en a commis une que personne n’a ratée. Posté à la ligne bleue des Rangers, il n’a pu capter une passe sautillante en sa direction et Brendan Smith n’a pas hésité une seconde : il a facilement semé le défenseur de 22 ans, traversé fin seul la patinoire et déjoué Price d’une habile feinte sur un seul patin. On avouera avoir été aussi surpris que Leskinen des habiletés démontrées par Smith, un défenseur de 30 ans employé sur le quatrième trio des Rangers. À son retour au banc, Leskinen a reçu une accolade d’encouragement de Brendan Gallagher. On l’a toutefois peu vu après cet incident. Claude Julien s’est tout de même porté à sa défense. « Ce n’était pas de sa faute. La rondelle a sauté par-dessus son bâton et l’autre joueur des Rangers est arrivé avec de la vitesse. C’était important pour le vétéran [Gallager] de lui dire de ne pas lâcher. »

Kreider en liberté

On le sait, Chris Kreider a souvent fait suer le Canadien (et ses partisans), et le match de vendredi n’a pas fait exception. Le gros ailier s’est promené dans le territoire montréalais tout au long de la rencontre, obtenant au passage trois tirs au but et en décochant quatre qui n’ont pas atteint leur destination. Le vulnérable duo de Petry-Chiarot ainsi que les trios de Domi et de Suzuki ont peiné à le contenir. Carey Price a toutefois sorti ses coéquipiers du trouble à deux reprises. Une première fois en période médiane lorsque Kreider, seul devant lui, a tiré à bout portant après avoir accepté une passe depuis l’arrière du filet, puis une deuxième fois, au dernier tiers, lorsque le numéro 20 des Bleus a tiré sur réception du point de mise en jeu à sa droite.

Une première pour Hudon

Il n’y a pas un roman à écrire là-dessus, mais c’est la première fois que Charles Hudon savoure la victoire avec le Canadien cette saison. La première rencontre qu’a disputée le Québécois après son rappel de la Ligue américaine, le 16 novembre dernier, s’est soldée par une défaite en prolongation face aux Devils du New Jersey, point de départ de la séquence de huit revers d’affilée du Tricolore. Lors que le Canadien a enfin gagné mardi contre les Islanders, Hudon a suivi le match depuis les estrades du Centre Bell. Employé sur le quatrième trio avec Nate Thompson et Matthew Peca, Hudon a fait du bon boulot vendredi soir, tout particulièrement en première période, au cours de laquelle il a décoché deux tirs, dont l’un qui a fini sa course sur la barre transversale.  

Ils ont dit

Carey Price a été solide [contre les Rangers], mais également lors des matchs précédents. On ne l’aidait pas, on l’exposait, on devait être meilleurs devant lui. On sait tous que d’essayer de réparer toutes les erreurs [de ses coéquipiers], ça n’aide pas un gardien.

Claude Julien

On avait besoin de [Brett Kulak]. Il se mettait en doute et manquait de confiance. Mais on l’a mis dans une position où il devait faire le travail. Et il s’est levé.

Claude Julien

[Cette victoire], c’est exactement ce dont on a besoin en ce moment. On a donné tout un effort. On y est enfin arrivés.

Brendan Gallagher

Je n’y ai jamais pensé [à la dernière défaite contre les Rangers]. Je suis rendu à un niveau où je me concentre seulement sur la journée en cours.

Carey Price

Il faut apprendre de ce qui est arrivé et aller de l’avant. On a bien joué au cours des trois derniers matchs. J’aime où on s’en va.

Phillip Danault

On a donné moins de chances de marquer, moins de surnombres ; on le fait depuis quelques matchs, mais la chance n’était pas de notre côté. Notre jeu défensif est mieux structuré. Maintenant, l’attaque va venir avec l’engagement de toute l’équipe. Quand les deux vont fonctionner en même temps, il va nous arriver de belles choses.

Ben Chiarot

En hausse, en baisse

En hausse

Phillip Danault

Une passe lumineuse sur le but de Gallagher, mais du travail acharné toute la soirée, notamment en infériorité numérique.

En baisse

Ben Chiarot

Tout ce qui monte doit redescendre. Deux punitions inutiles coup sur coup en deuxième période. Son duo avec Jeff Petry en a arraché.

Chiffre

21 min 34 s

C’est le temps passé par Brett Kulak sur la glace, un sommet pour lui cette saison.