L’embauche de Keith Kinkaid vise précisément à alléger la tâche du gardien numéro 1, confirme l’entraîneur Stéphane Waite.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Personne n’a passé plus de temps devant un filet de la LNH que Carey Price la saison dernière.

C’était la première fois qu’il dominait la colonne des minutes jouées chez les gardiens. Et foi de Stéphane Waite, à moins d’un imprévu, ce sera la dernière.

En entrevue avec La Presse, l’entraîneur des gardiens de but du Canadien a confirmé que l’acquisition du vétéran Keith Kinkaid, le 1er juillet dernier, visait expressément à alléger la tâche de Price, qui a disputé 66 matchs, dont 64 départs, en 2018-2019.

En présumant que ses deux gardiens demeurent en santé, l’organisation souhaite confier « plus ou moins 25 matchs, dans un monde idéal » à Kinkaid. Ce qui laisserait à Price une masse de travail de 55 à 60 rencontres.

« On ne voulait pas en donner autant à Carey [la saison dernière]. Pour moi, 66 matchs, c’est trop », explique Waite au bout du fil.

« Mais, en même temps, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Dans une course aux séries, les plans peuvent changer, et on n’a pas le choix d’utiliser le numéro 1 », poursuit-il.

Il faut dire que les statistiques décevantes d’Antti Niemi ont forcé la main du personnel d’entraîneurs du Tricolore, ce qui a obligé Price à disputer 28 des 30 derniers matchs de la saison.

La preuve que l’ère des bourreaux de travail qui jouent tous les soirs est bien révolue, aucun des trois gardiens nommés pour le trophée Vézina la saison dernière n’avait disputé plus de 53 matchs – Ben Bishop et Andrei Vasilevskiy ont toutefois dû s’absenter pendant de longues périodes en raison de blessures.

« Je n’y crois pas et je n’y ai jamais cru. »

Stéphane Waite, entraîneur des gardiens du Canadien, au sujet des saisons de 70 matchs

« Les gens n’ont aucune idée à quel point c’est difficile physiquement et mentalement de jouer plus de 60 matchs. Il faut toujours penser aux séries éliminatoires pour que le gardien numéro 1 arrive en forme, sinon il n’a pas de marge de manœuvre. »

Kinkaid, lui, est prêt à saisir toutes les chances qui s’offriront à lui.

Dans sa première entrevue en personne avec les médias montréalais, il a souligné hier qu’il espérait d’abord pouvoir donner du repos à Carey Price. « Je veux être le gars à qui on peut faire confiance pour gagner le match quand Carey est en congé », a-t-il dit.

Un autre vétéran

Dans sa recherche d’un gardien substitut destiné à disputer moins de 30 rencontres, le Canadien n’avait, tout compte fait, que deux possibilités devant lui sur le marché des joueurs autonomes : Keith Kinkaid et Curtis McElhinney. Le premier a accepté l’offre de 1,75 million de Marc Bergevin, et le deuxième a pris le chemin de Tampa Bay.

Cette acquisition s’inscrit dans une tendance nette observée au cours des dernières années chez le Canadien, celle de dénicher un vétéran pour seconder Price plutôt que de confier l’emploi à un espoir de l’organisation.

Kinkaid succède ainsi à Niemi, à Al Montoya et à Ben Scrivens, qui avaient au moins 29 ans lorsqu’ils ont débarqué à Montréal.

De fait, depuis le départ de Jaroslav Halák pour St. Louis, en 2010, le Canadien n’a repêché ou perfectionné aucun gardien qui occupe aujourd’hui un poste régulier dans la LNH.

Embauché comme joueur aurtonome, Mike Condon a été surutilisé en 2015-2016 après une blessure de Price ; en 2018-2019, il n’a toutefois joué que deux matchs dans la LNH après deux saisons mitigées à Ottawa. Un autre jeune gardien, Dustin Tokarski, acquis par transaction, ne s’est jamais trouvé de boulot durable, à Montréal ou ailleurs.

Dans l’organigramme actuel du CH, Kinkaid a donc fait reculer d’un rang Charlie Lindgren, 25 ans, et Michael McNiven, 22 ans, qui attendent leur tour à Laval.

Stéphane Waite assure que ce n’est pas un désaveu envers les deux jeunes hommes.

« C’est un job très ingrat, être le numéro 2, rappelle-t-il. C’est très difficile mentalement. Tu ne joues pas souvent. Quand tu joues, il faut que tu gagnes. C’est souvent le deuxième match en deux soirs pour l’équipe devant toi. Ce n’est pas facile pour un jeune gardien de jouer ce rôle-là. »

« Le plus dur, ce sont les longues séquences sans jouer, confirme Kinkaid. Il faut seulement trouver le bon état d’esprit, être là pour l’équipe. J’ai déjà rempli ce rôle au New Jersey avec Cory Schneider ; je suis prêt à le faire de nouveau. Je suis emballé de travailler avec Carey Price. »

« On aime mieux que nos jeunes jouent beaucoup de matchs, et ce n’est pas à Montréal qu’ils vont le faire, mais à Laval. Ce n’est pas en étant assis au bout du banc qu’ils vont s’améliorer. »

Stéphane Waite, entraîneur des gardiens du Canadien

En entrevue avec The Athletic, Carey Price a par ailleurs déclaré à la fin du mois de juin préférer ne pas compter sur un substitut qu’il devait materner (babysit). « À ce moment de ma carrière, je ne veux pas être un mentor », a-t-il dit.

« C’est plus rassurant pour Carey de travailler avec un vétéran, abonde Waite. Il adore travailler avec ses adjoints, il échange beaucoup d’idées, mais, pour l’instant, il sent moins le besoin d’être un grand frère et préfère se concentrer sur ce qu’il a à faire. »