Un peu avant le Nouvel An, Claude Julien a séparé Jonathan Drouin, Max Domi et Andrew Shaw. Après plusieurs semaines fastes, le trio avait ralenti un peu. L'entraîneur voulait brasser la soupe.

JEAN-FRANÇOIS TREMBLAY LA PRESSE

Puis Andrew Shaw s'est blessé au cou, et pendant son absence, Julien a séparé les éternels comparses Drouin et Domi. Il avait dit à l'époque que le duo « stagnait », chiffres à l'appui. Il espérait les voir relancer leur saison avec de nouveaux complices.

Les semaines ont passé, puis le Canadien s'est retrouvé enlisé dans la séquence pénible que l'on connaît, avec cinq défaites de suite sur la route. La gifle de lundi contre les Devils du New Jersey a fait mal, surtout le jour même de la profession de foi de Marc Bergevin envers sa formation. Une défaite contre les Red Wings de Detroit, une équipe avec un genou au sol, n'était pas une option.

Hier, en arrivant au Little Caesars Arena de Detroit, Domi, Shaw et Drouin ont vu que Julien avait servi un électrochoc à sa formation. Le trio était de nouveau réuni. Depuis le retour de Shaw que l'entraîneur résistait à la tentation, et ils n'ont pas voulu le décevoir.

Drouin a inscrit quatre aides. C'était le premier match de quatre aides de sa carrière. Domi a obtenu cinq points, deux buts et trois aides. C'était le premier match de cinq points de sa carrière. Et Shaw a réussi un tour du chapeau. Vous l'aurez deviné, c'était le premier tour du chapeau de sa carrière.

Au final, le Canadien a gagné ce match qu'il ne pouvait pas perdre, 8-1 face aux Red Wings.

« On avait de la difficulté dernièrement. On a décidé de réunir les anciens trios qui ont eu du succès dans le passé pour voir où ça allait nous mener. Ça a bien été, on espère que ça va continuer », a indiqué Claude Julien.

Tomas Tatar avait aussi retrouvé Brendan Gallagher et Phillip Danault, comme dans le bon vieux temps. Ce trio s'est aussi distingué, même si leur contribution offensive a été moins flamboyante.

« On a toujours aimé Tatar avec Danault et Gallagher, a précisé l'entraîneur. Ça n'a pas toujours été le cas avec Drouin et Domi, on a dû les séparer. Ça nous permet de mettre ensemble des trios qu'on aime. Tant que ça fonctionne, c'est facile de les garder ensemble. »

Tant que ça fonctionne

Voilà le noeud du problème : « tant que ça fonctionne ».

C'est facile de voir que le Canadien n'avait pas le droit de perdre ce match. Le contexte ne le permettait tout simplement pas. D'abord, les Penguins de Pittsburgh et les Hurricanes de la Caroline talonnent le Canadien au classement. Une défaite aurait pu exclure le club du portrait des séries. Puis il y a le fait que les Red Wings sont terribles. Mais tout à fait, absolument, terribles...

Il y a aussi le moment, au lendemain de la date limite des transactions. Bergevin a choisi de ne pas trop bouger de peur de bousiller une chimie qu'il aime. Il voit son équipe en séries éliminatoires. Il s'est même permis de rêver un peu, en évoquant brièvement la Coupe Stanley des Kings de Los Angeles en 2012, l'année où ils s'étaient qualifiés de justesse.

Donc, tant que ça fonctionne... Le Canadien n'a simplement plus le loisir de vivre une autre traversée du désert.

« J'aimerais ça savoir pourquoi ça a cessé de fonctionner une première fois entre nous trois, a dit Drouin dans le vestiaire. On se pose la question, qu'est-ce qui est arrivé ? Pourquoi ça ne marchait plus ? Tu croises des bonnes équipes qui jouent bien contre toi. Ils commencent à comprendre ce que tu fais, comment tu joues. Il y a assez de vidéos de nos jours.

« Il ne faut pas se décourager. Regarde la première période, ce n'était pas une bonne période. Les trois autres trios roulaient, mais pas nous. On s'est dit, il faut qu'on parte nous aussi, on doit aller chercher deux gros points. »

Drouin aime jouer avec Domi, un joueur qui lui ressemble dans son contrôle de rondelle. Shaw ajoute la touche de fougue. Ce trio a tout ce qu'il faut pour bien fonctionner, mais il doit le faire match après match.

Lundi, Bergevin a fait preuve d'une certaine audace en choisissant le statu quo. Hier, c'était au tour de Julien de démontrer lui aussi une certaine audace en retournant à ses anciennes combinaisons.

Maintenant, c'est aux joueurs de montrer que leur directeur général et leur entraîneur ont eu raison de leur faire confiance.

Prochain match : Canadien c. Rangers, vendredi (19 h) à New York