Cinq matchs seulement ont été disputés et déjà, le calendrier préparatoire est un souvenir bien lointain. Pour s’en convaincre, il suffisait d’observer l’entraînement du Canadien, hier.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Cale Fleury patinait en compagnie de Mike Reilly, au sein du quatrième duo. Ces deux défenseurs ont été laissés de côté samedi. Pour Fleury, c’était un troisième match de suite dans les gradins. La séquence pourrait se prolonger à quatre ce soir, avec la visite du Lightning de Tampa Bay.

Regardons maintenant les attaquants. Les trios sont identifiés par des chandails aux couleurs distinctes. Or, ils sont quatre vêtus de gris : Jonathan Drouin, Jesperi Kotkaniemi, Joel Armia et Nick Suzuki. C’est finalement Suzuki qui est en trop ; il alternera ensuite avec Kotkaniemi au centre de ce trio.

Ce qui ne signifie pas pour autant que Suzuki sera rayé de la formation ce soir. Son sort dépendra notamment de Nick Cousins, blessé au dos depuis le début de la saison. Cousins semble prêt à revenir au jeu, mais l’entraîneur-chef Claude Julien n’a pas voulu le confirmer.

Qu’ont en commun Fleury et Suzuki ? Ils ont fait tourner les têtes au camp, tant et si bien qu’ils étaient possiblement les meilleurs joueurs du Canadien pendant que les vétérans démarraient très lentement la machine. Les choses changent vite au hockey, et en voici une preuve.

Le cas de Suzuki

À la différence de Fleury, qui compte une année d’expérience dans la Ligue américaine, Suzuki tente de faire le grand saut entre les rangs juniors et la Ligue nationale.

Chez les attaquants du Canadien, seul Max Domi a fait un bond comparable. Après une fructueuse campagne de 102 points à l’âge de 19 ans à London, il s’est joint aux Coyotes de l’Arizona et y a amassé 52 points en 81 matchs.

Brendan Gallagher, lui, a fait le saut chez les professionnels pendant que la LNH était paralysée par un lock-out à l’automne 2012. Une fois le conflit de travail réglé, en janvier, il a été rappelé et n’est plus jamais retourné « en bas ». Mais ses 36 matchs avec les Bulldogs de Hamilton lui ont permis une transition en douceur, même s’il avait dominé à sa dernière saison junior.

Gallagher est donc bien placé pour comprendre le défi auquel Suzuki fait face.

C’est un gros ajustement. Tout arrive plus rapidement, et à un meilleur niveau. J’ai passé quelques mois à Hamilton, et les entraîneurs passaient beaucoup de temps à enseigner, ce que tu n’as pas vraiment dans la LNH.

Brendan Gallagher

« Quand on m’a rappelé, il y avait plusieurs bons vétérans dans le vestiaire qui m’aidaient. Brandon Prust en faisait partie. J’ai souvent parlé de Josh Gorges. Je m’inspirais beaucoup de Brian Gionta, car je pouvais m’inspirer de sa façon de jouer. Je pouvais lui parler pendant les matchs si j’en arrachais avec quelque chose. »

À cet effet, Suzuki assure avoir lui aussi de l’aide des plus vieux. « Phil [Danault], Shea [Weber], Max [Domi], Drou [Jonathan Drouin], Tuna [Tomas Tatar], tous ces gars me disent de continuer, de travailler fort. J’ai montré à quel niveau je peux jouer et je pense qu’ils voient ce que je peux accomplir. »

Malgré cette aide, Suzuki tarde à se mettre en évidence comme il le faisait pendant le calendrier préparatoire. En cinq matchs, il compte une mention d’aide, pas de but, et seulement cinq tirs, malgré un temps d’utilisation raisonnable (moyenne de 14 min 29 s par match) et des présences en avantage numérique. Par conséquent, il a glissé du deuxième au quatrième trio, et voilà qu’il est menacé d’être dans les gradins ce soir.

« Claude a vraiment insisté pour que je joue à un rythme élevé. Je l’ai fait au camp, mais je pense qu’à mes premiers matchs de saison, je regardais un peu trop passer l’action, a admis Suzuki. Je devais m’impliquer davantage, défier les adversaires. Ça va mieux depuis deux matchs. […] Le dernier match était mon meilleur. »

Reste à voir si son entraîneur le verra de la même façon. S’il tient réellement à donner un premier match à Cousins, Suzuki pourrait aussi être le joueur retranché « par défaut », car on le voit mal exclure Nate Thompson, qui accomplit du bon boulot, ou Paul Byron, un adjoint au capitaine qui était assis dans la première rangée hier pour la photo d’équipe.

Le cas de Fleury

Fleury, lui, n’a pas joué depuis maintenant 10 jours. Son remplaçant Christian Folin n’a pourtant rien cassé en trois matchs. Mais compte tenu de la formation à l’entraînement d’hier, compte tenu du fait que Julien a laissé entendre ne pas trop vouloir toucher à son groupe qui a signé une belle victoire samedi, on peut douter des chances de Fleury de revenir au jeu ce soir.

PHOTO NICK TURCHIARO, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Cale Fleury n’a pas joué depuis 10 jours.

Or, il sera intéressant de voir la décision que prendra l’organisation. Le Rocket dispute trois matchs en quatre jours à Laval, soit demain, vendredi et samedi. Tant qu’à condamner le jeune homme à regarder des matchs du haut de la passerelle, ne vaudrait-il pas mieux qu’il joue un rôle important au sein du club-école ?

Au bout du compte, j’ai besoin de jouer. C’est pourquoi je suis ici. Si ça doit se passer à Laval, j’irai et je tenterai de revenir le plus vite possible. Toute expérience sera bonne pour moi.

Cale Fleury

« On sait qu’on peut l’envoyer à Laval et le rappeler. C’est le bon côté avec les joueurs qui n’ont pas besoin de passer par le ballottage quand le club-école est proche », a souligné Julien.

Il sera donc intéressant de voir comment Bergevin gérera cette situation. Car si Julien persiste à préférer Folin à Fleury, le dossier tombera dans la cour du DG.

Avec Fleury dans les gradins, Suzuki qui se bat pour sa place et Ryan Poehling à Laval, le grand virage jeunesse tant attendu par les partisans ne semble plus aussi imminent qu’il y a un mois.