(Buffalo) Le repêchage de 2019 sera celui des Américains. Les joueurs de l’équipe du programme national de développement des États-Unis (USNTDP) sont partout dans les palmarès des meilleurs espoirs, à commencer par Jack Hughes, attendu au 1er ou au 2e rang. Cette prédominance des Américains était clairement perceptible hier au camp d’évaluation de la LNH : des six espoirs disponibles pour des entrevues, trois étaient issus de ce programme !

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Un grand absent

À l’origine, seuls Hughes et Alex Turcotte étaient attendus pour les entrevues d’hier. Mais en l’absence du Finlandais Kaapo Kakko, Trevor Zegras s’est ajouté au groupe. L’absence de Kakko – l’autre candidat pour le 1er rang du repêchage – a fait jaser toute la semaine par ici. Rappelons les circonstances : Kakko participait au Championnat du monde avec la Finlande et l’équipe a atteint la finale, disputée dimanche dernier. Finale qu’elle a remportée, contre toute attente. « Le calendrier serré et les célébrations du championnat empêchent Kakko de venir au camp d’évaluation », a déclaré Mike Liut, son agent, à NHL.com.

Quel impact ?

Les Devils parleront au 1er rang au repêchage, les Rangers suivront au 2e rang. Aux yeux de tous, la cause est entendue et c’est là que Hughes et Kakko aboutiront. « Son absence n’aura aucun effet. Il est champion du monde avant même de jouer dans la LNH, c’est très spécial. Les équipes qui parlent tôt devront simplement passer un peu plus de temps avec lui à Vancouver », a tranché Dan Marr, directeur de la Centrale de recrutement de la LNH. Cela dit, pourquoi des équipes autres que les Devils et les Rangers voudraient-elles interviewer ces deux joueurs ? Hughes a rencontré 10 équipes cette semaine, donc il était bien placé pour répondre. « Tu ne sais jamais qui sera échangé, quels choix seront échangés, qui sera directeur général de quelle équipe. Ils tentent aussi d’en apprendre plus sur les autres joueurs de notre équipe. »

Hughes ou Kakko ?

PHOTO DARRYL DYCK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Kaapo Kakko participait au Championnat du monde avec la Finlande et l’équipe a remporté la finale, disputée dimanche dernier.

Pendant une bonne partie de l’année, Hughes semblait avoir l’avantage sur Kakko, mais le Championnat du monde sénior en a peut-être ébranlé quelques-uns. Pendant que Hughes se contentait de trois passes en sept matchs, Kakko inscrivait six buts en 10 matchs, tout ça au sein d’une équipe finlandaise dépouillée de ses meilleurs éléments. « Kakko est un peu plus développé physiquement, et ça dicte le genre de jeu qu’il peut jouer. Les habiletés, l’intelligence, le patin, toutes les cases sont cochées. Jack a ces qualités aussi, il joue avec vitesse. C’est dur de dire qui sera le meilleur, car les deux vont amener beaucoup à leur équipe », a dit Marr, toujours aussi prudent. Hughes a toutefois soulevé un très bon point. « Je crois qu’avec les Rangers et les Devils aux deux premiers rangs, on sera reliés pendant plusieurs années. »

Une année record

Bon an, mal an, l’USNTDP voit deux ou trois de ses membres repêchés au 1er tour. Cette année, il pourrait y en avoir sept ! Six des douze premiers patineurs nord-américains de la Centrale de recrutement de la LNH en sont issus, tout comme le gardien no 1, Spencer Knight. Et il y en aura d’autres plus tard dans le repêchage. Un cauchemar pour un recruteur, une telle équipe ? « Tu vas les voir et tu réalises qu’il y a 20 bons joueurs, donc tu dois faire 20 rapports ! Normalement, tu dois en faire cinq ou six, rappelle Marr. Mais tu n’as pas besoin de retourner souvent voir de bons joueurs. Tant qu’ils sont bons quand tu y vas… Parfois, tu te bases plutôt sur l’identité de l’adversaire. On allait donc les voir contre des équipes de la NCAA, pour les voir contre les plus vieux. S’ils produisent dans ces matchs-là, ils ne perdront pas ça. »

Turcotte, le fils de l’autre

Toute l’attention autour de Hughes ne doit donc pas faire oublier les autres espoirs du programme américain. Alex Turcotte vient au 4e rang des espoirs nord-américains. Ce nom dira quelque chose aux partisans du Canadien, puisqu’il est le fils d’Alfie Turcotte, choix de 1er tour (17e au total) du CH en 1983. Son visage leur dira aussi quelque chose : la ressemblance avec un jeune Alfie Turcotte est frappante ! « Mon père a joué 15 ans chez les pros. Il a vécu ça, il sait à quoi s’attendre, il m’a enseigné beaucoup de choses hors glace », a expliqué le jeune homme, peu loquace. Turcotte se décrit comme « un joueur très compétitif, bon offensivement et fiable défensivement ».

Zegras, le fabricant de jeux

Trevor Zegras, lui, vient au 6e rang des espoirs nord-américains. Ce qui l’a placé là : des talents hors du commun de fabricant de jeux, qui se traduisent par une récolte de 61 passes en 60 matchs avec le programme américain. « Quand j’étais petit, mon joueur préféré était Patrick Kane. Il est évidemment un bien meilleur passeur que moi, mais j’essaie de faire de mon mieux ! », a lancé le charismatique Zegras. « Il a un talent spécial, il est tellement bon pour faire des passes, a renchéri Hughes. J’adore jouer avec lui en raison de sa créativité et du plaisir qu’il a à jouer. »

Et les autres

Le Canadien parlera au 15e rang, si bien qu’il pourrait très bien se retrouver avec un joueur issu de ce programme. Derrière Hughes, Turcotte et Zegras, on retrouve Cole Caufield (8e en Amérique du Nord), un attaquant bourré de talent, mais désavantagé physiquement à 5 pi 7 po et 162 lb. Caufield a tout détruit au Mondial des moins de 18 ans, avec 14 buts (!) en sept matchs, suscitant des comparaisons avec un autre petit attaquant capable de marquer, Alex DeBrincat. Vient ensuite Matthew Boldy (9e), nettement plus costaud à 6 pi 2 po et 192 lb. Les partisans du CH auront aussi un œil sur Cam York (12e). Le jeune homme a la particularité d’être un défenseur gaucher, position où le Tricolore a souffert depuis l’horrible été 2017.