À sa première saison à titre de directeur général du club de hockey de l'Armée rouge, Sergei Fedorov s'est donné un défi énorme à relever: refaire de cette équipe le club légendaire qui revendique 32 championnats.

Mis à jour le 23 oct. 2012
François Gagnon LA PRESSE

Des titres qui remontent à l'époque de l'ancienne URSS, comme en témoigne la dernière conquête, qui date de 1989.

La création de la KHL n'a rien fait pour redonner à l'Armée rouge son éclat d'antan, avec des 5e, 13e, 19e et 16e places au classement lors des quatre premières saisons.

«Regarde les photos sur ce mur. Près du cadre à gauche, sur celle de 1980, c'est moi. J'avais 15 ans. J'ai joué pour l'Armée rouge pendant quatre ans avant de faire le saut dans la LNH. Quatre fois, nous avons gagné. Je veux restaurer l'image de cette équipe. Et je tiens à le faire dès maintenant», a lancé le directeur général, qui pourra s'inspirer de ce qu'il a vécu à Detroit, de 1990 à 2003, et de ce dont il a été témoin pendant sa carrière de 18 saisons dans la LNH pour maximiser ses chances de réussite.

Comme si ce premier défi ne suffisait pas, Fedorov tient aussi à assurer à la KHL la reconnaissance qu'elle mérite. Celui qui a succédé à Viatcheslav Fetisov à la tête de l'Armée rouge esquisse d'ailleurs une moue lorsque je relève la mort en plein match du jeune Alexei Cherepanov, en octobre 2008, et la tragédie qui a décimé le Lokomotiv de Yaroslav, il y a tout juste un an.

«Personne ne peut effacer les souvenirs laissés par ces tragédies. Nous les avons d'ailleurs utilisés pour apporter des améliorations à toutes nos structures. D'autres suivront. C'est normal. Nous formons une ligue très jeune. Une ligue qui a encore des zones grises. Est-ce que nous sommes au niveau de la LNH? Pas encore. Et nous ne le serons sans doute pas dans cinq ans non plus. Mais nous sommes en plein développement. Nous avons des ambitions et des moyens pour les atteindre», assure Fedorov.

Les bienfaits du pétrole

Lorsqu'on l'interroge sur les bailleurs de fonds obscurs et la réalité financière plus obscure encore de sa ligue, Fedorov sourit.

«Il faut comprendre la réalité économique de notre pays pour aussi comprendre celle de la ligue. Plusieurs dénoncent l'argent du pétrole. À mes yeux, c'est un cadeau du ciel que des entreprises aussi riches comptant sur des tas de gens compétents aient décidé de soutenir le hockey russe. Elles l'ont sauvé et nous aideront à l'améliorer, pas seulement en injectant de l'argent, mais en nous guidant vers une meilleure planification sur le plan des affaires», a répliqué le patron de l'Armée rouge.

Une équipe dont la pétrolière Rosneft, deuxième en importance en Russie après Gazprom, est maintenant propriétaire.

Expansion salutaire

Fedorov reconnaît que sa Ligue ne peut s'autofinancer avec les seuls revenus aux guichets - surtout les équipes évoluant dans les petits amphithéâtres de la région de Moscou -, mais il assure qu'une expansion bien orchestrée, combinée au système de commandite qui est en place, pourra stabiliser la situation financière de la KHL et renforcer son image sur la scène du hockey.

«Nous sommes sous un microscope depuis la création de la ligue. Nous le sommes davantage cette année en raison du lock-out. L'annulation de la saison dans la LNH nous permettrait de garder avec nous des joueurs qui, autrement, nous quitteront. Mais je ne la souhaite pas pour autant. Ce que je souhaite, c'est que nous puissions intéresser les autres ligues d'Europe à se joindre à nous. Nous avons ajouté des clubs à Prague et à Bratislava cette année. On parle d'un club à Milan. Pourquoi pas? C'est une grande ville de sport. On pourrait faire des percées en Scandinavie aussi. Si la KHL devenait la grande ligue d'Europe, nous aurions un modèle d'affaire solide, et le niveau de jeu serait rehaussé d'autant.»

Malgré ses 42 ans et le fait qu'il se soit investi dans son rôle de directeur général, Fedorov n'a pas encore annoncé sa retraite. «Les journalistes ont sauté trop vite aux conclusions. J'ai simplement pris une pause pour permettre à mon dos de se reposer.»

Si son dos est guéri et que ses 42 ans le lui permettent, pourrait-il songer à un retour? «Pourquoi pas?», a conclu Fedorov, sans toutefois faire de ce projet un troisième défi.