Comment un joueur ayant remporté le titre de joueur par excellence de la LHJMQ peut-il avoir perdu des points aux yeux des recruteurs?

Marc Antoine Godin LA PRESSE

C'est une question que Sean Couturier a été forcé de se poser.

Il y a un an, la majorité des observateurs s'entendaient pour dire que Couturier était le joueur le plus susceptible d'être choisi au premier rang du repêchage qui aura lieu ce week-end au Minnesota. Mais lorsque la Centrale de recrutement de la LNH a publié ses classements finaux, Couturier figurait au cinquième rang.

«Ce n'est qu'une liste, soutient le centre des Voltigeurs de Drummondville. Chaque équipe a la sienne et tout peut changer jusqu'au jour du repêchage. Cela dépend de ce dont chaque équipe aura besoin.

«Je demeure tout aussi confiant en mes habiletés. Dans l'ensemble, ç'a été une année extraordinaire. J'ai récolté le même nombre de points que la saison précédente en jouant 10 matchs de moins. Avec ces 10 matchs de plus, j'aurais peut-être terminé au sommet du classement des marqueurs.»

Parmi ceux qui l'ont devancé, il y avait un certain Jonathan Huberdeau.

Doté de mains exceptionnelles, le centre des Sea Dogs de Saint-Jean a connu une progression fulgurante cette année. Il a couronné une saison de rêve en étant choisi le joueur par excellence de la Coupe Memorial.

«J'ai joué de bons matchs au moment où il y avait le plus de pression, reconnaît Huberdeau. J'aime les matchs sous pression. Mais je ne sais pas si ces performances vont vraiment m'aider en vue du repêchage. Il y a d'excellents joueurs qui n'ont simplement pas eu la chance d'avoir la vitrine de la Coupe Memorial.»

Et l'un d'eux, c'est Sean Couturier.

Huberdeau mieux entouré

Les Sea Dogs de Saint-Jean formaient au hockey junior une équipe d'une force inouïe. Trois de leurs joueurs - sinon quatre - seront choisis au premier tour, vendredi. Ils alignaient en outre un choix de première ronde de l'an passé (Simon Després, Pittsburgh) et un autre de deuxième (Éric Gélinas, New Jersey). Pendant ce temps, Couturier peinait avec les Voltigeurs, cherchant désespérément quelqu'un pour compléter ses jeux.

«Couturier avait la mononucléose au début de l'année et il aurait encore mieux paru si son équipe l'avait reposé», ajoute un recruteur de la LNH, qui a comparé son style à celui de Ron Francis.

«Il était toujours sur la patinoire. Les gens doutent de son coup de patin, mais il n'a pas pu l'améliorer tellement il jouait. Il était forcé de doser ses énergies.

«Mais Couturier protège bien la rondelle et c'est sûr qu'avec son gabarit, son coup de patin ne le désavantagera pas.»

En revanche, ce qui semble avoir désavantagé Couturier, c'est qu'il en était cette année à sa troisième saison dans le circuit Courteau. Tout le monde avait déjà vanté ses mérites. À la longue, lorsqu'un joueur passe trop de temps sous la loupe des dépisteurs, ceux-ci finissent par voir ses défauts plus que ses qualités. «Je ne sais pas si ç'a joué contre moi, mais je suis resté le même joueur que j'étais auparavant et j'ai eu une bonne année malgré tout», croit le centre de 6'3 et 200 livres.

C'est l'avenir qui importe

En 2009-2010, Couturier avait remporté à 17 ans le championnat des marqueurs de la LHJMQ. Mais en sortant plus lentement des blocs de départ cette année, et en ratant 10 rencontres, il n'a pu faire mieux que d'égaler ses 96 points de la campagne précédente.

Huberdeau, lui, a connu un départ canon avec les éventuels champions du hockey junior canadien.

«La saison dernière, j'avais connu une bonne fin de campagne et surtout de bonnes séries, a noté celui qui veut modeler son jeu sur celui de Vincent Lecavalier. Au début de l'année, je me suis dit qu'il fallait que je continue sur cette lancée-là, sans pour autant me mettre de pression et penser au repêchage.

«J'ai travaillé chaque jour à améliorer certaines choses, comme mon coup de patin et ma défense de zone. Je voulais avoir plus de constance dans mon jeu et c'est ce qui est arrivé.»

Alors qu'ils voyaient Huberdeau éclore sous leurs yeux, les dépisteurs ont constaté autre chose: si Couturier est nettement le plus costaud des deux, il y a beaucoup de place dans la charpente de 6'1 et 170 livres de Huberdeau pour que ce dernier prenne du coffre.

Puisque la science du repêchage est basée sur l'avenir et non le présent, c'est un atout de plus dans le jeu d'Huberdeau.

Mais le repêchage est aussi une science inexacte. Et Sean Couturier tentera de le prouver à tous ceux qui ont abaissé sa cote.