(Brookline) L’avenir incertain du golf s’est retrouvé entre les meilleures mains qui soient pendant les captivantes quatre dernières heures de l’Omnium des États-Unis.

Publié le 20 juin
Eddie Pells Associated Press

Le sport, presque toujours à son meilleur quand des titres majeurs sont en jeu, s’est offert tout une fin de parcours, courtoisie de Matt Fitzpatrick et Will Zalatoris, deux jeunes golfeurs dans la vingtaine qui tentaient de mettre la main sur un premier tournoi du Grand Chelem, mais qui ont joué comme s’ils avaient fait cela depuis des années.

Il y a eu des égalités, des changements de meneurs et suffisamment de changements de rythme pour laisser une foule de la NBA sur le bout de son siège. Il y avait de la tension. À la fin, c’est à l’aide d’un coup de fosse d’allée qui pourrait définir le reste de sa carrière que Fitzpatrick s’est retrouvé avec le trophée à bout de bras. Ça, et un roulé raté d’un poil par Zalatoris, qui a subi ainsi un autre revers crève-cœur en tournoi majeur.

« Quand ils montreront les faits saillants dans l’avenir, cet Omnium s’y retrouvera assurément, car c’était incroyable », a déclaré Zalatoris.

Il faisait référence au coup frappé par Fitzpatrick de la fosse d’allée au 18e, alors qu’il menait par un coup. Il a frappé un fer-9 de 156 verges. Sa balle s’est élevée de la fosse avec juste assez de puissance pour franchir une autre fosse, béante, protégeant le vert. La balle s’est arrêtée sur ce vert, 18 pieds au-dessus de la coupe.

Fitzpatrick a eu besoin de deux roulées pour conclure sa ronde en 68 coups, deux sous la normale, et son tournoi à moins 6, soit 274.

Mais pas avant que le roulé de 14 pieds de Zalatoris pour créer l’égalité ne s’arrête qu’à un millimètre à la gauche de la coupe, un coup qui lui a fait se prendre la tête à deux mains. En sept tournois majeurs, c’est une troisième deuxième place pour lui.

Les yeux embués, le cadet de Fitzpatrick, Billy Foster, a embrassé le fanion du 18e : il s’agissait d’un premier majeur pour lui également, après quatre décennies sur le circuit.

Soudainement, le débat n’était plus de savoir quel avenir aura le nouveau circuit renégat LIV, quelle stabilité connaîtra la PGA, ou encore de quelle façon elle punira les golfeurs qui passeront aux allées de LIV. À la place, comme a suggéré Zalatoris, c’est de savoir quelle place dans l’histoire des coups réalisés sous pression lors d’un tournoi majeur occupe ce coup de fosse d’allée de Fitzpatrick au 18e.

« C’est l’un des meilleurs coups que j’aie jamais frappés, ça, c’est clair », a admis Fitzpatrick.

Que ce coup ait été réussi dans un des lieux sacrés du golf ne pouvait tomber plus à point. Le Country Club de Brookline, en banlieue de Boston, est le terrain sur lequel Francis Ouimet a battu Harry Vardon, l’un des plus grands noms du golf, en 1913. Une surprise qui a aidé à populariser le golf aux États-Unis.

Curtis Strange a remporté le dernier Omnium des États-Unis à y être disputé, en 1988. Justin Leonard y a réussi un long roulé qui a propulsé les États-Unis vers la victoire en Coupe Ryder en 199.

Certains croyaient que le tournoi était maintenant trop difficile pour y être disputé, mais l’USGA a décidé de prendre une chance avec le vénérable parcours, vallonné, remplis de coins d’où ont voit pas sa cible et des allées incurvées à profusion.

Le Country Club a livré la marchandise, tout comme Fitzpatrick, Zalatoris et Scottie Scheffler, le no 1 mondial vainqueur du Tournoi des Maîtres, qui a terminé deuxième à égalité avec Zalatoris.

Scheffler regardait aux abords du 18e quand Zalatoris a raté son roulé par moins d’un pouce.

« Quand la balle s’est retrouvée à deux pieds de la coupe, je me suis dit qu’elle s’y retrouverait. Mais pour une raison inconnue, elle s’est tassée sur la gauche, a raconté Scheffler. C’est l’un de ces moments où la chance a joué contre lui. »

Dimanche, la chance a tourné en faveur de Fitzpatrick. Mais jamais autant qu’au tertre du 15e, quand Zalatoris et lui, alors à égalité, devaient jouer leur coup de départ à l’aveugle en raison d’une butte sur la normale-4 de 500 verges.

Fitzpatrick a complètement raté son coup de départ. Zalatoris n’était pas aussi loin hors ligne, mais sa balle est tombée dans l’herbe longue et fournie. Celle de Fitzpatrick : dans une zone piétinée par les spectateurs. Fitzpatrick a réussi un oiselet ; Zalatoris un boguey. Ce revirement de deux coups, Zalatoris ne l’a finalement jamais surmonté.

« Nous marchions vers nos balles et il m’a dit : “J’ai tout juste raté l’allée et j’ai une position horrible tandis qu’il a raté de 30 verges et qu’il est correct”, a révélé le cadet de Zalatoris, Ryan Goble. Mais Matt a très bien joué. Ça a été une grande expérience. Alors vous vous dites qu’on l’aura la prochaine fois. »

Pour Fitzpatrick, champion amateur en 2013 sur le même parcours, cette victoire est sa première aux États-Unis, après sept sacres sur le circuit européen.

Il ne pouvait choisir meilleur tournoi et meilleur endroit.