Annulé en 2020, l’Omnium britannique promet cette année d’être un formidable spectacle sur l’un des parcours les plus pittoresques d’Angleterre et devant des milliers de spectateurs.

Michel Marois
Michel Marois La Presse

Un parcours étrange et imprévisible

Des quatre tournois majeurs, aucun ne ressemble davantage à un championnat du monde du golf que l’Omnium britannique.

Avec cette manie bien anglaise de nommer l’évènement « The Open » (l’« Omnium »), comme s’il y en avait un seul, ce tournoi est vraiment unique. Et quand il est disputé sur le parcours du club Royal St. George de Sandwich, sur la côte sud-est de l’Angleterre, il devient véritablement un évènement.

Jamais l’Omnium n’est-il présenté aussi près de Londres et les amateurs débarquent toujours très nombreux des trains rapides qui relient la capitale à Sandwich en un peu plus d’une heure. Cette année, après l’annulation du tournoi en 2020, l’Omnium devrait de nouveau être une fête du golf avec jusqu’à 35 000 spectateurs sur le site chaque jour.

Le Royal St. George accueille le tournoi depuis 1884, quand il a été le premier parcours anglais à le faire, tous les précédents ayant été disputés en Écosse. Ce 149Omnium est le 15e présenté à Sandwich et seuls les clubs de St. Andrews (29), Prestwick (24) et Muirfield (16) ont accueilli le tournoi plus souvent.

Même s’il n’est pas très long (7200 verges) en fonction des normes actuelles, le vénérable parcours n’a rien à envier à ses cousins du Nord. Comme sur tous les links britanniques, il faut une bonne dose d’imagination pour réussir un bon pointage. Et ce n’est pas toujours suffisant…

Aménagé tout près de la mer, le Royal St. George est en effet réputé pour ses allées très inégales, ses crochets inhabituels, ses coups à l’aveugle un peu inquiétants. Les golfeurs y ont rarement une position parfaite au moment de frapper leurs coups et les résultats sont pour le moins variables.

Même les meilleurs coups de départ peuvent bondir dans toutes les directions, souvent hors de l’allée où l’herbe (très) longue est prête à dévorer les balles. En 2003, au tout premier trou, Tiger Woods a perdu sa balle et il n’a jamais pu se remettre du quadruple boguey qu’il a commis là.

Tom Lehman, champion de l’Omnium en 1996, a estimé que le Royal St. George était « le parcours le plus imprévisible du monde ». Pas étonnant qu’un total de quatre joueurs seulement ait réussi à améliorer la normale lors des deux dernières présentations du tournoi à Sandwich.

Des négligés et Greg Norman

Pas étonnant aussi que ce soit de grands négligés – Ben Curtis en 2003, Darren Clarke en 2011 – qui aient triomphé sur ce parcours. Si la victoire de Curtis – qui n’était pas dans le top 500 mondial deux semaines avant le tournoi – tenait effectivement beaucoup de la chance, celle de Clarke était sans doute moins illogique.

PHOTO JON SUPER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

L’Irlandais du Nord Darren Clarke en 2011

L’Irlandais du Nord a été l’un des champions les plus populaires de l’histoire de l’Omnium. Héros de la Coupe Ryder, Clarke avait perdu sa femme Heather en 2006 à la suite d’un cancer. Cinq ans plus tard, à 42 ans, il a réussi à conjurer tous les démons – les siens et ceux du parcours – pour s’imposer devant Phil Mickelson et Dustin Johnson. Ce soir-là, il a payé la tournée dans les pubs de Sandwich !

Dans un autre registre, c’est aussi sur le parcours du Royal St. George que Greg Norman a réussi son plus bel exploit. L’Australien est passé à l’histoire pour avoir gâché une avance de six coups en ronde finale du Tournoi des Maîtres, mais il a aussi gagné deux fois l’Omnium, en 1986 à Turnberry et en 1993 à Sandwich.

Sa deuxième victoire, dans des conditions idéales et devant tout le gratin du golf de l’époque, a été une véritable démonstration de force. Une ronde finale de 64, un total cumulatif de – 13 (personne d’autre n’a fait mieux que – 5 sur ce parcours) ont longtemps été des records de l’Omnium.

PHOTO MICHEL EULER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

L’Australien Greg Norman en 1993

On peut donc bien faire au Royal St. George et c’est possible que ce soit le cas cette année, le tournoi ayant réuni la plupart des meilleurs joueurs du monde (28 des 30 meilleurs mondiaux). Mais ils devront composer avec un parcours encore plus étrange ou quirky, comme disent les Anglais.

Après l’Omnium de 2011, les dirigeants du club ont décidé de restaurer le parcours en s’inspirant des vieilles illustrations et photos. Plusieurs trous ont ainsi été retouchés, les contours des fosses de sable perdant un peu de précision, les limites entre les allées et les « roughs » devenant moins définis.

À chaque présentation de l’Omnium au club Royal St George, de nombreux golfeurs ont critiqué le parcours ou les conditions de jeu. Ça devrait encore être le cas cette année, même si la météo s’annonce clémente.

Si la liste des négligés est très longue, quelques favoris ont aussi les moyens pour répéter l’exploit de Greg Norman en 1993. Et n’oubliez pas d’ajuster votre réveil-matin puisque les premiers golfeurs s’élanceront à 6 h 35 jeudi matin (1 h 35 HAE) !

Consultez les heures de départ

Dix joueurs à suivre

À Sandwich, sur un parcours capricieux comme celui du club Royal St. George, ce sont habituellement les dieux du golf qui choisissent le vainqueur. Il faut toutefois quand même certaines qualités. Voici une dizaine de joueurs qui les possèdent et qui devraient être dans la lutte pour le Claret Jug.

Tyrrell Hatton

Angleterre, 10e mondial

L’Anglais connaît une excellente saison avec déjà une victoire et une deuxième place. Désormais dans le top 10 mondial, il a fait de l’Omnium son grand objectif de la saison (il n’ira pas aux Jeux olympiques). Sixième en 2019 en Irlande du Nord, il connaît bien le parcours du Royal St. George.

Shane Lowry

Irlande, 44e mondial

L’Irlandais va défendre son titre, deux ans après sa victoire à Royal Portrush, et on a parfois l’impression qu’il a eu besoin de cette année supplémentaire pour terminer de célébrer son triomphe… Sérieusement, sa constance (10 qualifications et quatre résultats de top 10 en 10 tournois depuis mars) en fait un bon candidat pour briller à Sandwich.

Viktor Hovland

Norvège, 14e mondial

Avec 7 top 10 en 15 tournois sur le circuit de la PGA, le jeune Norvégien est l’un des hommes en forme de la saison. Il reste à traduire tout ça en tournoi majeur. Ce seront ses débuts à l’Omnium, mais Hovland connaît bien les parcours britanniques et il devrait vite trouver ses marques au club Royal St. George.

Matt Fitzpatrick

Angleterre, 20e mondial

Déjà neuf top 10 cette saison, avec notamment une deuxième place le week-end dernier en Écosse, pour ce jeune Anglais qui a beaucoup progressé depuis sa 20place à Royal Portrush il y a deux ans, sa meilleure performance à l’Omnium. Il faut jouer avec beaucoup de confiance à Sandwich, et Fitzpatrick en a à revendre !

Jordan Spieth

États-Unis, 23e mondial

De retour en forme cette saison, avec une victoire, une deuxième place et huit top 10, l’Américain a pris la troisième place à Augusta et il a « rôdé » près des meneurs à Kiawah Island et à Torrey Pines. Champion de l’Omnium en 2017 à Royal Birkdale, Spieth peut toujours briller sur les parcours britanniques.

Paul Casey

Angleterre, 21e mondial

À 43 ans, l’Anglais est pratiquement au même âge qu’avait Darren Clarke quand il s’est imposé en 2011 à Sandwich. Encore très constant cette saison – septième à l’Omnium des États-Unis, quatrième au Championnat de la PGA –, Casey est l’un des rares joueurs qui vont disputer un troisième Omnium sur ce parcours et son expérience pourrait avoir un impact.

Xander Schauffele

États-Unis, 5e mondial

Avec déjà neuf top 10 dans les tournois majeurs, deux cette année, l’Américain est tout près d’une consécration et elle pourrait bien venir à Sandwich sur un parcours où sa patience et sa précision vont l’avantager. Deuxième à Carnoustie en 2018, Schauffele devrait vite trouver ses marques sur le parcours Royal St. George.

Jon Rahm

Espagne, 2e mondial

Libéré par sa victoire à l’Omnium des États-Unis, l’Espagnol a pris la septième place le week-end dernier en Écosse pour conclure sa préparation en vue de l’Omnium. Il pourrait réussir un rare doublé, seulement accompli par Tiger Woods, Tom Watson, Lee Trevino, Ben Hogan, Gene Sarazen et Bobby Jones.

Brooks Koepka

États-Unis, 8e mondial

Avec déjà quatre titres majeurs, des deuxième et quatrième places cette saison au Championnat de la PGA et à l’Omnium des États-Unis, Koepka est d’autant plus à considérer qu’il a commencé sa carrière en Europe et qu’il a trois top 10 à l’Omnium britannique. Et sa « querelle » avec Bryson DeChambeau lui a redonné toute sa motivation.

Louis Oosthuizen

Afrique du Sud, 13e mondial

Le Sud-Africain pourrait devenir le premier joueur depuis Ernie Els en 2000 à récolter trois deuxièmes places consécutives dans un tournoi majeur, mais il vise la victoire ce week-end, sur un parcours où il avait pris la 54place en 2011, la dernière fois que l’Omnium a été disputé à Sandwich. Sans doute le meilleur joueur actuel sur les verts.

Quand James Bond joue au golf

CAPTURE D'ÉCRAN DU FILM GOLDFINGER

Sir Ian Fleming, le créateur de James Bond, était membre au club Royal St. George et il s’est servi du décor et du parcours dans l’un des livres de la série, Goldfinger. L’agent 007 doit y disputer une ronde de golf contre le méchant Goldfinger dans un club rebaptisé Royal St. Marks, mais dont la description correspond parfaitement au club où est disputé l’Omnium cette année. Nous ne dirons pas qui remporte la ronde, mais vous vous en doutez sûrement…

L’Omnium en quelques chiffres

88

L’Anglais Lee Westwood va disputer cette semaine son 88tournoi majeur, sans jamais en avoir gagné un. À moins qu’il s’impose dimanche, il va battre une marque de l’Américain Jay Haas, qui a été blanchi en 87 tournois majeurs. Et Westwood va battre un record de toute façon puisqu’une victoire lui permettrait de devenir, à 48 ans, le champion le plus âgé de l’histoire de l’Omnium. Old Tom Morris avait un peu plus de 46 ans quand il a remporté son quatrième titre en 1867.

4

Quatre Canadiens se sont qualifiés pour l’Omnium : Corey Conners, Adam Hadwin et Mackenzie Hughes, des habitués des tournois majeurs, ainsi que Richard T. Lee, qui joue habituellement sur le circuit asiatique et a obtenu une place lors de l’Omnium de Singapour, l’un des nombreux tournois qualificatifs disputés sur tous les continents. Lee avait été le deuxième plus jeune joueur à disputer l’Omnium des États-Unis, en 2007 à 16 ans, mais il n’a jamais été en mesure de se qualifier pour un autre tournoi majeur… jusqu’à cette année.

32 000

Le directeur du R & A, Martin Slumbers, a confirmé lundi que 32 000 spectateurs auraient accès au site chaque jour pendant l’Omnium. « Les conditions seront plus strictes, les spectateurs resteront un peu plus loin des joueurs, mais leur présence était très importante pour nous, a-t-il expliqué. Les spectateurs jouent un rôle essentiel dans le sport, et c’est aussi vrai au golf. Voir le vainqueur marcher dans l’allée du 18trou, le dimanche, avec tous les spectateurs qui l’acclament est sûrement l’une des plus belles émotions que le sport peut procurer. »