Oubliez les azalées en fleur, la chaleur printanière, les cris des milliers de spectateurs chaque fois qu’un beau coup est réussi. Le Tournoi des Maîtres est différent cette année. Très différent.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Habituellement disputé à la mi-avril, le tournoi n’a pu se dérouler en raison de la pandémie de COVID-19 et les dirigeants du club Augusta National, en Géorgie, ont vite décidé de le tenir en toute fin de saison, dans des conditions auxquelles les joueurs ne sont évidemment pas habitués.

D’abord prévu avec une foule réduite, le tournoi est finalement disputé sans les fameux « patrons » qui contribuent beaucoup à sa tradition. L’absence des spectateurs va donner un tout autre ton au Tournoi des Maîtres, particulièrement en ronde finale, quand les clameurs qui retentissent un peu partout sur le parcours permettent habituellement de suivre l’évolution de la compétition.

Une autre différence importante sera l’obligation de terminer chaque ronde plus tôt, la nuit tombant plus tôt à l’automne. Les deux premières rondes seront d’ailleurs disputées comme dans les autres tournois, avec des trios de golfeurs s’élançant simultanément du premier et du 10e tertres de départ.

Par ailleurs, la température plus fraîche et les précipitations plus abondantes vont allonger un parcours déjà exigeant à plus de 7475 verges.

Même si les organisateurs ont décidé d’annuler certaines activités de la semaine du tournoi, la compétition familiale sur le parcours à normale 3 notamment, les principales traditions du Tournoi des Maîtres ont été préservées et le vainqueur enfilera son veston vert dimanche.

Tiger Woods, qui défend le titre qu’il avait brillamment remporté il y a 20 mois, était l’hôte mardi soir du banquet des Champions, avec un menu composé de crevettes, de steak, de tacos et de churros, qui ont été servis sur une table surdimensionnée, distanciation physique oblige.

PHOTO BRIAN SNYDER, REUTERS

Tiger Woods

Woods est l’un de ceux qui ont souvent joué à Augusta à l’automne. « C’est très différent, a-t-il dit cette semaine en point de presse. La balle va moins loin et ce sera difficile pour plusieurs, à commencer par moi-même. Je ne frappe pas aussi loin que les jeunes !

« Mais je suis heureux d’être ici et je sais que tous les autres joueurs le sont aussi. Nous sommes chanceux de pouvoir disputer ce tournoi en cette période difficile. »

La même compétition

La nouvelle génération de champions — menée par Bryson DeChambeau, Dustin Johnson ou Brooks Koepka — ne s’inquiète guère de la longueur du parcours, mais redoute les autres pièges du club Augusta National.

« Aucun autre tournoi ne se compare à celui-ci, a souligné Koepka en point de presse. Le site est magique et le parcours est toujours préparé de façon optimale. Et ils ont les moyens pour s’adapter à toutes les conditions et préserver toutes les difficultés de chaque trou. »

D’une journée à l’autre, ils peuvent changer complètement la longueur des trous, la position des fanions, la vitesse des verts… Et ce sera difficile dimanche.

Brooks Koepka

Si les allées sont plus lentes, les verts risquent d’être aussi rapides qu’au printemps, comme on l’a déjà vu cette semaine pendant les rondes d’entraînement.

DeChambeau, qui a pris 40 livres de muscles ce printemps afin de frapper plus loin, a dit : « Augusta n’est pas un parcours qu’on peut prendre à la légère. C’est autour des verts que tout se joue ici et c’est là que je devrai bien faire. »

Justin Thomas a pour sa part rappelé : « La balle va réagir de façon différente dans certaines situations, mais ce sera la même chose pour tout le monde. Et à la fin, c’est quand même encore le Tournoi des Maîtres, avec tout ce que ça signifie. »

La plupart des joueurs regrettent surtout l’absence des spectateurs. Jordan Spieth, qui est très populaire à Augusta depuis sa victoire en 2015, a souligné : « Nous sommes maintenant habitués à jouer dans ces conditions, mais ce sera particulièrement étrange ici. Le Tournoi de Maîtres ne sera pas pareil dans un tel silence. »

Thomas a ajouté : « Ce sera étrange de ne pas entendre les spectateurs, mais aussi de ne pas les voir. La foule aide à définir les contours de certains trous et son énergie est vraiment extraordinaire. Je suis de ceux qui aiment échanger avec les spectateurs et je vais m’ennuyer d’eux. »

Comme c’est devenu la norme, et à moins d’être l’un des 300 membres du club (qui peuvent chacun inviter une personne), il faut donc suivre le Tournoi des Maîtres à distance. Mais l’absence de spectateurs ne signifie pas que le parcours sera désert.

En plus des bénévoles et des préposés à la sécurité, les réseaux CBS et ESPN, qui diffusent le tournoi à la télévision et sur leurs plateformes numériques, ont délégué des équipes de plusieurs centaines de personnes. Une centaine de caméras sont installées sur le site de façon à ne rien manquer de l’action. Au Québec, RDS et TSN assurent la diffusion.