(Fort Worth) Le départ a été encore plus tranquille que d’habitude pour un jeudi matin sur le circuit de la PGA, sauf que ce silence n’a jamais quitté les environs pendant les 12 heures suivantes alors que le golf faisait un retour dans le cadre du Défi Charles Schwab.

Doug Ferguson
Associated Press

Sung Kang a réalisé un trou d’un coup au 13e trou et ne s’en est pas rendu compte jusqu’à ce qu’il se trouve à 50 verges de la surface de coups roulés.

« Je me suis dit « Wow, elle est dans le trou ». Ce n’était pas la folie. Il n’y avait que quelques personnes là-bas applaudissant un petit peu », a raconté Kang.

« J’ai quand même apprécié. »

Phil Mickelson a réalisé un oiselet et, de façon instinctive, a pincé le bord de sa casquette pour remercier une foule qui n’était pas là.

Ryan Palmer a été sélectionné afin d’effectuer le coup de départ protocolaire, puisqu’il est membre du club de golf Colonial et qu’il a contribué à la campagne de financement Pros For A Purpose pour lutter contre la pandémie de coronavirus.

Les personnes rassemblées autour du premier tertre ont à peine pu entendre son nom. Le préposé aux départs portait un masque et sa voix luttait contre le ronflement d’une génératrice située derrière le neuvième vert.

Déjà tranquille, le club de golf Colonial s’est immobilisé à 8 h 46 lorsque tout le monde sur le terrain a observé un moment de silence pour souligner la mort de George Floyd et le tollé qu’elle a provoqué partout dans le monde.

Ce fut une ronde de golf pour le moins inhabituelle. Mais c’était du golf.

« Honnêtement, je pense que le simple fait d’être ici, de recommencer, est une réussite », a déclaré Palmer.

« Je ne vois pas ce qui pourrait nous retenir à l’avenir. Je pense qu’aujourd’hui était la journée la plus importante, le fait de pouvoir amorcer cette première journée. Les gens vont regarder le golf à domicile et auront envie de le regarder demain, et c’est une bonne chose. »

Justin Rose et Harold Varner se partageaient le premier rang avec des scores de 63, sept coups sous la normale. Quatre golfeurs, dont Justin Thomas, font partie d’un groupe accusant un coup de retard, tandis que le Canadien Adam Hadwin et le vétéran Tom Lehman, un ancien champion à Colonial maintenant âgé de 61 ans, se trouvent à deux coups du sommet en compagnie de sept autres golfeurs.

Deux autres Canadiens, Corey Conners et Mackenzie Hughes, ont ramené des cartes de 66 et de 69, respectivement.

Le conditions étaient propices pour de bons scores sans applaudissements.

« C’est un peu comme une ronde d’entraînement compétitive », a illustré Rose, champion à Colonial il y a deux ans.

« Mais évidemment, nous savons tous quel est l’enjeu. Nous savons tous pourquoi nous jouons. Nous savons tous que la liste de participants, surtout cette semaine, est incroyable. Bien sûr, on s’ennuie des fans. Il n’y a aucun doute qu’ils fournissent une tonne d’énergie et beaucoup d’ambiance. »

Le golf est le deuxième sport majeur aux États-Unis, après les sports motorisés, à relancer un calendrier interrompu par la pandémie de COVID-19. Parmi les mesures de sécurité en place, des tests sont obligatoires pour tous les joueurs, les cadets et le personnel essentiel. Les 487 tests effectués à Colonial ont tous eu un résultat négatif.

Les trois meilleurs joueurs du monde — Rory McIlroy (68), Jon Rahm (69) et Brooks Koepka (68) — faisaient partie du même groupe et ont été les plus suivis, tard en après-midi. Il y avait 14 personnes à l’extérieur des cordes derrière le 10e vert : six faisant partie de la diffusion de l’évènement (radio et télé), quatre journalistes, deux photographes, un entraîneur et un soigneur.

La télédiffusion du tournoi a commencé par un mot d’excuse. Au moment où le réseau Golf Channel est entré en ondes, Rahm a réalisé un oiselet grâce à un coup d’approche au huitième trou et quelqu’un — peut-être à l’intérieur des cordes ou à l’extérieur — a réagi en lâchant un juron.

« Nous espérions du son de meilleure qualité sans spectateurs », a lancé le commentateur Jim Nantz.

Le commissaire de la PGA, Jay Monahan, était présent à proximité du premier tertre de départ — une présence habituellement rarissime, peu importe le prestige du tournoi — et il a levé le pouce en l’air après que les joueurs formant le premier groupe eurent effectué leur coup de départ.

Il est ensuite reparti seul vers le tertre de départ à 8 h 46, un créneau horaire qui demeurera vacant pendant les quatre jours du tournoi pour un moment de silence. On rendra ainsi hommage à George Floyd, cet homme noir qui a été menotté pendant qu’un policier blanc appuyait son genou sur son cou pendant 8 minutes 46 secondes, jusqu’à ce qu’il meure, après avoir supplié en vain qu’on lui permette de respirer.