« Quand il jouait pour moi, il était du côté court du terrain. Donc, je savais que de ce côté où ils mettaient le meilleur receveur, j’étais en business. Je n’avais pas trop d’inquiétudes, je savais qu’il ferait le travail. »

Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

Denis Touchette était coordonnateur défensif des Spartiates pendant les trois saisons de Benjamin St-Juste au Vieux Montréal, de 2014 à 2016.

« Athlétiquement, il avait ce qu’il fallait. Grand, rapide. Des athlètes comme ça, il n’en passe pas beaucoup ici, surtout à cette position-là. Et c’est une position à laquelle ce n’est pas facile de percer le niveau où il est rendu », souligne-t-il à propos de son ex-demi de coin, repêché au 74e rang vendredi soir dernier.

Touchette occupe désormais les mêmes fonctions chez les Carabins de l’Université de Montréal, quoiqu’il n’ait encore pu participer au moindre exercice. Sa nomination au sein du groupe de l’entraîneur-chef Marco Iadeluca a pris effet le 12 mars 2020. Quelques jours à peine avant vous savez quoi.

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Denis Touchette, coordonnateur défensif des Carabins de l’Université de Montréal



De son ex-protégé, le coordonnateur défensif ne se souvient pas que de qualités athlétiques au-dessus de la mêlée. Mais de son éthique aussi. Une caractéristique de l’étudiant-athlète qui s’est bonifiée graduellement, d’année en année.

« Benjamin, c’est un exemple que je peux citer d’un gars qui avait la discipline pour se rendre à ses objectifs. Et ce n’est pas tout le monde qui a ça, affirme Chérif Nicolas, entraîneur-chef du Vieux Montréal lors du passage de St-Juste. Certains ont le talent, mais pas la discipline. D’autres ont la discipline, mais pas le talent. Benjamin est chanceux, mais il a travaillé pour avoir les deux. C’est ça que je me rappelle de Benjy. Plus que des plaqués et des interceptions. »

Nicolas a quitté les Spartiates au terme de la saison 2016, la même année que St-Juste. Ce dernier est parti pour l’Université du Michigan et son entraîneur, pour l’Université Bishop’s, chez les Gaiters, dont il est toujours l’entraîneur-chef.

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Chérif Nicolas, entraîneur-chef des Gaiters de l’Université Bishop’s

C’est Chérif Nicolas qui avait repéré puis recruté le demi défensif, aujourd’hui âgé de 23 ans, à l’école secondaire.

N’empêche, en arrivant des Loups de l’école Curé-Antoine-Labelle, Benjamin St-Juste a dû faire son chemin de croix comme les autres recrues. À sa première campagne, en 2014, lors de laquelle les Spartiates ont remporté le Bol d’or en division 1, il était essentiellement un role player.

L’été suivant, il a traversé la frontière pour aller prendre part à des camps.

« Donc, je savais que c’était son rêve d’aller jouer dans la NCAA et de faire la NFL, raconte Nicolas. C’est quelque chose dont il parlait ouvertement même quand il était plus jeune. »

Rapidement, l’adolescent a toutefois réalisé qu’il avait bien du travail à abattre pour atteindre ses objectifs.

Quand l’Université du Michigan lui a offert un scholarship, il a compris qu’il lui faudrait entre autres aller chercher certains cours pour être admissible aux études aux États-Unis.

« Et là, j’ai vu un adolescent devenir un jeune homme. Beaucoup de jeunes parlent de leur objectif, mais peu réussissent à vraiment faire tous les sacrifices nécessaires, en plus d’avoir le talent pour s’y rendre », note Chérif Nicolas, qui a compilé un dossier de 56-26 pendant ses sept saisons à la barre des Spartiates.

Après sa deuxième saison au Vieux Montréal, Benjamin St-Juste a participé aux États-Unis à Nike The Opening, une forme d’académie, de camp estival, à la fois éducatif et compétitif.

Je pense que les décisions qu’il prenait [étaient prises] en fonction de se faire voir, de se faire connaître. Il a fait en sorte que ça se passe comme il le voulait.

Denis Touchette, ancien coordonnateur défensif des Spartiates du cégep du Vieux Montréal

À son retour, St-Juste est allé voir Nicolas dans son bureau, indécis quant à une troisième année avec les Spartiates.

« Puis, quand il m’a annoncé son retour, tu voyais que c’était un gars qui avait pris encore plus de maturité, qui savait ce qu’il devait faire et que peu importe les obstacles, il allait essayer de les surmonter », relate Chérif Nicolas, qui a pratiqué le droit pendant six ans avant de revenir au football.

Au bout du compte, St-Juste aura-t-il été dominant au cours de ces trois saisons collégiales ?

« Le mot ‟dominant”, je ne l’utilise pas facilement, laisse tomber Nicolas. Mais c’était un des très bons joueurs. Dans son groupe d’âge, c’était un des meilleurs à sa position, c’est certain. »

« Lancer contre lui, ce n’était pas facile. Quand les receveurs se retrouvaient devant lui, ce n’était pas simple pour eux », résume Denis Touchette.

Un jeune « très discret »

Après trois saisons à se fréquenter, on est en droit de croire que des entraîneurs ont exercé un certain ascendant sur leurs joueurs.

« Je ne lui ai pas donné son talent, sa grandeur, ses qualités athlétiques. J’ose espérer que j’ai dit deux, trois affaires qui l’ont incité à avoir cette discipline. Parce qu’il y a une phrase que je répétais souvent quand j’étais au Vieux : ‟Fais les bons choix.” Mais certainement, il s’est rendu là par son propre mérite, indique Nicolas. Pour moi, c’est plus un privilège d’avoir eu la chance de le côtoyer. »

Denis Touchette, directeur du Collège Notre-Dame, se souvient quant à lui d’un jeune qui avait les outils et l’attitude pour faire son chemin par lui-même. Aussi d’un « gars qui était à ses affaires, qui travaillait fort, mais très discret ».

Il a donc aimé lire qu’en plus de son diplôme en sociologie de l’Université du Michigan et de sa maîtrise en administration du sport de l’Université du Minnesota, le Montréalais de 6 pi 3 po et 202 lb a été l’un des membres fondateurs du groupe College Athlete Unity, association qui représente les étudiants-athlètes du Big Ten.

« Je suis content qu’il soit sorti de sa coquille, qu’à ce niveau-là, sa personnalité l’ait amené ailleurs. En bout de ligne, on veut aussi faire de bons citoyens avec ces gars-là. Donc, je trouve ça l’fun que ce soit ressorti. Ça, pour moi, ça a beaucoup de valeur aussi. »