Une fois les salutations d’usage terminées, Woody Baron décrit ce qu’il voit dans les rues de Nashville, ville où il a grandi. « Les rues sont vides. On ne voit presque personne, et c’est très étrange. »

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Ville de fête et capitale non officielle de la musique aux États-Unis, Nashville ressemble donc à la très grande majorité des grandes villes de l’Occident en cette crise de la COVID-19. Aux yeux de Baron, qui a joué ses deux premières saisons dans la Ligue canadienne de football (LCF) avec les Alouettes, la situation lui rappelle un autre chapitre difficile.

Baron se trouvait au Texas lorsque l’ouragan Harvey a frappé l’État de plein fouet, en août 2017. Il tentait alors de se tailler une place chez les Cowboys de Dallas.

« On devait disputer notre dernier match du calendrier préparatoire à Houston. Mais la rencontre a été déplacée à Dallas en raison des conditions météorologiques. Même si l’ouragan n’a pas frappé Dallas directement, la partie a finalement été annulée », raconte Baron.

« Tout le monde était soulagé de ne pas jouer. On voulait tous retrouver nos familles le plus rapidement possible. »

Selon le site worldvision.org, l’ouragan Harvey a coûté la vie à 103 personnes (68 morts directes et 35 indirectes). Les dommages ont été évalués à 125 milliards US.

Baron a également ressenti les contrecoups de la catastrophe sur le plan professionnel. L’ouragan l’a empêché de se faire valoir avant les dernières coupes des Cowboys, qui l’ont remercié dans les jours suivants.

« Je souhaitais obtenir ma dernière occasion de me signaler, j’étais donc très déçu sur le moment. Mais je m’en suis remis assez vite. J’ai pu voir comment c’était difficile de percer dans la NFL. Le calibre de jeu est extrêmement élevé, vous n’avez pas idée. J’ai maintenant une plus grande appréciation et énormément de respect pour les joueurs de la NFL. En fin de compte, ce fut une expérience très enrichissante, et j’ai vécu de beaux moments avec les Cowboys. »

Arrivée à Montréal

Avant de tenter sa chance avec les Cowboys en tant que joueur autonome n’ayant pas été repêché, Baron avait été l’un des bons joueurs de ligne défensive dans la NCAA avec les Hokies de Virginia Tech. Mais à 6 pi 1 po et 270 lb, il n’avait tout simplement pas le physique que recherchaient les équipes de la NFL pour jouer comme plaqueur, sa position naturelle.

Baron avait toutefois le bon gabarit pour jouer dans la Ligue canadienne.

Les Alouettes m’ont joint dès le lendemain de mon départ de Dallas. J’ai préféré retourner à Nashville. Je me suis entraîné en espérant obtenir une nouvelle chance dans la NFL, mais elle n’est jamais venue.

Woody Baron

Baron a finalement accepté l’offre des Alouettes l’année suivante. Il est depuis devenu le meilleur plaqueur du club et a signé un nouveau contrat d’un an, en février. Si saison il y a, Baron croit qu’il pourrait maintenant intégrer l’élite de la LCF à son troisième tour de piste.

« C’est mon objectif. Je retire une grande fierté de mon travail de préparation en ce moment, même si les conditions sont particulières. Et c’est ultimement la clé pour devenir un joueur de l’élite, le travail qu’on fait. »

Comme Baron, Ryan Brown a fait son entrée chez les Alouettes en 2018. Les deux joueurs ont évolué côte à côte au milieu de la ligne défensive des Alouettes pour deux saisons et se sont liés d’amitié. Brown a cependant signé un contrat avec les Lions de la Colombie-Britannique le mois dernier.

« Ryan est mon pote. J’ai assisté à son mariage à La Nouvelle-Orléans il n’y a pas si longtemps. Quelques-uns de mes coéquipiers y étaient, et on se pose tous les mêmes questions par rapport à la prochaine saison. Pour le moment, il n’y a aucune réponse. »

« Nervosité et inquiétude »

Les camps d’entraînement dans la LCF doivent normalement s’amorcer à la mi-mai, et le début de la saison est prévu le 11 juin. Or, personne ne peut prédire si la pandémie de COVID-19 forcera la Ligue à revoir, repousser ou même annuler son calendrier. Si ce devait être le cas, les joueurs de la LCF, qui sont loin de gagner une fortune, rappelons-le, risquent de se retrouver sans salaire.

« L’association des joueurs ne nous en a pas dit beaucoup à ce sujet jusqu’à maintenant. J’espère qu’il y aurait un revenu minimal pour les joueurs, mais je n’en sais rien.

« C’est sûr qu’il y a beaucoup de nervosité et d’inquiétude. Nonobstant le football, j’adore le Canada et j’aimerais pouvoir y retourner le plus rapidement possible. Mais on ne contrôle évidemment rien. Le seul bon côté de la situation actuelle, c’est que ça me permet de passer plus de temps avec ma mère et mes frères. On s’encourage comme on le peut. »

Woody, l’auteur

PHOTO COLE BURSTON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Woody Baron a coécrit un livre pour enfants intitulé #JustaGobbler.

William « Woody » Baron a étudié en administration à l’université Virginia Tech et est diplômé en espagnol. Le joueur de ligne défensive possède un autre talent : il a coécrit un livre pour enfants intitulé #JustaGobbler avec son oncle James Baron et un ancien coéquipier de ce dernier, Henry Taylor, qui a disputé quatre saisons dans la NFL. Les trois hommes ont porté les couleurs des Hokies de l’université d’état de la Virginie. « On a commencé à discuter du projet à la fin de 2015, mais c’est à la fin de mes études universitaires qu’il est devenu plus concret, raconte Baron. C’est une histoire qui met l’accent sur l’importance d’avoir confiance en soi et de découvrir sa personnalité. Il est destiné aux enfants qui apprennent à lire. »