(Montréal) Rarement un joueur de ligne offensive au football a-t-il joui d’une telle notoriété. Laurent Duvernay-Tardif a laissé son empreinte sur l’année qui se termine et pas seulement parce qu’il est devenu le premier Québécois de l’histoire à remporter le Super Bowl avec les Chiefs de Kansas City.

Marc Delbès
La Presse Canadienne

Celui qu’on l’on connaît désormais par ses initiales LDT s’était déjà attiré l’admiration de plusieurs en menant de front sa carrière professionnelle dans la NFL et ses études en médecine.

Mais l’année 2020 l’aura consacré comme personnalité inspirante sur toutes les tribunes. Au plus fort de la première vague de la COVID-19 au printemps, Duvernay-Tardif a répondu présent à l’appel du premier ministre François Legault pour aller prêter main-forte en CHSLD.

Et en juillet, il est devenu le premier joueur de la NFL à faire l’impasse sur la saison afin d’éviter d’être un vecteur de contamination du virus dans la communauté.

Ses décisions lui ont valu de nombreux témoignages de reconnaissance. Le magazine Sports Illustrated l’a sélectionné parmi ses cinq personnalités sportives de l’année et il a été co-lauréat du trophée Lou Marsh en compagnie du latéral gauche Alphonso Davies.

Avant de tourner la page de cette année pas comme les autres, l’athlète et médecin de 29 ans obtient une autre démonstration de l’impact de sa contribution. Il termine deuxième derrière Davies au scrutin pour le prix Lionel Conacher décerné par La Presse Canadienne à l’athlète masculin de l’année au pays. Duvernay-Tardif a recueilli 25 des 67 votes (37,3 %) auprès des directeurs, journalistes et commentateurs sportifs du pays.

« Qu’un Canadien remporte le Super Bowl à titre de partant est déjà exceptionnel. Si on ajoute à ça la portée sociale de LDT, il devient alors un incontournable », a souligné Michel Tassé, directeur des sports à La Voix de l’Est de Granby.

« Plusieurs excellents choix, mais c’est le seul qui a véritablement transcendé son sport », a pour sa part estimé Jean-François Tremblay, directeur des sports à La Presse.

Aucun regret

Malgré cette vague d’éloges dont il est l’objet, Duvernay-Tardif reste humble et modeste. Il rappelle que les vrais héros cette année, ce sont les travailleurs de la santé.

« Quand j’ai décidé de ne pas prendre part à la prochaine saison, mon geste n’était pas plus héroïque que ceux d’autres personnes, a-t-il confié plus tôt ce mois-ci.

« Que l’on me considère dans les nominations, c’est vraiment touchant. […] Ces honneurs, je les dédie à tous les travailleurs de la santé. »

Homme de défis, celui que les Chiefs ont repêché en 6e ronde en 2014 envisage de reprendre le cours de sa carrière dans la NFL la saison prochaine avec l’espoir qu’on soit parvenu à maîtriser la propagation du virus.

« Je n’ai pas tourné la page. C’était juste une pause nécessaire, a-t-il confié dans le cadre d’une visioconférence organisée par l’Université d’Ottawa au début du mois. Dans trois ou quatre ans, dans 10 ans, je regarderai derrière moi et je pourrai me dire que j’ai pris la bonne décision en 2020.

« Parfois, prendre une pause, dans une carrière, ça peut te faire grandir. Ça peut te faire réfléchir. Ça peut faire de toi une plus grande personne. »

Et d’ici qu’il retrouve ses coéquipiers des Chiefs, il n’a pas l’intention de se la couler douce. Entre ses deux à trois jours par semaine en milieu hospitalier, sa maîtrise en santé publique à Harvard, qu’il effectue virtuellement, l’entraînement physique et d’autres projets, LDT continuera d’être une source d’inspiration pour plusieurs.