Après deux semaines de tests physiques et d’acclimatation chez les Packers de Green Bay, Marc-Antoine Dequoy s’apprêtait à participer à son premier jour du camp d’entraînement officiel, samedi matin, lorsque son téléphone a sonné.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

« J’étais en route pour le stade. Je savais que l’équipe devait réduire son nombre de joueurs à 80, mais j’avais bon espoir que je survivrais à cette coupe et que j’aurais à tout le moins la chance de me faire valoir au camp. Alors lorsque j’ai reçu l’appel, je ne m’y attendais pas du tout, j’ai été pris au dépourvu et surpris. »

Vous aurez compris qu’un membre des Packers était à l’autre bout du fil pour annoncer à Dequoy qu’il était libéré. Le demi défensif a été l’un des trois derniers joueurs libérés avant le début du camp.

En temps normal, les équipes de la NFL peuvent compter sur 90 joueurs au camp. En raison de la COVID-19, ce nombre a été réduit à 80, cette année. À titre de recrue n’ayant pas été repêchée, Dequoy était vulnérable. « L’un des responsables de l’Association des joueurs nous avait prévenus que ce serait l’année la plus difficile pour les joueurs dans ma position. »

Dequoy était tout de même très optimiste à l’aube du camp.

« Durant mes deux semaines à Green Bay, je sentais que j’avais bien fait. J’ai pu me comparer aux autres joueurs et je ne doutais pas que j’étais à ma place. Je me suis dit que je pouvais jouer dans cette ligue-là, sur le plan tant physique que mental. »

« Il n’y a pas un seul exercice de cardio ou un seul sprint où je ne me suis pas assuré de finir premier. J’ai pu montrer ma vitesse assez tôt. Alors dans ma tête, j’ai tout fait ce que j’ai pu avec le peu d’occasions que j’ai obtenues. »

La nouvelle de son renvoi a donc été particulièrement difficile à encaisser pour Dequoy.

« Je me suis demandé si je n’avais pas halluciné tout ça durant ces deux semaines. Peut-être que j’étais le seul à y croire et que tout le monde voyait que je n’étais pas à ma place ? Mais j’ai pu parler à Matt LaFleur [l’entraîneur-chef], à d’autres entraîneurs et à d’autres joueurs, après avoir été libéré, et ils m’ont tous dit que ça n’avait rien à voir avec mon talent et que c’était simplement une question de chiffre. »

En plus de voir le nombre de joueurs au camp amputé de 10, Dequoy n’a jamais eu la chance de disputer un match préparatoire puisque la NFL a annulé tous ses matchs préparatoires en raison de la pandémie.

« L’un des bons aspects des matchs préparatoires, c’est que toutes les autres équipes peuvent te voir jouer, elles aussi. Ça peut ouvrir d’autres portes. C’est très décevant, car j’y croyais vraiment. »

Un plan B qui s’envole

Comme un malheur n’arrive jamais seul, Dequoy a ensuite appris qu’il n’y aurait pas de saison dans la LCF. Repêché par les Alouettes en mai, l’ancien des Carabins de l’Université de Montréal devra donc vraisemblablement attendre au moins jusqu’au printemps 2021 avant d’amorcer sa carrière professionnelle.

« C’est le bout du bout ! J’avais un très bon plan B, mais celui-là ne fonctionnera pas non plus. En moins de trois jours, mes deux options ont pris le bord. »

Dequoy n’est plus admissible pour jouer au football universitaire, lui qui fêtera ses 26 ans en septembre. Actuellement en quarantaine, après être revenu des États-Unis, il évalue ses options.

« Est-ce que je retourne étudier ? Est-ce que je m’en vais sur le marché du travail ? Est-ce que j’attends d’obtenir une autre invitation dans la NFL ? »

Les Packers n’ont d’ailleurs pas fermé la porte à un retour du Québécois.

« Ils m’ont dit de rester prêt au cas où il y aurait des joueurs qui se blesseraient durant la saison. Ils aimeraient pouvoir compter sur des joueurs qui connaissent déjà le système de jeu. Mais j’ai regardé la série Hard Knocks, et les entraîneurs disaient tous la même chose aux joueurs qu’ils retranchaient. Alors c’est peut-être juste pour mieux faire passer la pilule aux joueurs qui sont libérés qu’ils disent ça. »

« Je pense que je vais obtenir une autre chance dans la NFL, surtout après en avoir discuté avec les entraîneurs des Packers. C’est dommage et ça fait mal, mais je ne pense pas que ce soit terminé à jamais. »

Conseils d’Aaron Rodgers

En passant deux semaines à Green Bay, Dequoy a pu constater que le calibre de jeu dans la NFL était élevé. Il estime toutefois qu’il devrait y avoir un peu plus de joueurs québécois dans la grande ligue.

« Les joueurs américains sont bons, mais on a beaucoup de talents au Québec. Je pense qu’on ne reçoit pas toujours la reconnaissance qu’on devrait recevoir. Il y a de jeunes Québécois qui ont le talent pour jouer dans cette ligue. Cela dit, c’est vrai qu’il y a des joueurs dans la NFL qui sont exceptionnellement bons et qui sont dans une classe à part. »

L’un de ces joueurs est Aaron Rodgers. Dequoy a croisé le quart-arrière à quelques reprises au cours de son séjour à Green Bay et a même eu la chance de l’entendre parler de stratégie.

« Il est venu parler aux demis défensifs pour nous expliquer certaines choses. Et je peux vous dire que c’est quelqu’un qui connaît son football, il est très intelligent. C’était très impressionnant de l’entendre nous expliquer de quelle façon il voyait le jeu défensif. »