(Montréal) Henoc Muamba n’y va pas par quatre chemins : la situation dans la Ligue canadienne de football est « triste et frustrante ».

Frédéric Daigle
La Presse canadienne

Le représentant des joueurs des Alouettes de Montréal ne comprend pas la stratégie du commissaire de la ligue, Randy Ambrosie, qui garde les joueurs dans le noir au sujet d’une éventuelle saison 2020.

Dernier exemple de cette « stratégie » : l’envoi jeudi d’une longue déclaration par communiqué.

« On ne savait pas que ça s’en venait jusqu’à que ça sorte publiquement, a critiqué Muamba au cours d’un entretien avec La Presse canadienne. C’est frustrant, car on se sent vraiment à l’écart. On ne sent pas qu’il y a une communication, comme ce devrait être le cas entre un syndicat et une ligue. C’est triste, mais c’est la réalité. »

Ces critiques à l’endroit d’Ambrosie ne sont que les dernières en lice sur sa gestion de la crise créée par la pandémie.

Le commissaire a d’abord été critiqué par le gouvernement fédéral pour ne pas avoir impliqué les joueurs quand la LCF a demandé une aide financière pouvant atteindre 150 millions en cas d’annulation de la saison 2020.

Pourtant, jeudi, Ambrosie prétend avoir fait cette demande en partenariat avec les joueurs.

« Nous sommes conscients que cette situation d’incertitude est difficile à vivre pour nos partisans, nos partenaires, nos employés et surtout nos joueurs. […] Nous comprenons que c’est énormément difficile pour (ces derniers) et leurs familles, et nous cherchons des moyens de les aider.

“À titre d’exemple, on poursuit notre travail avec l’Association des joueurs de la LCF (AJLCF) afin de demander au gouvernement fédéral d’assouplir les critères d’admission à la subvention salariale d’urgence pour que nos joueurs y soient éligibles. Ensemble, nous avons écrit au gouvernement pour expliquer notre situation et demander des changements », a-t-on évoqué.

« Il n’y a pas eu beaucoup de conversations, a indiqué Muamba. Je crois que notre président (Solomon Elimimian) tente toujours d’avoir plus d’info. Cette saison devient de moins en moins réaliste.

“Depuis le début, on tente de communiquer davantage avec la ligue afin d’avoir plus d’informations pour nos membres, mais on nous informe à la dernière minute, comme lors de ces communications avec le gouvernement. C’est triste et frustrant. J’aimerais bien aimer plus d’informations, mais on nous donne l’info à la dernière minute. On l’apprend en même temps que le reste du Canada. »

Muamba admet qu’à ce jour, l’Association des joueurs n’en sait pas beaucoup plus que ce qu’il a été permis de savoir dans les médias. Pourtant, ce n’est pas ce qu’affirme Ambrosie.

« Nous comprenons également que nos joueurs veulent des réponses et un peu plus de stabilité, explique le commissaire dans sa missive. Nous voulons prendre la décision la plus informée à propos de la saison 2020, nous voulons la prendre le plus tôt possible. […] Notre objectif va bien au-delà du fait de jouer à l’automne. »

Muamba, qui n’est plus très optimiste quant à la tenue d’une saison en 2020, aimerait bien que ce soit le cas.

« On ne sait rien de plus que les médias. Tout ce qui est véhiculé, ce sont des possibilités, mais on n’a pas plus de détails. On pensait que nous serions capables de travailler avec la ligue, mais il semble que la ligue souhaite prendre toutes les décisions, sans nous inclure. C’est ce qui est le plus frustrant. »

Travail

La situation commence à être alarmante pour certains joueurs du circuit, où le salaire minimum est de 65 000 $. Plusieurs n’ont pas touché un sou depuis leur dernier chèque de paie de 2019.

« J’ai reçu des appels de quelques-uns de mes coéquipiers qui ont plein de questions, mais j’ai bien peu de réponses, a admis Muamba. Je leur dis tous de ne pas hésiter, s’ils ont une opportunité de se trouver du boulot, de la prendre, parce qu’on ne sait pas quand la saison va reprendre.

“Ce n’est pas tout le monde qui sera capable de survivre à cette saison si on ne joue pas. Les joueurs, comme le reste du pays, nous avons des responsabilités. Plusieurs d’entre nous ont de jeunes familles, des gens qui comptent sur eux. Ne pas être certains de ce qui va se passer ou d’être informés au fur et à mesure, ce n’est pas rassurant. »

Plusieurs équipes ont effectué des mises à pied depuis le début de la pandémie et la ligue a annoncé — sur Twitter seulement — en début de semaine que le plafond salarial pour les opérations football sera amputé de 20 %, une décision qui a valu d’autres critiques à Ambrosie. À tel point que le commissaire a annoncé jeudi avoir réduit son salaire et celui des membres du conseil de la direction de la LCF de 20 % en avril dernier.

Pourquoi ne pas l’avoir annoncé en avril dernier ? Son communiqué n’en fait pas mention.

Témoignage

Jeudi, Ambrosie a également témoigné des difficultés de la LCF devant un comité permanent des finances et des affaires économiques de l’Ontario.

Pendant plus d’une heure, il a dû répondre à plusieurs questions, mais de façon générale, on lui a rendu les choses beaucoup plus faciles qu’en mai, quand il s’est présenté devant un comité permanent sur les finances de la Chambre de communes.

Il y a été critiqué pour ne pas avoir effectué sa présentation de concert avec les joueurs, s’être adressé au gouvernement au lieu des banques, en plus de se faire demander si la ligue était à la recherche d’un prêt ou d’un sauvetage financier.

S’il a semblé plus prêt, informant notamment qu’il participerait à une réunion conjointe provinciale fédérale en compagnie du ministre du Patrimoine, Steven Guilbault, il s’est de nouveau présenté sans représentant de l’Association des joueurs et n’a pas pu donner d’indications quant à la tenue ou non d’une saison.

Ambrosie a déclaré il y a quelques semaines que la LCF ne pourrait reprendre ses activités au plus tôt qu’en septembre avec une saison écourtée, mais que d’annuler dans son ensemble le calendrier 2020 était encore une possibilité.

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Le journaliste Dan Ralph, à Toronto, a contribué à cet article.