Pat Sheahan est une légende du football. Avec près de 30 ans d’expérience à la tête d’équipes universitaires et dans les programmes nationaux et provinciaux, le coordonnateur à l’attaque des Dinos de Calgary est de retour à la Coupe Vanier.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Bien connu au Québec, Sheahan était entraîneur adjoint à McGill quand l’équipe a remporté le titre national en 1987. Devenu entraîneur-chef à Concordia, son alma mater, il a conduit l’équipe en finale de la Coupe Vanier en 1998, avant d’accepter une offre de l’Université Queens l’année suivante.

C’est là qu’il a passé les 19 saisons suivantes, gagnant la Coupe Vanier une autre fois en 2009, avant d’être cavalièrement remercié à la fin de la saison 2018. Presque simultanément, son fils Ryan a accepté une offre pour aller diriger les Gryphons de Guelph, laissant libre son poste de coordonnateur à Calgary…

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Pat Sheahan (à gauche), coordonnateur à l’attaque des Dinos de Calgary, en compagnie de l’entraîneur-chef de l’équipe, Wayne Harris

« Quand on est entraîneur, les changements font partie du boulot et je suis très heureux de la tournure des évènements, raconte Sheahan, en entrevue. J’ai beaucoup de respect pour Wayne Harris [l’entraîneur-chef des Dinos] et quand il m’a joint, je n’ai pas hésité longtemps. »

J’ai hérité d’une des meilleures unités offensives au Canada, sinon la meilleure. Il n’était donc pas question de tout chambarder, d’autant plus que je connaissais déjà très bien le livre de jeux que Ryan [son fils] avait développé pour les Dinos…

Pat Sheahan

« J’ai simplement tenté d’améliorer les détails, de polir le jeu de nos joueurs. Chaque année, toutes les équipes progressent et c’est important de travailler nous aussi pour devenir encore meilleurs. »

Malgré de nombreuses blessures, l’attaque des Dinos a encore connu une excellente saison. Le quart Adam Sinagra n’a pas répété ses exploits de 2018 au chapitre des statistiques, mais il a bien distribué le ballon et l’attaque au sol a joué un rôle plus important.

Des éloges pour le football québécois

Sheahan est visiblement heureux d’être de retour au Québec cette semaine. Il n’a pas perdu tout son français et retrouve un football auquel il est bien habitué.

On rapportait cette semaine dans les médias de Calgary que certains membres des Dinos étaient déçus de n’affronter que « l’autre équipe du Québec », qu’ils auraient préféré venger leurs échecs répétés devant le Rouge et Or de Laval. Une manière de dénigrer les Carabins.

Sheahan n’est pas de ceux-là. Ami de longue date de Danny Maciocia, il sait très bien que les Carabins sont aussi redoutables que le Rouge et Or. « La conférence québécoise a beaucoup évolué depuis les années 90, souligne-t-il. Quand j’étais à McGill, on jouait avec des équipes de l’Ontario et le calendrier ne nous avantageait pas beaucoup. 

« L’arrivée de Laval, puis des Carabins a tout changé. Avec tous les excellents joueurs francophones qui sortent des cégeps, ces équipes ont rapidement gravi les échelons et leurs fiches montrent qu’elles sont maintenant parmi les meilleures au pays.

« Pas étonnant que plusieurs équipes du reste du Canada recrutent maintenant au Québec. Nous avons nous-mêmes un quart exceptionnel [Sinagra], qui vient de Montréal et qui a joué au cégep John-Abbott. »

Les Carabins ne sont pas là depuis très longtemps [2002], mais ils sont maintenant bien établis. La réputation du programme leur permet d’attirer plusieurs des meilleurs jeunes joueurs de la région de Montréal, et ils sont nombreux.

Pat Sheahan

« Leur défense est aussi bonne que n’importe quelle autre au Canada. On ne peut aller loin en séries sans avoir une formidable défense. Ils ont plusieurs athlètes exceptionnels, des joueurs qui seront chez les professionnels un jour. Ils sont bien dirigés et ils ont le tour pour bien déguiser leurs couvertures, ce qui oblige leurs adversaires à prendre des risques.

« Leur attaque a connu une saison plus laborieuse, un work in progress, mais les joueurs ont fait le travail au cours des dernières semaines. Chose certaine, les Carabins sont des adversaires très redoutables. »

Former les meneurs de demain

Sheahan est aussi très fier du circuit universitaire canadien. « C’est quelque chose qui nous est vraiment unique dans notre culture sportive, d’un océan à l’autre. Le football est un médium merveilleux, il nous réunit tous. C’est un vieux sport, avec des valeurs traditionnelles comme le travail, la discipline, le don de soi. On obtient les résultats pour lesquels on a travaillé et, même là, ce n’est pas toujours le cas. Le football n’est pas toujours juste, la vie non plus. »

Le rôle d’un entraîneur déborde d’ailleurs beaucoup les limites des terrains ou des vestiaires. « Après son père, un entraîneur de football est sûrement l’une des figures masculines les plus importantes dans la vie d’un jeune étudiant-athlète, estime Sheahan. Nous devons prendre ce rôle très au sérieux. »

Nous ne montrons pas [aux joueurs] juste à jouer au football, pas seulement des x et des o sur un tableau ; nous les aidons à définir ce qu’ils seront dans la vie, leur donnons des outils pour affronter les défis qui les attendent.

Pat Sheahan

— Pat Sheahan

Sheahan est bien conscient que ce ne sont pas tous les jeunes de la génération actuelle qui adhèrent à ces valeurs et il l’accepte. « Mais ceux qui le font démontrent vraiment des qualités exceptionnelles, assure-t-il. Il faut une somme de travail incroyable pour exceller comme ils le font au plus haut niveau de leur sport, pour se rendre à la Coupe Vanier, tout en poursuivant des études universitaires exigeantes.

« Je suis convaincu que nous formons les leaders de demain, des hommes qui auront affronté l’adversité, qui auront connu des succès, mais aussi des échecs et qui se seront relevés pour finir par triompher. »

Finale de la Coupe Vanier : Calgary c. Montréal, Stade Telus du PEPS, à Québec, 13 h

Cinq duels à surveiller

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Les entraîneurs-chefs des Dinos de Calgary et des Carabins de Montréal, Wayne Harris et Danny Maciocia, lors d’une conférence de presse en marge du match de la Coupe Vanier

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Adam Sinagra c. Dimitri Morand /  Frédéric Paquette-Perrault

Danny Maciocia a dit d’Adam Sinagra qu’il était « le meilleur quart au Canada », et les Dinos partiront avec un net avantage à ce poste. Dimitri Morand a connu une saison difficile et il a cédé son poste de partant à Frédéric Paquette-Perrault en fin de calendrier, avant de venir briller en relève la semaine dernière à la Coupe Uteck quand son remplaçant s’est blessé. Les deux quarts pourraient être envoyés dans la mêlée aujourd’hui selon l’allure du match.

La ligne à l’attaque des Dinos c. le front défensif des Carabins

L’un des principaux enjeux de cette 55e Coupe Vanier sera le contrôle de la ligne de mêlée. La ligne à l’attaque des Dinos est immense et costaude, mais le front défensif des Carabins est constitué de joueurs athlétiques et rapides qui réussissent habituellement à prendre de vitesse leurs adversaires, tout en neutralisant le jeu au sol. De l’autre côté, la ligne à l’attaque des Carabins a été éprouvée par les blessures, alors que la défense des Dinos a souvent été vulnérable contre la passe.

Jalen et Tyson Philpot c. Marc-Antoine Dequoy et Jean-Sébastien Bélisle

L’attaque aérienne des Dinos est explosive et les jumeaux Jalen et Tyson Philpot, des Dinos, sont parmi les meilleurs receveurs de passe au pays. La semaine dernière à la Coupe Mitchell, ils ont totalisé 14 réceptions et 249 verges de gains. Les Carabins misent toutefois sur d’excellents demis défensifs, à commencer par Marc-Antoine Dequoy et Jean-Sébastien Bélisle, deux joueurs qui ont multiplié les interceptions et les jeux décisifs tout au long de la saison.

Robinson Rodrigues c. Ryth-Jean Giraud/ Reda Malki

Les deux équipes vont vouloir établir leur jeu au sol en début de match et elles misent sur d’excellents porteurs de ballon. Du côté des Dinos, Robinson Rodrigues joue son meilleur football de la saison depuis le début des séries et il a gagné 125 verges et 22 courses la semaine dernière. Chez les Carabins, la présence du joueur étoile Ryth-Jean Giraud est encore incertaine, mais Reda Malki a profité de son absence pour gagner pas moins de 160 verges en 15 courses la semaine dernière.

Niko DiFonte c. Louis-Philippe Simoneau

Une Coupe Vanier se gagne souvent dans les derniers instants du match et les botteurs sont toujours appelés à jouer un rôle important. Niko DiFonte, des Dinos, a bien fait sur les bottés de dégagement, mais il a été erratique sur les placements (11 en 22). Chez les Carabins, le vétéran Louis-Philippe Simoneau a été plus constant (19 en 26) et il a été une formidable source d’inspiration et de leadership pour ses coéquipiers après avoir combattu avec succès un cancer.

La 55e Coupe Vanier en bref

Il s’agit d’un premier affrontement entre les Carabins de l’Université de Montréal et les Dinos de l’Université de Calgary. Les Carabins seront l’équipe hôtesse, en raison d’un système de rotation entre les différentes conférences, ils porteront donc leur uniforme foncé, alors que les Dinos joueront en pâle.

Les Carabins en sont à leur troisième participation à la Coupe Vanier. Vainqueurs en 2014, 20-19 devant McMaster, ils se sont inclinés 26-23 l’année suivante face aux Thunderbirds de UBC.

Les Dinos prennent part, quant à eux, pour la 11e fois à la Coupe Vanier (2016, 2013, 2010, 2009, 1995, 1993, 1988, 1985, 1983, 1975) et ils présentent une fiche de 4-6, avec un dernier titre en 1995. Seuls Western (14) et Laval (12) ont joué plus souvent en finale nationale.

Il s’agira de la quatrième finale des Dinos à la Coupe Vanier à Québec. Ces derniers ont perdu les trois autres, en 2009 (33-29 contre Queen’s), 2010 (29-2 contre Laval) et 2013 (25-14 contre Laval).

Les titres en Coupe Vanier
Laval, 10
Western, 7
Calgary, Queen’s et UBC, 4
St-Mary’s, Saskatchewan, Alberta, Manitoba, 3
Laurier, Ottawa, Acadia, Toronto, 2
Montréal, McGill, McMaster, St. Francis Xavier, Guelph, 1

Les finales des 10 dernières années
2018 : Laval 34, Western 20 (à Québec)
2017 : Western 39, Laval 17 (à Hamilton)
2016 : Laval 31, Calgary 26 (à Hamilton)
2015 : UBC 26, Montréal 23 (à Québec)
2014 : Montréal 20, McMaster 19 (à Montréal)
2013 : Laval 25, Calgary 14 (à Québec)
2012 : Laval 37, McMaster 14 (à Toronto)
2011 : McMaster 41, Laval 38 (à Vancouver)
2010 : Laval 29, Calgary 2 (à Québec)
2009 : Queen’s 33, Calgary 31 (à Québec)