Dans quelques décennies, il est probable qu’on se souviendra davantage de la carrière de directeur général d’Ozzie Newsome que de sa carrière de joueur. Ce n’est pas peu dire, l’ancien ailier rapproché ayant été intronisé au Temple de la renommée en 1999 après 13 saisons avec les Browns de Cleveland.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Les Ravens de Baltimore n’avaient jamais connu d’autre DG que Newsome jusqu’à ce qu’il cède le poste à son bras droit de longue date, Eric DeCosta, il y a un peu plus d’un an. Une retraite des plus méritées pour Newsome.

Si les Ravens ont presque toujours fait partie de la crème de la NFL depuis leur arrivée à Baltimore, en 1996, c’est d’abord et avant tout grâce aux décisions judicieuses de Newsome, en particulier lors des séances de repêchage. Le vénérable Newsome a notamment sélectionné Ray Lewis, Jonathan Ogden et Ed Reed, qui sont déjà tous intronisés au Temple de la renommée.

Le dernier repêchage de Newsome a été celui de 2018 et il a réussi un dernier coup de circuit avant de tirer sa révérence. Après avoir choisi l’ailier rapproché Hayden Hurst au 25e rang, les Ravens ont acquis un autre choix de premier tour, celui des Eagles de Philadelphie, au 32e rang. Une transaction afin de s’assurer d’obtenir Lamar Jackson.

Dans une récente entrevue avec Peter King, de NBC Sports, DeCosta a raconté comment lui et Newsome avaient bien caché leur jeu dans les mois précédents.

On n’a même pas fait d’entrevue avec Lamar [Jackson] au “combine” parce qu’on ne voulait pas que des rumeurs quant à notre intérêt pour lui commencent à circuler.

Eric DeCosta, directeur général des Ravens de Baltimore

DeCosta a expliqué que seuls Newsome et lui savaient que Jackson était dans leur ligne de mire. Personne d’autre chez les Ravens n’avait été mis au courant.

Comme cadeau de départ, Newsome aurait difficilement pu mieux faire. Aux deux tiers de la saison, Jackson détient une longueur d’avance sur Russell Wilson dans la course au joueur par excellence de la ligue. Il est le grand favori pour obtenir l’honneur, selon les casinos de Las Vegas, et c’est ce même Jackson qui a reçu le plus de votes des partisans pour les sélections du Pro Bowl.

Jackson était pourtant loin de faire l’unanimité lorsqu’il est sorti des rangs universitaires. L’analyste Bill Polian, qui a été l’architecte de trois équipes comme directeur général, était convaincu que Jackson serait ultimement muté au poste de receveur dans la NFL. Polian a avoué qu’il s’était trompé la semaine dernière.

L’une des 32 équipes de la ligue aurait même demandé à Jackson de s’exercer comme receveur devant elle, ce qu’il a refusé de faire.

Même après sa saison recrue de 2018, des doutes subsistaient quant aux qualités de passeur de Jackson. Il était un très bon coureur, mais pouvait-il vraiment être assez précis et productif par la passe pour être un quart dans la grande ligue ?

Sa première performance de la saison a donné le ton : 17 en 20 pour 324 verges, cinq passes de touché et aucune interception. « Pas si mal pour un porteur de ballon », avait lancé Jackson après la rencontre face aux Dolphins.

Le meilleur du groupe

Quantité de dépisteurs méritent un « E » à l’encre rouge lorsqu’il est question de Jackson. Ce n’est pas comme s’il était un joueur méconnu ou issu d’une équipe universitaire obscure. Il a remporté le trophée Heisman en 2016 !

Baker Mayfield a été le premier espoir choisi en 2018. Sam Darnold a été repêché deux rangs plus loin. Le début de carrière des deux joueurs est inégal. On peut dire la même chose de Josh Allen, tandis que Josh Rosen réchauffe le banc avec l’une des pires équipes de la NFL à Miami.

Tous ces quarts ont été préférés à Jackson. Vous ne croyez pas que les Browns (Mayfield), les Jets (Darnold), les Bills (Allen) et les Cardinals, qui ont repêché Rosen avant de l’échanger à Miami, un an plus tard, regrettent leur décision un tantinet ?

Jackson a complété plus de 66 % de ses passes et récolte en moyenne plus de 300 verges par match par la passe. Il totalise 19 passes de touché contre seulement cinq interceptions et son coefficient d’efficacité de 106,3 est bon pour le quatrième rang de la ligue. L’ancien des Cardinals de l’Université Louisville a le dernier mot, et comment !

Nouvelle vague

Contrairement à son succès par la voie des airs, les statistiques au sol de Jackson ne surprennent personne, lui qui mène actuellement les Ravens avec 781 verges, en plus d’avoir inscrit six touchés.

Le risque dans le cas des quarts-arrières qui courent avec le ballon aussi souvent est bien sûr celui des blessures. Le quart réserviste des Ravens, Robert Griffin III, en sait quelque chose. Quel genre de carrière aurait connue Griffin s’il n’avait pas subi une sérieuse blessure à un genou avec Washington ?

Mais le risque en vaut la chandelle. Bien qu’ils soient appelés à porter le ballon moins souvent que Jackson, Russell Wilson, Patrick Mahomes, Desean Watson et Josh Allen sont tous des quarts mobiles. Idem pour le premier choix du repêchage de 2019, Kyler Murray.

Peut-on parler d’une nouvelle ère pour les quarts-arrières ? À tout le moins, la nouvelle vague de quarts fera réfléchir certains décideurs lorsqu’ils auront à miser sur leur prochain quart d’avenir. L’époque des quarts-arrières qui restent presque toujours immobiles derrière leur ligne tire peut-être à sa fin.

C’est la conclusion à laquelle John Harbaugh et les Ravens semblent être arrivés. Même si Jackson avait connu des difficultés à sa première saison, ils ont choisi d’échanger Joe Flacco aux Broncos de Denver et ont réécrit leur livre de jeux en l’adaptant aux talents de Jackson. Bien joué.

Moins d’un an plus tard, Jackson et ses coéquipiers se positionnent de mieux en mieux afin de donner un troisième titre du Super Bowl aux Ravens. Et comme les deux premières fois, Newsome aura joué un rôle déterminant si cela s’avère.

Les prédictions de Miguel Bujold

Tampa Bay c. Atlanta : Atlanta

Denver c. Buffalo : Buffalo

Giants de New York c. Chicago : Chicago

Pittsburgh c. Cincinnati : Pittsburgh

Miami c. Cleveland : Cleveland

Caroline c. La Nouvelle-Orléans : La Nouvelle-Orléans

Oakland c. Jets de New York : Jets de New York

Seattle c. Philadelphie : Seattle

Detroit c. Washington : Washington

Jacksonville c. Tennessee : Tennessee

Dallas c. Nouvelle-Angleterre : Nouvelle-Angleterre

Green Bay c. San Francisco : San Francisco

Baltimore c. Rams de Los Angeles : Baltimore

La semaine dernière : 9-4

Total de la saison : 92-59

Trois matchs à ne pas rater

Dallas c. Nouvelle-Angleterre, dimanche, 16 h 25

Certains signes pointent vers un retour d’Antonio Brown chez les Patriots. Le receveur a rencontré la ligue pendant huit heures la semaine dernière, puis a offert des excuses aux Patriots et à leur propriétaire Robert Kraft sur les médias sociaux. Brown a également intenté une poursuite pour diffamation contre la femme qui l’accuse de viol, Britney Taylor. Selon les informations qui ont circulé après le renvoi de Brown par les Patriots, Bill Belichick et Tom Brady s’opposaient à la décision de Kraft et de l’organisation. Vu les difficultés que connaissent Brady et l’attaque des Pats, si la NFL permet à Brown de revenir au jeu, il ne serait pas étonnant qu’il le fasse avec les Patriots, qui ont toujours accordé plus d’importance à la victoire qu’à toute autre chose.

Green Bay c. San Francisco, dimanche, 20 h 20

Les 49ers se déplaceront à Baltimore, à La Nouvelle-Orléans et à Seattle au cours des prochaines semaines, de sorte qu’ils peuvent difficilement se permettre de perdre contre les Packers afin de demeurer devant les Seahawks au premier rang de leur division. L’attaque des Niners est nettement affaiblie lorsque George Kittle n’est pas en uniforme, ce qui a été le cas lors des dernières semaines. L’entraîneur-chef Kyle Shanahan estime que l’ailier rapproché est son meilleur joueur et avec raison. Le dernier mois et demi de la saison des Packers s’annonce un peu moins difficile que celui des 49ers. Engagés dans une lutte avec les Vikings dans la division nord de la Nationale, les Packers affronteront les Giants, les Redskins, les Bears et les Lions dans quatre de leurs cinq derniers matchs. On a vu pire.

Baltimore c. Rams de Los Angeles, lundi, 20 h 15

Comme celle des 49ers, la dernière partie du calendrier des Rams ne sera pas de tout repos. En plus de recevoir l’équipe de l’heure de la ligue, lundi soir, les Rams affronteront les Seahawks, les Cowboys et les 49ers. Leurs deux autres matchs seront face aux Cardinals de l’Arizona, qui offrent étonnamment une bonne opposition à leurs rivaux. Les Ravens ont gagné leurs six derniers matchs et leur défense s’améliore de semaine en semaine. Si l’unité joue toujours comme elle l’a fait contre Deshaun Watson et les Texans, dimanche dernier, les Ravens seront très difficiles à vaincre. La défense de Don Martindale a totalisé sept sacs, deux revirements et a limité Watson et les Texans à 232 verges.