C’est le genre de victoire qu’on n’oublie pas. En effaçant un déficit de 24 points pour vaincre les Blue Bombers de Winnipeg 38-37, hier au stade Percival-Molson, les Alouettes ont établi une nouvelle marque d’équipe. Ils avaient comblé un écart de 20 points pour vaincre les Argonauts de Toronto le 10 juillet 1981.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Mais le plus impressionnant, c’est qu’ils ont marqué trois touchés au quatrième quart, dont deux dans les trois dernières minutes de jeu. L’une des victoires les plus mémorables de l’histoire de la concession montréalaise en saison, qui confirme que l’équipe de Khari Jones doit être prise très au sérieux par le reste de la LCF.

Je n’ai probablement jamais été impliqué dans une victoire aussi excitante que celle-ci. On en a remporté de très belles cette saison, mais ce match a été tout à fait spécial.

Khari Jones, entraîneur-chef des Alouettes

Les Alouettes ont été complètement dominés en première demie. La défense ne trouvait aucune solution pour arrêter Chris Streveler et l’attaque des Bombers, tandis que l’attaque peinait à soutenir ses séries.

C’était 34-10 avant que Ciante Evans ne réussisse une interception qui a donné un peu de « momentum » aux siens avant la mi-temps. Chris Matthews a marqué un touché à la suite de l’interception, réduisant l’écart à 17 points avec 22 secondes à faire au deuxième quart.

Après un troisième quart marqué par le jeu défensif, Vernon Adams fils a fait ce qu’il fait de plus en plus souvent : il a pris le contrôle du match. Adams a été électrisant, signant jeu clé après jeu clé. Et en s’adressant à la foule en français après le match, Adams a ajouté quelques points à sa fiche.

« J’aime mon équipe et j’aime Montréal ! », a dit Adams, qui a totalisé 488 verges par la passe, 4 passes de touché et 1 touché au sol.

On est bien loin du jour où la foule scandait : « We want Johnny [Manziel] ! » alors qu’Adams jouait, n’est-ce pas ? Ça ne fait pourtant que 14 mois.

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La joueuse de tennis canadienne Bianca Andreescu salue la foule au stade Percival-Molson.

Objectif atteint

Adams avait déclaré qu’il voulait mieux distribuer le ballon cette semaine, et c’est précisément ce qu’il a fait, hier.

Blanchi lors du match précédent, Jake Wieneke a mené l’équipe avec 8 attrapés et 134 verges. En plus d’avoir inscrit un touché, Wieneke a notamment capté une passe cruciale après que le ballon eut dévié sur un joueur des Blue Bombers au début de la série victorieuse.

« J’essaye juste de faire mon travail. Je ne vais pas avoir une mauvaise attitude même si je ne reçois pas de passe. Cette équipe a beaucoup de cœur, il y a beaucoup de très bonnes personnes qui en font partie », a dit Wieneke avec une coulisse de sang sur le front.

« Je me suis fait ça après le match en célébrant avec mes coéquipiers. L’un de nos joueurs m’a malencontreusement cogné avec son casque », a-t-il expliqué le sourire aux lèvres.

Félix Faubert-Lussier aussi s’est mis en valeur. Le Québécois n’a capté qu’une seule passe, mais c’était sur un deuxième essai avec 10 verges à franchir lors de l’une des séries qui se sont terminées par un touché au quatrième quart.

« Félix a réussi un très bel attrapé sur ce jeu. Je vais regarder plus souvent en sa direction », a d’ailleurs noté Adams fils.

Affrontant son ancienne équipe, Matthews a capté trois passes, deux dans la zone des buts. DeVier Posey et Eugene Lewis ont effectué des jeux importants et ont continué de bien jouer comme ils le font depuis plusieurs semaines déjà. Puis, sur la série victorieuse, Quan Bray a réussi un jeu de 60 verges. Bref, tous les receveurs des Alouettes ont brillé.

« Les Blue Bombers ont bien utilisé le blitz [hier], alors William [Stanback] a dû rester en protection souvent. Mais tous nos receveurs ont fait de gros jeux aujourd’hui, du premier au dernier », a résumé Adams fils.

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Le porteur de ballon William Stanback (31) tente de gagner le premier essai.

Un gagnant

Si plusieurs joueurs des Alouettes ont excellé, la grande étoile a été Adams fils. Au risque de se répéter, c’est une performance magistrale qu’il a offerte au quatrième quart, en dépit de l’interception qu’il a lancée et qui semblait avoir achevé son équipe pour de bon avec 6 min 20 s à disputer.

« Vernon est un gagnant. Il trouve toujours le moyen de faire le travail, que ce soit avec ses jambes ou son bras, et c’est ce qu’on veut avoir à la position de quart-arrière. Il ne baisse jamais les bras et il continue toujours de se battre jusqu’à la fin. Il n’a même pas joué l’équivalent d’une saison complète comme quart partant. On est très chanceux de l’avoir », a dit Jones.

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Le demi défensif Ciante Evans (1) stoppe la course d’un joueur des Blue Bombers.

Le sang-froid de Jones

La défense des Blue Bombers possède plusieurs joueurs de haut calibre, dont Willie Jefferson, Drake Nevis et Adam Bighill. Il n’est pas facile d’être productif contre ce groupe et les Alouettes l’ont constaté pendant une bonne partie du match. Mais lorsque ça comptait le plus, les Adams fils et compagnie se sont mis en marche.

Dans le petit vestiaire du stade Percival-Molson, Posey et Lewis savouraient pleinement la victoire de leur équipe, eux qui ne sont généralement pas les plus volubiles.

« Regardez le pourcentage de victoires de Vernon depuis qu’il a commencé sa carrière dans la NCAA. C’est ce qu’il fait, il gagne des matchs », a dit Lewis.

Cette équipe va au rythme de Vernon [Adams] et de Khari [Jones]. Ces deux-là sont d’un calme olympien. Il n’y a absolument rien qui les perturbe.

DeVier Posey

En effet. Au retour de l’entracte, on a vu Jones danser un brin sur les lignes de côté avant que le botté d’envoi ne soit effectué. En voilà un qui sait garder les choses en perspective, une attitude qui se reflète sur ses ouailles.

« J’ai demandé à nos joueurs s’ils sentaient que le match était déjà fini après la première demie. Je croyais qu’on pouvait revenir de l’arrière et eux aussi. Je pense toujours qu’on peut surmonter des déficits. Je suis très fier de nos joueurs ce soir. »

La victoire était doublement savoureuse du fait qu’elle est survenue à Montréal. Et même si l’équipe tirait de l’arrière par beaucoup de points, la très grande majorité des spectateurs sont demeurés jusqu’à la toute fin.

« C’était spécial parce que c’était à domicile, mais aussi parce que nos partisans sont restés à leur place. Ils ne voulaient pas courir le risque de rater quelque chose de spécial, alors ça démontre qu’ils croient en nous », a dit Jones.

En ce dernier week-end de l’été, les Alouettes étaient en voie de gâcher une très belle occasion de prouver qu’ils peuvent lutter contre les poids lourds de la LCF. Et qu’ils peuvent offrir l’un des bons spectacles en ville, aussi.

La championne Bianca Andreescu et la mairesse Valérie Plante étaient sur place, de même que des centaines de militaires canadiens. Tout ce beau monde et les milliers d’autres gens assis dans les tribunes ont été récompensés pour leur patience. Ils ont tous pu constater que cette équipe est spéciale.

Prochain match : Alouettes c. Lions de la Colombie-Britannique, le 28 septembre (22 h) à Vancouver