Un jeu. C’est tout ce qui séparait les Chiefs de Kansas City de leur première participation au Super Bowl en plus de 50 ans, la saison dernière.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Mais lorsque le championnat de l’Association américaine s’est décidé, le 20 janvier dernier, ce sont les Patriots de la Nouvelle-Angleterre qui ont trouvé le moyen de l’emporter à l’Arrowhead Stadium. Ils ont marqué le touché victorieux en prolongation pour obtenir un autre billet pour la grande finale, qu’ils ont remportée deux semaines plus tard.

Les Chiefs se sont inclinés pour deux raisons en particulier : Patrick Mahomes a mis une demie pour s’ajuster et se mettre en marche, et le jeu au sol des Patriots a fait ce qu’il voulait durant toute la soirée. Tom Brady a été victime de deux interceptions et a fini le match avec un coefficient d’efficacité de 77,1, mais le jeu au sol des Pats a enfoncé 176 verges et 4 touchés dans le bec des Chiefs.

Bien qu’il soit certainement assez talentueux pour le faire, Mahomes ne présentera peut-être pas des statistiques aussi remarquables que la saison dernière (plus de 5000 verges et 50 touchés). Ses adversaires auront peut-être apporté quelques ajustements pour le contenir un peu mieux. On dit bien « peut-être ».

Mais lorsque les séries éliminatoires débuteront, en janvier prochain, l’expérience acquise en 2018 et au cours des prochains mois devrait bien servir Mahomes.

Il est venu à un cheveu près de vaincre le grand Tom Brady à sa première participation aux éliminatoires. C’est de bon augure pour Kansas City.

L’attaque d’abord

Les Chiefs ont quelques joueurs qui se démarquent par leur vitesse exceptionnelle. Sammy Watkins en est un. Tyreek Hill en est un autre, et voilà que s’est ajouté Mecole Hardman, qui a réussi quelques beaux jeux dans les matchs préparatoires.

Ancien des Bulldogs de l’Université de la Géorgie, Hardman a vraisemblablement été repêché pour remplacer Hill. Comme à peu près tout le monde, les Chiefs devaient s’attendre à ce que Hill soit arrêté par la police ou, à tout le moins, suspendu par la NFL. Il est soupçonné d’avoir fracturé le bras de son fils qui n’était âgé que de 4 ans au moment de l’incident. Hill avait déjà été reconnu coupable d’avoir battu sa conjointe alors qu’elle était enceinte de l’enfant. Une histoire sordide.

Avec trois ailiers espacés comme Watkins, Hardman et Hill, la mission d’arrêter Mahomes et l’attaque des Chiefs sera extrêmement difficile. D’autant que l’ailier rapproché Travis Kelce commande une attention particulière, lui aussi, en milieu de terrain. On peut s’attendre à ce que le jeu au sol des Chiefs puisse profiter de très beaux corridors de course…

La ligne à l’attaque des Chiefs fait partie du top 10 de la NFL, grâce notamment à Laurent Duvernay-Tardif. En santé, la fierté du Québec pourrait connaître sa meilleure saison et être nommée au Pro Bowl pour la première fois de sa carrière. Bref, l’attaque des Chiefs n’a pas de faille.

En défense, l’arrivée du coordonnateur Steve Spagnuolo donnera un vent de fraîcheur aux Chiefs, et ils en avaient grandement besoin. Le système de Bob Sutton avait perdu de l’efficacité, et le rendement de ses unités à Kansas City avait rarement été supérieur à la moyenne, tout au mieux.

Spagnuolo est un disciple des défenses 4-3 et peut compter sur deux très bons joueurs sur la première ligne en Chris Jones et Frank Clark. Mais ne nous leurrons pas. Il y a encore plusieurs trous dans la défense des Chiefs, qui seront dépendants de leur attaque encore une fois cette année.

Encore les Pats

Les Patriots sont évidemment dans le portrait, eux aussi. Et même s’ils mettent quelques semaines à trouver leur rythme, on ne tombera pas dans le panneau. À la mi-novembre, Bill Belichick aura placé ses pièces pour une autre poussée en décembre et en janvier.

En plus d’avoir le meilleur entraîneur-chef de l’histoire du football et une formation bien équilibrée, les Pats ont la chance de partager leur division avec trois équipes qui devraient encore faire partie des 10 pires de la ligue, comme cela a presque toujours été le cas depuis 20 ans. Les Patriots n’y sont pour rien, mais ne nions pas cette réalité.

La Nouvelle-Angleterre n’aura donc probablement qu’à gagner un match à domicile au deuxième tour éliminatoire pour participer à la finale de l’Américaine pour une incroyable neuvième fois de suite. Un record qui ne sera fort probablement jamais même menacé.

Sauf que cette fois, Mahomes et les Chiefs représenteront une trop grosse commande.

Quatorze jours plus tard, Andy Reid remportera enfin son premier Super Bowl, contre l’équipe qu’il a dirigée de 1999 à 2012, les Eagles de Philadelphie. Carson Wentz les mènera jusqu’en finale, mais contrairement à Nick Foles il y a deux ans, il sera incapable de mettre le point d’exclamation.