Après Laurent Duvernay-Tardif en 2014 et Antony Auclair en 2017, Mathieu Betts sera-t-il le prochain Québécois à faire le saut dans la grande ligue? À quelques jours du repêchage de la NFL, Betts reste les pieds sur terre et se garde de voir trop loin. Portrait de l’ancien ailier défensif du Rouge et Or de l’Université Laval, qui devrait signer son premier contrat avec l’une des 32 équipes de la NFL le week-end prochain.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Mathieu Betts était âgé de 6 ans lorsqu’il a attrapé le virus du football. Dix-huit ans plus tard, son rêve de faire partie d’une équipe de la NFL semble sur le point de se réaliser.

«Mon père m’avait emmené voir un Bol d’or au stade McGill. C’était mon premier match de football et j’ai trippé. Quelques mois plus tard, des entraîneurs des Warriors de Ville LaSalle sont venus porter des dépliants à l’école. J’ai essayé de convaincre mes amis de venir avec moi, mais je suis le seul qui a décidé de s’inscrire», raconte Betts, qui a grandi à LaSalle et à Verdun.

Joueur de hockey en parallèle, Betts a consacré toute la place au football à partir de l’adolescence et est rapidement devenu un joueur d’exception sur la scène provinciale. Il a brillé avec les Cactus de Notre-Dame au secondaire, puis avec les Spartiates du Vieux Montréal au niveau collégial. Il n’a pas déçu dans les rangs universitaires, remportant deux fois la Coupe Vanier, ainsi que le titre du joueur de ligne par excellence au football universitaire canadien trois années de suite (de 2016 à 2018).

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Au niveau universitaire, Mathieu Betts a remporté deux fois la Coupe Vanier avec le Rouge et Or de l’Université Laval, dont en novembre dernier, à Québec, contre les Mustangs de l’Université Western.

«Pour un gars qui a connu autant de succès partout où il a joué, ça ne lui a jamais monté à la tête. Mathieu est très humble, il n’a aucune arrogance», a résumé l’agent de Betts, Sasha Ghavami, qui représente également Laurent Duvernay-Tardif et Antony Auclair, qui font carrière dans la NFL.

Il serait assez étonnant que Betts n’obtienne pas l’occasion de suivre les traces de Duvernay-Tardif et son ancien coéquipier Auclair. Le premier a été un choix de sixième tour des Chiefs de Kansas City en 2014, alors que le second a signé un contrat à titre de joueur autonome avec les Buccaneers de Tampa Bay dans les heures qui ont suivi la fin du repêchage de 2017.

C’est justement la principale question dans le cas de Betts: sera-t-il repêché ou signera-t-il plutôt un contrat comme joueur autonome?

«Une fois que tu as un pied dans la porte, je pense que ça ne fait pas une si grande différence d’avoir été un choix au repêchage ou d’avoir été signé comme joueur autonome. Tout le monde recommence la partie sur un pied d’égalité», estime le principal intéressé.

«Plus le repêchage approche, plus on connaît l’intérêt qu’ont certaines équipes pour moi. Il y en a cinq ou six qui semblent particulièrement intéressées, mais c’est difficile d’en avoir la certitude, car c’est tellement une grosse machine, la NFL. On ne veut pas trop se faire d’attentes.»

Lors de l’entraînement individuel de Betts devant les recruteurs (pro day) du mois dernier, cinq équipes de la NFL ont envoyé un dépisteur à Québec – ça devait être neuf, mais les conditions météorologiques en ont forcé quatre à changer leurs plans.

L’automne dernier, quelques équipes sont même venues voir Betts en action à Québec. Une vingtaine d’organisations ont eu des discussions informelles avec lui en marge de l’East-West Shrine Game, un match annuel d’espoirs qui a eu lieu en Floride, en janvier dernier, et dans lequel Betts a fait bonne impression. On fait même mention du Québécois dans les guides annuels qui portent sur le repêchage. Bref, l’intérêt est là.

«J’essaie de ne pas trop penser à ça. C’est drôle, parce que je suis d’abord et avant tout un fan de la NFL, alors moi aussi, je suis normalement le repêchage de très près. Certaines personnes m’ont dit qu’elles avaient vu mon nom dans des "mock drafts", mais j’essaie de faire abstraction de tout ça pour le moment.»

Ailier ou secondeur?

À 6 pi 3 po et 255-260 lb, Betts a davantage le gabarit d’un secondeur extérieur que celui d’un ailier défensif typique de la NFL. Dans certaines équipes, comme les Patriots de la Nouvelle-Angleterre ou les Steelers de Pittsburgh, qui ont démontré de l’intérêt pour lui, Betts serait probablement utilisé comme secondeur dans une défense de type 3-4.

PHOTO AARON LYNETT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

En plus de deux conquêtes de la Coupe Vanier, Mathieu Betts a mis la main sur le titre du joueur de ligne par excellence au football universitaire canadien trois années de suite, de 2016 à 2018.

«Il y a certaines nuances, mais au bout du compte, ce qu’on va me demander de faire, ça va beaucoup ressembler à ce que je fais depuis que je joue au football. Que ce soit comme ailier défensif ou comme secondeur extérieur, nos responsabilités sont essentiellement les mêmes. Alors pour moi, ce n’est pas un facteur important. L’équipe avec laquelle je vais évoluer va me mettre dans des positions pour faire ressortir mes forces.»

Et la grande force du Québécois, c’est de se rendre au quart-arrière et de l’ennuyer. Même s’il a joué à d’autres positions à ses premières années au football organisé, Betts a toujours préféré celle d’ailier défensif.

«C’est un jeu d’échecs qui évolue durant toute la partie entre l’ailier défensif et le joueur de ligne offensive ou même de la ligne au complet, selon les schémas et les systèmes de protection. Je pense que la vitesse est ce qui me distingue. Je suis rapide et j’ai un bon sens d’anticipation quant au déploiement offensif, alors c’est une bonne combinaison.»

Betts sait comment se rendre au quart-arrière, aucun doute sur ça. Mais dans la NFL, son jeu contre la course et, à un moindre degré, en couverture de passe devront être très bons, eux aussi. Il le sait.

«Je ne dirais pas que je suis un mauvais joueur contre la course, loin de là, mais je pense que je peux améliorer certaines techniques sur ce plan», a-t-il expliqué.

Premier au Canada

Même s’il obtient un contrat dans la NFL, Betts sera également sélectionné lors du repêchage de la LCF, qui se tiendra le 2 mai. Le joueur de 24 ans a terminé au tout premier rang du classement final des espoirs du Bureau de recrutement de la LCF.

Mais puisque les probabilités sont très bonnes qu’il commencera sa carrière dans la NFL, Betts pourrait être repêché plus tard que prévu. Les équipes veulent généralement éviter de gaspiller un haut choix pour un joueur qui n’évoluera peut-être jamais dans la LCF.

«C’est difficile de prédire si les équipes seront plus conservatrices, mais je suis confiant que je serai sélectionné. J’ai grandi en regardant la NFL et la Ligue canadienne. Il y a plusieurs joueurs dans le top 20 que je connais bien. C’est une belle fleur d’avoir été le premier au classement, mais il y a beaucoup d’autres très bons joueurs.»

Le débat Canada–États-Unis n’est pas nouveau pour Betts. Il y a quelques années, l’option d’aller jouer dans la NCAA était bien présente. Les universités Temple, Purdue et Buffalo lui avaient toutes fait des offres, entre autres.

«J’ai reçu plusieurs offres sérieuses après m’être engagé avec l’Université Laval. Avec l’accord de Glen Constantin [l’entraîneur-chef du Rouge et Or], j’ai poursuivi le processus de recrutement et j’ai visité des universités américaines. J’avais gardé la porte ouverte.»

«J’ai tout simplement préféré le fit à Laval, que ce soit en raison de mes coéquipiers, des entraîneurs, des installations ou tout simplement parce que je me sentais plus à l’aise dans l’environnement. J’étais dans une très bonne situation pour vivre les quatre prochaines années de ma vie à Québec.

«Que ce soit dans la NFL ou la LCF, mon objectif sera de me tailler une place dans l’équipe. Même si je suis un choix de première ou de deuxième ronde dans la LCF, ça ne garantira rien. J’arriverai avec la même mentalité d’une façon ou d’une autre.»

Nouvelle étape

Qu’il soit repêché ou non, Betts saura à quoi s’en tenir dans quelques jours. Ce sera la fin d’une étape, qui a été longue et courte à la fois, et le début d’une nouvelle.

«Les derniers mois ont passé en coup de vent. Je savais pas mal ce qui m’attendait, car on avait établi un plan précis à partir du début décembre pour les mois qui allaient suivre. C’était un processus semblable aux dernières années, mais fait en accéléré.»

Betts n’a rien laissé au hasard quant à sa préparation physique: musculation, course, yoga, boxe… C’est sans parler de ses études en enseignement de l’éducation physique.

«Peu importe l’équipe avec laquelle j’évolue, je veux toujours être l’un des joueurs avec la meilleure préparation et avoir le plus grand impact possible. Sur le terrain, mais en ce qui concerne le leadership, aussi. Que ce soit au secondaire, au collégial, à l’université ou dans les rangs professionnels, je ne pense pas que mes attentes envers moi-même doivent changer.»

«Je suis conscient qu’il y a plusieurs bons joueurs [dans la NFL], mais je vais arriver avec aucun complexe. Mon objectif, c’est d’être le meilleur joueur que je peux être. Si cette version-là de moi-même fait en sorte que je suis un joueur moyen, ce sera ça. Si elle fait de moi le meilleur joueur de l’équipe, ce sera ça aussi. Mais je ne veux pas me mettre un plafond, je pense qu’on peut toujours viser un peu plus haut.»

LE REPÊCHAGE DE LA NFL

Jeudi 20h: 1er tour Vendredi 19h: 2e et 3e tours Samedi 12h: 4e à 7e tours et début des signatures de joueurs autonomes