Greg Reid ressemble beaucoup à l’ancien boxeur Roy Jones fils lorsqu’il était plus jeune. Et on peut justement décrire le demi défensif avec une expression propre au monde de la boxe : livre pour livre, Reid est probablement le joueur le plus tough des Alouettes, lui qui mesure 5 pi 8 po et pèse 190 lb.

Miguel Bujold
Miguel Bujold La Presse

« Oui, je pense que c’est vrai », a répondu Reid lorsqu’on lui a demandé si c’était une évaluation assez juste.

Disputant sa première saison complète dans la LCF et avec les Alouettes, Reid est toutefois davantage qu’un joueur qui donne de percutants coups d’épaule. En plus de ses 67 plaqués, il a réussi trois interceptions et un sac, a forcé un échappé et en a récupéré un autre. C’est également lui qui a sauvé la victoire des siens à Moncton en empêchant un touché sur le dernier jeu du match.

Il n’est donc pas si étonnant que Reid ait été un espoir de premier plan (five star recruit) lorsqu’il a terminé son secondaire en Géorgie. Il était considéré comme le quatrième au classement des meilleurs demis de coin des États-Unis avant d’arriver dans la NCAA.

Lorsque je pensais à mon avenir à cette époque, je me voyais jouer pour l’Université de la Floride, puis pour les Cowboys dans la NFL. Ma famille aime les Cowboys, et j’ai toujours aimé être sous les projecteurs. Je rêvais donc de faire partie des Cowboys.

Greg Reid

Le destin en a voulu autrement. Plutôt que de porter les couleurs des Gators de l’Université de la Floride, Reid a finalement choisi de se joindre au clan ennemi, les Seminoles de Florida State.

« J’avais accepté une lettre d’entente de l’Université de la Floride, mais c’était avant de réaliser que presque toutes les équipes universitaires s’intéressaient à moi. »

Reid a notamment été recruté par le puissant Crimson Tide de l’Alabama et les Bulldogs de la Géorgie, l’équipe de son coin de pays. Mais finalement, c’est entre les Gators et les Seminoles qu’il a le plus hésité.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

À sa première saison dans la Ligue canadienne de football, Greg Reid (à droite) est déjà reconnu pour ses percutants coups d’épaule.

« En fin de compte, je n’étais pas d’accord avec le plan qu’Urban Meyer [l’entraîneur des Gators] avait en tête pour moi, car je voulais jouer dès le départ. L’autre facteur, c’est que les Gators étaient déjà au sommet de la NCAA. Je préférais me joindre à une équipe qui cherchait plutôt à y accéder, et c’était le cas des Seminoles. »

En trois saisons, Reid a totalisé sept interceptions et a mené la NCAA au chapitre de la moyenne de verges par retour de botté de dégagement en 2009. On n’exagère pas en disant qu’il était une étoile chez les Seminoles et dans la NCAA.

« L’ambiance à Tallahassee [où jouent les Seminoles] était incroyable. C’était très impressionnant de disputer des matchs devant 80 000 spectateurs. »

Renvoyé des Seminoles

La belle aventure de Reid chez les Seminoles s’est abruptement terminée en 2012 à l’aube de sa quatrième saison. Une histoire de marijuana. C’était la troisième fois qu’il se faisait réprimander par l’université pour possession de cannabis.

« Si je vous racontais le détail de ce qui a mené à mon expulsion, vous n’en croiriez pas vos oreilles. »

J’ai passé trois ans avec les Seminoles et j’étais convaincu qu’on gagnerait le championnat national en 2012. C’était devenu ma famille. Alors d’avoir été renvoyé pour quelque chose qui vous vaut une tape sur les doigts de nos jours, ça n’a pas été facile à digérer.

Greg Reid

Après son renvoi de Florida State, Reid s’est déchiré le ligament croisé antérieur d’un genou. Puis celui de l’autre genou peu de temps après. La façon dont s’est terminée sa carrière à Florida State et les blessures ont fort probablement empêché Reid d’être un choix de deuxième ou de troisième tour au repêchage de la NFL.

Reid a obtenu un essai avec les Rams, qui jouaient encore à St. Louis en 2014, et a fait bonne impression auprès de l’entraîneur-chef, Jeff Fisher. Mais il a fait partie des dernières coupes avant l’amorce de la saison. « J’ai été très surpris. Je sentais que j’avais mérité ma place durant le camp. »

C’est de cette façon que le rêve de jouer dans la NFL s’est envolé. Reid n’a plus jamais obtenu d’invitation ou d’essai de l’une des 32 équipes.

Son frère abattu

En 2015, Reid a amorcé sa carrière professionnelle dans l’Arena Football League sur les chapeaux de roues. Il a été nommé recrue par excellence de la ligue alors qu’il jouait pour les Sharks de Jacksonville.

C’est également cette année-là que Travis, l’un des quatre frères de Reid, a été tué par balle dans une affaire de vol de drogue. « Il était tout simplement au mauvais endroit au mauvais moment. Il n’était pas impliqué dans les gangs de rue du tout. C’est ce qui rend sa mort si tragique. »

Greg et Travis, âgé de 28 ans au moment de sa mort, étaient nés du même père, mais de mères différentes. Même s’ils n’habitaient pas sous le même toit, les frères étaient proches.

« Travis vivait en Floride, alors que j’habitais en Géorgie. Je sais qu’il avait beaucoup de responsabilités et qu’il prenait soin de sa mère et de ses autres frères du mieux qu’il le pouvait. C’était quelqu’un de très calme et humble. Ma famille et moi sommes encore bouleversés par sa mort. »

Même s’il n’est pour rien dans la mort de son frère, Reid ressent de la culpabilité. Il estime que tout aurait pu être différent s’il avait fait carrière dans la NFL et signé un riche contrat.

« Si j’avais atteint les objectifs que je m’étais fixés, l’histoire aurait pu être fort différente. Tout ce que je souhaitais, c’était de pouvoir offrir une meilleure vie à ma famille. »

Ma carrière a été grandement touchée par ce qui s’est passé à Florida State. Je ne veux plus jamais qu’une autre personne puisse décider de mon sort, alors je m’assure de toujours prendre les bonnes décisions maintenant. J’ai appris ma leçon.

Greg Reid

Heureux à Montréal

En plus de la mort de son frère, Reid a dû composer avec un père toxicomane, actuellement détenu en Caroline du Sud.

« Mon père a fait des choses regrettables, mais est foncièrement une bonne personne. Il est très aimant. Il a fait des erreurs parce qu’il consommait des drogues dures, et c’est à cause de la drogue qu’il est en prison. On communique tous les jours, et il va beaucoup mieux à présent. »

Reid a perdu l’un de ses frères dans une mort évitable. Son père est dans un pénitencier. Et son rêve de jouer dans la NFL a essentiellement pris fin à cause d’une banale histoire de pot et parce qu’il s’était déchiré les deux genoux. Beaucoup auraient abandonné en cours de route.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

En plus de ses 67 plaqués cette saison, Greg Reid a réussi trois interceptions et un sac, a forcé un échappé et en a récupéré un autre.

Mais à 29 ans, Reid croit enfin avoir trouvé le bon endroit et la bonne équipe pour lui. Joueur d’importance chez les Alouettes, il se plaît professionnellement, de même que dans le Vieux-Montréal, où il habite.

« J’ai grandi dans un milieu rural, alors c’est nouveau pour moi. Je n’ai jamais habité dans une aussi grande ville que Montréal. C’est très agréable, surtout qu’on n’a pas à se soucier de la violence liée aux armes à feu. Je me sens bien et en sécurité ici. »

Reid n’a pas de contrat en poche en vue de 2020. De la façon dont il a joué cette saison, il sera courtisé par plusieurs équipes s’il obtient son autonomie en février.

« Je ne veux pas jouer ailleurs qu’à Montréal. Cette ville et les partisans méritent d’avoir une équipe excitante et gagnante. Je veux aider cette organisation à remporter des championnats. Je veux donner le meilleur de moi-même. »

À suivre lors du match d’aujourd’hui

Éviter les blessures

La rencontre de cet après-midi au stade Percival-Molson entre les Alouettes et les Tiger-Cats de Hamilton n’aura aucune incidence sur le classement. Ce que les deux équipes souhaitent probablement le plus, c’est d’éviter les blessures. Khari Jones a d’ailleurs confirmé, hier, que William Stanback, DeVier Posey, Henoc Muamba, Tommie Campbell et Mario Alford rateraient le match. On peut également s’attendre à ce que les deux équipes dévoilent très peu d’éléments stratégiques, puisqu’elles pourraient s’affronter en finale de l’Est dans trois semaines. « Khari va choisir les jeux comme il le fait normalement. On va faire ce qui nous a permis de remporter des matchs jusqu’à maintenant », a soutenu le quart Vernon Adams fils.

Objectifs individuels

Le receveur Eugene Lewis n’est plus qu’à 17 verges du plateau des 1000, tandis qu’il manque 326 verges par la passe à Vernon Adams fils pour atteindre le cap des 4000. Adams fils amorcera le match d’aujourd’hui et n’a pas caché qu’il espère finir la saison avec 4000 verges ou plus. « Bien sûr que c’est l’un de mes objectifs personnels. Mais je ne tiens pas nécessairement à l’accomplir dès cette semaine. » Les Alouettes joueront leur dernier match de la saison, vendredi prochain, à Ottawa. « [Adams fils] va peut-être jouer le match de [cet après-midi] en entier. Il y a plusieurs scénarios possibles, on verra comment les choses se dérouleront », a indiqué Jones.

Premier départ pour Lalama

Venu en relève comme secondeur du côté court lors d’un match face aux Stampeders de Calgary il y a trois semaines, D.J. Lalama s’était plutôt bien défendu. Le Canadien obtiendra cette fois son premier départ en carrière comme secondeur intérieur en remplacement d’Henoc Muamba. « Il y a de petites différences entre les deux postes, mais j’ai la chance de pouvoir compter sur Chris Ackie à mes côtés, ce qui m’aidera beaucoup », a noté Lalama. « Henoc aurait pu jouer, mais on a jugé qu’un repos lui serait bénéfique à ce stade de la saison », a expliqué Khari Jones. En donnant du temps de jeu à Lalama, les Alouettes lui permettront de gagner un minimum d’expérience comme secondeur intérieur, ce qui pourrait s’avérer une sage décision dans l’éventualité où Muamba se blesserait durant les éliminatoires.