Il y a eu Éric Lapointe, Clifford Starke, puis Vincenzo Guzzo. Trois hommes d’affaires québécois qui ont discuté avec les Alouettes de la possibilité d’acheter l’équipe, sans que le dossier se règle pour autant. Qui donc finira par se porter acquéreur de la franchise en très grande difficulté ?

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Même si personne de l’équipe ou de la Ligue canadienne ne l’a publiquement confirmé, les Alouettes sont à vendre. Comment pourrait-il en être autrement ? Si ce n’était pas le cas, quelqu’un aurait mis fin au cirque des conjectures et des rumeurs depuis un bon moment déjà.

Ce qui est moins clair, c’est la situation actuelle de l’équipe. Certaines personnes sont convaincues que la famille Wetenhall ne possède déjà plus la franchise, qui serait contrôlée par le commissaire Randy Ambrosie et la LCF. Or, Ambrosie a récemment dit que les Alouettes appartenaient toujours à Robert et Andrew Wetenhall. Les deux hommes détiennent (ou détenaient) des parts dans l’équipe, pas seulement le paternel, soit dit en passant.

Ce qui est indéniable dans le gâchis qu’est devenu ce feuilleton, c’est que les Alouettes et la ligue ont laissé empirer la situation en s’obstinant à ne pas donner l’heure juste aux partisans.

Ils ont laissé la porte grande ouverte aux conjectures et aux cancans, affaiblissant ainsi encore plus la marque des Alouettes.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Selon le commissaire de la Ligue canadienne de football, Andrew Wetenhall est encore copropriétaire des Alouettes de Montréal.

Qu’il s’agisse d’Ambrosie, d’Andrew Wetenhall, ou même du président du club, Patrick Boivin, quelqu’un devrait faire le point. Nul besoin d’exposer les menus détails, mais offrir quelques clarifications sur l’état actuel de la situation serait un minimum.

Ce n’est pas très vendeur de parler de ce qui se passe sur le terrain depuis quelques mois… Le mordu veut bien qu’on lui raconte la bataille au poste de garde à droite, mais l’amateur moyen ? L’intérêt est déjà limité lorsque les choses vont bien, alors imaginez quand on ne sait même plus à qui appartient le club qui a perdu 24 de ses 29 derniers matchs par-dessus le marché.

Une feuille de route

On s’entendra tous, le ou les prochains propriétaires des Alouettes doivent être des Québécois. Une telle bonne nouvelle ne suffirait cependant pas. Il est essentiel qu’une feuille de route réfléchie et soigneusement détaillée soit élaborée. Un bon plan, comme on dit.

Par exemple, procéder à des changements majeurs sur le plan du personnel des entraîneurs et des opérations football dans l’immédiat, ce serait courir à la catastrophe.

Le football est un animal différent. Ce n’est pas du hockey ou du soccer.

Avec les livres de jeux, la soixantaine de joueurs qui forment une équipe, et tous les éléments stratégiques, on ne peut pas tout changer du jour au lendemain sans en subir les conséquences.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Mike Sherman et Kavis Reed, respectivement entraîneur-chef et directeur général des Alouettes de Montréal

Un tel scénario conduirait presque assurément à une autre saison de trois ou quatre victoires, ce qui risquerait d’être le dernier clou dans le cercueil, que le propriétaire de l’équipe soit québécois, américain ou japonais.

Bien entendu, c’est peut-être le genre de saison qui attend l’équipe de toute façon. C’est bien vrai. Sauf que le cas échéant, le nouveau propriétaire ne se serait pas déjà débarrassé de sa carte maîtresse en mettant son propre monde en place en vue de 2020. Autrement dit, mieux vaut perdre en 2019 avec le groupe qui était déjà en place qu’avec les gens que le nouveau propriétaire aurait lui-même choisis.

De l’aide de la LCF

Le prochain propriétaire des Alouettes devra être patient et avoir une vision à long terme. Même si l’équipe recommence à gagner, il faudra minimalement quelques années pour redresser la situation.

Il devra également être prêt à encaisser des déficits substantiels pendant un certain temps. En faisant des calculs rapides, il est facile de conclure que les Alouettes perdent de 5 à 10 millions par année. Cette semaine, Michel Chabot, de Radio-Canada, a rapporté que l’équipe avait perdu approximativement 12 millions en 2018. Pas étonnant.

Si l’on mettait de l’ordre dans l’équipe et ses finances, tout en faisant preuve de créativité, le déficit pourrait probablement être coupé de moitié rapidement. Il est toutefois pratiquement acquis que le seuil de rentabilité ne pourra être atteint avant 2021 ou 2022 au plus tôt.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Randy Ambrosie, commissaire de la LCF

Et c’est notamment pour cette raison que la LCF doit aider les Alouettes — comme elle l’a fait avec les Argonauts dans le passé. La ligue a besoin de Montréal, comme elle a besoin de Toronto. Encore plus si elle a pour objectif de s’internationaliser.

En plus du soutien financier de la ligue pendant une certaine période de temps, le nouveau propriétaire des Alouettes devrait s’assurer d’obtenir la présentation d’un match de la Coupe Grey à Montréal. Les trois prochaines villes à accueillir l’événement ont déjà été choisies, alors novembre 2022 ferait parfaitement l’affaire.

Selon les rumeurs qui circulent, ce sont d’ailleurs la ligue et les autres équipes de la LCF qui paient actuellement les factures des Alouettes. Cela voudrait donc dire que les Wetenhall ne sont déjà plus les propriétaires.

Mais impossible de le savoir. Les Alouettes et la LCF préfèrent laisser la situation pourrir. Un minimum de transparence devrait pourtant être la première étape pour rebâtir la confiance des amateurs.