Ça y est, le coup de départ sera donné demain. Une nouvelle saison de la LCF commencera et huit clubs se livreront une bagarre titanesque pour l'obtention du prestigieux trophée de la Coupe Grey.

Matthieu Proulx, collaboration spéciale LA PRESSE

Le portrait final des séries éliminatoires n'est généralement pas connu avant la fin du mois d'octobre et les matchs de l'automne sont les plus déterminants pour plusieurs équipes. Mais les matchs de début de saison sont tout aussi importants. Il va sans dire qu'une victoire vaut toujours deux points, qu'elle soit acquise le 30 juin ou le 30 octobre!

Le début de la saison permet aux organisations de confirmer le choix des joueurs pris pendant la saison morte et les sélections, souvent difficiles, faites au camp d'entraînement. Il s'agit aussi de la première occasion d'évaluer la valeur et la justesse des modifications apportées aux cahiers de jeux pendant l'hiver.

Les équipes qui jouent bien dès le départ n'ont pas besoin de réviser leurs stratégies et leur personnel sur le terrain sur une base hebdomadaire. Ils n'ont qu'à «fignoler» légèrement afin de s'ajuster à chaque nouvel adversaire. Cette continuité au fil des matchs permet aux membres de l'organisation de se familiariser en profondeur avec le système et d'y devenir à l'aise. Sachant l'importance du synchronisme au football, cela devient extrêmement précieux! Surtout, le succès initial permet de développer confiance et respect entre coéquipiers et entraîneurs, deux aspects essentiels du sport d'équipe.

Le succès en début de campagne permet aussi au club de se distancer au classement et de jouir d'une plus grande marge de manoeuvre dès la mi-saison. Les meneurs de division peuvent choisir d'accorder un repos à un joueur fragile ou de garder secret une partie de leur cahier de jeux afin de surprendre les adversaires plus tard dans la saison.

À l'inverse, les organisations qui connaissent de la difficulté d'entrée de jeu doivent constamment modifier leur formation et leur système afin de trouver une solution gagnante. Les joueurs peinent alors à développer leur synchronisme et l'éventail de jeux disponibles est réduit. Cela donne des équipes plus prévisibles, constamment à la recherche d'une formule magique et incapables d'évoluer tant qu'elles ne trouveront pas de bases solides.

Depuis le début de l'ère Trestman, il y a trois ans, les Alouettes présentent une fiche cumulative de 13-5 lors des six premiers matchs de chaque saison. Plusieurs raisons expliquent ces départs sur les chapeaux de roues. Le camp d'entraînement est rigoureux autant dans les salles de réunion que sur le terrain: le tempo d'entraînement est tellement intense qu'à l'arrivée de la saison régulière, les joueurs ont déjà vécu le rythme frénétique des «vraies» rencontres. La continuité est une autre clé du succès. Plusieurs équipes se transforment annuellement en raison du mouvement de personnel dans la LCF et cela oblige à rebâtir une cohésion, rebâtir une vision et, finalement, rebâtir une équipe afin de mettre un club gagnant sur le terrain. À Montréal, le même noyau de joueurs et d'entraîneurs est présent depuis quelques années, ce qui permet de continuer sur la vague de succès des années précédentes.

C'est donc grâce à une rigueur irréprochable et à la stabilité de leur formation que les Alouettes connaissent généralement des départs canon. Les joueurs connaissent leur rôle, savent comment jouer l'un avec l'autre et sont à l'aise avec le système. Une phrase que j'ai entendue au sujet du Rouge et Or lors de mon séjour à l'Université Laval me paraît tout à fait adéquate pour les Alouettes des récentes années: «They don't rebuild, they reload!» (Ils ne rebâtissent pas, ils rechargent!)

Avec un camp d'entraînement plus long de quatre jours pour l'ensemble des équipes de la ligue et des entraînements hivernaux permis depuis l'an dernier, il sera intrigant de voir si les autres clubs auront réussi à préparer leurs joueurs aussi efficacement que les Alouettes.