James Piccoli s’est donné un défi : grimper la voie Camillien-Houde 100 fois. Pour souligner l’endurance des travailleurs de la santé comme sa conjointe. Et pour amasser des fonds destinés aux établissements dans le besoin.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Quand James Piccoli dépose sa conjointe infirmière pour son quart de travail à l’Hôpital de Montréal pour enfants, il trouve ironique que ce soit lui qui soit considéré comme un athlète d’endurance.

« Elle travaille 12 heures par jour et moi, je suis fatigué après avoir roulé 6 heures », note le cycliste professionnel de 28 ans, joint après le deuxième de ses trois entraînements, mercredi après-midi.

Pour rendre hommage aux travailleurs de la santé comme sa blonde Kristen, et pour contribuer à sa façon à leurs efforts en cette crise de la COVID-19, il s’est donc lancé un défi : grimper la voie Camillien-Houde, sur le mont Royal, le plus de fois possible pendant 12 heures.

Avec cette initiative, annoncée il y a deux jours, Piccoli amasse des fonds pour procurer de l’équipement de protection et des produits nettoyants et désinfectants aux établissements (CHSLD, hôpitaux, centres d’accueil pour sans-abri) qui en auront besoin.

L’idée est venue d’un ami cycliste, Michael Pinto, vice-président opérations et projets spéciaux de Groupe Laudie, une entreprise montréalaise de produits de nettoyage biodégradables. En plus de 20 caisses de son propre concentré de savon et d’assainissant à mains, déjà utilisés en milieu hospitalier, celle-ci remettra 1000 masques jetables et 100 masques N95. Toutes les sommes recueillies serviront à acheter au prix coûtant du matériel additionnel à donner.

Piccoli a été interpellé, d’autant que sa conjointe pourrait être dépêchée dans un autre centre hospitalier dans les prochaines semaines, alors que l'enjeu des équipements de protection a soulevé des inquiétudes.

C’est vraiment une situation assez extrême. Si je peux aider d’une façon ou de l’autre en tant que cycliste, c’est la moindre des choses.

James Piccoli

L’objectif initial de 3000 $ a été dépassé en moins de 24 heures sur la page de financement participatif de l’évènement. Le président de Groupe Laudie, David Pinto, a personnellement donné 1000 $. Jeudi après-midi, plus de 6600 $ avaient été récoltés.

Enchanté de cet engouement, Piccoli a donc décidé de pousser la note un peu plus : il tentera de monter Camillien-Houde (1,8 km à 8 %) à 100 reprises. Il calcule que ça lui prendra environ 16 heures.

« Je ferai mes heures supplémentaires comme les médecins et les infirmières. Je n’ai aucune raison de faire 100 montées, à part comme défi personnel. Je veux montrer aux gens qu’un défi comme ça, les médecins et les infirmières en relèvent tous les jours pour nous. Pourtant, ils ne sont pas perçus comme des héros. Je veux mettre ça en perspective. »

Piccoli préfère ne pas divulguer la date de son défi, craignant un petit attroupement. Il s’élancera dans les deux prochaines semaines. « J’aimerais ça rouler avec le monde. Les gens souhaitent être avec moi pour m’encourager, mais on veut éviter qu’un groupe se forme, ce qui ne serait pas dans l’esprit du confinement. »

360 km en selle

En 2017, Marie-Claude Dumais, une infirmière montréalaise, avait mis 32 heures pour gravir 80 fois la voie Camillien-Houde dans le cadre du « Défi Everesting », qui consiste à franchir un dénivelé équivalent à celui du mont Everest (8848 m). Elle amassait des fonds pour la lutte contre le cancer de la prostate.

« Dans mon cas, ce sera un Everesting et un tiers », calcule Piccoli, qui se rendra à 11 900 m si tout se passe comme prévu, pour un total de quelque 360 km en selle. « On est habitués à repousser nos limites en course ou à l’entraînement, mais jamais comme ça. On espère que le corps va m’amener jusqu’au bout, mais je pense que je peux le faire. »

Au dernier Grand Prix cycliste de Montréal, en septembre, Piccoli avait monté Camillien-Houde 18 fois, se classant 86e après avoir été victime d’un ennui mécanique.

Le mois suivant, le converti tardif au cyclisme de compétition a signé un contrat professionnel avec l’équipe Israel Start-Up Nation, ce qui l’a propulsé cette année sur le WorldTour, circuit le plus relevé de l’Union cycliste internationale.

PHOTO TIRÉE D’INSTAGRAM

James Piccoli défend les couleurs de l’équipe Israel Start-Up Nation.

Le natif de Mont-Royal n’a disputé que trois courses en Australie avant la suspension de la saison, terminant huitième d’une étape au Jayco Herald Sun Tour. Il se préparait pour des épreuves en Espagne en prévision d’un départ au Giro, qui aurait été son premier grand tour.

Il attend patiemment la suite en pédalant presque exclusivement sur le circuit du mont Royal, son terrain d’entraînement habituel. « Je suis le gars le plus chanceux au monde. Je n’ai pas de problème, je roule à longueur de journée, je suis payé pour ça, j’ai une équipe qui m’appuie, alors que beaucoup de gens souffrent. »

Retour aux sources
Pour James Piccoli, rouler pour une bonne cause est un peu un retour aux sources. À 13 ans, il a pris part à une randonnée caritative organisée par son père entre Toronto et Montréal. Il avait parcouru les 580 kilomètres en deux jours et demi… Le « 401 Bike Challenge » existe toujours. À ce jour, il a permis de récolter 2,4 millions pour les enfants atteints de cancer, leurs familles et les soignants aux hôpitaux de Montréal pour enfants et SickKids à Toronto. « Encore aujourd’hui, je dis que mes premiers 401 Bike Challenges sont les randonnées où j’ai le plus souffert dans ma vie. Après ça, les courses semblent faciles pour moi ! »