Le portrait est maintenant clair : à moins d’un imprévu, Primož Roglič va gagner le Tour de France. Son jeune compatriote slovène, Tadej Pogačar, va terminer deuxième. Et Miguel Ángel López va compléter un podium entièrement renouvelé, dimanche à Paris.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

« La bagarre n’est pas finie jusqu’à samedi soir », a cependant prévenu Hugo Houle, coéquipier du Colombien d’Astana.

En franchissant l’arrivée au 41e rang de la 18e étape, jeudi, à La Roche-sur-Foron (Haute-Savoie), le Québécois s’est retourné pour regarder le tableau où défilait le nouveau classement général.

Plus tôt dans l’épreuve, il avait entendu que Richie Porte (Trek) avait eu un ennui mécanique (crevaison) sur le chemin empierré au sommet du plateau des Glières. L’Australien de 35 ans a mené une lutte furieuse sur les 20 kilomètres suivants pour combler la quarantaine de secondes qu’il avait concédées au groupe maillot jaune en changeant de vélo.

Abonné à la malchance depuis ses débuts sur le Tour, Porte a pu souffler à 10 km de l’arrivée quand il a fait la jonction avec Roglič (Jumbo), Pogačar (UAE), Mikel Landa (Bahrain) et cie. Sa quatrième place au classement général était sauve.

Avec trois étapes à faire, Porte pointe à 1 min 39 s de López. L’écart est conséquent, « mais rien n’est encore joué » aux yeux de Houle. Le contre-la-montre de 36 km, qui se termine samedi par une ascension abrupte de six kilomètres vers la Planche des Belles Filles, peut réserver des surprises.

C’est une belle avance, on s’entend. C’est dur d’avoir plus d’une minute et demie sur le quatrième dans un grand tour comme ça. Mais je me méfie ; Richie a déjà fait de sacrés numéros. Trente-six kilomètres, deux minutes, tout peut arriver. Je ne dirais pas que l’affaire est dans le sac. Pour moi, il y a encore un risque.

Hugo Houle

« Évidemment, Miguel est très fort présentement, a poursuivi Houle. Ça finit dans une montée. Je pense donc qu’il va garder sa place sur le podium. Ce que je dis, c’est qu’il ne faut pas crier victoire trop vite. »

L’étape de jeudi a permis à López de consolider un peu plus sa position. Adam Yates (Mitchelton) et Rigoberto Urán (EF) ont tous les deux fléchi dans l’ascension du plateau des Glières, perdant deux minutes et demie à l’arrivée. Ils déboulent ainsi de deux rangs au général, où ils pointent dorénavant septième et huitième.

Ce sont les Espagnols Mikel Landa (5e) et Enric Mas (6e) qui ont en profité. Après son couac de la veille, alors que son coup de pédale s’est enrayé dans le col de la Loze, Landa (Bahrain) s’est repris en attaquant le premier dans les Glières.

Roglič impérial

Pogačar, 21 ans, s’est réessayé un peu plus haut, marqué chaque fois par un Roglič toujours aussi impérial, seul ou avec ses copains de Jumbo-Visma. À quelques kilomètres de l’arrivée, l’aîné a donné une petite tape amicale sur l’épaule de son cadet, comme pour sceller la fin du duel slovène.

Devant, la victoire d’étape était déjà acquise pour les Ineos Grenadiers. À force de tenter sa chance, l’écurie britannique a enfin compté. Et deux fois plutôt qu’une. Après s’être débarrassés du jeune Suisse Marc Hirschi (Sunweb), poussé à la faute dans une descente, et Pello Bilbao (Bahrain), largué dans les Glières, Michał Kwiatkowski et Richard Caparaz n’avaient plus qu’à s’entendre sur l’identité du vainqueur.

La journée en images

  • Après 19 étapes, le leader de l’équipe Astana, Miguel Ángel López (à droite), est bien installé en 3e place. Mais il reste trois étapes et il ne faut pas chanter victoire, estime son coéquipier Hugo Houle : « Je suis convaincu qu’il y aura de la course. »

    PHOTO KENZO TRIBOUILLARD, AGENCE FRANCE-PRESSE

    Après 19 étapes, le leader de l’équipe Astana, Miguel Ángel López (à droite), est bien installé en 3e place. Mais il reste trois étapes et il ne faut pas chanter victoire, estime son coéquipier Hugo Houle : « Je suis convaincu qu’il y aura de la course. »

  • Michał Kwiatkowski (à droite) a remporté la 18e étape du Tour de France, jeudi, à La Roche-sur-Foron, en Haute-Savoie. Le Polonais de l’équipe Ineos Grenadiers a franchi l’arrivée bras dessus bras dessous avec son coéquipier, l’Équatorien Richard Carapaz.

    PHOTO STÉPHANE MAHE, REUTERS

    Michał Kwiatkowski (à droite) a remporté la 18e étape du Tour de France, jeudi, à La Roche-sur-Foron, en Haute-Savoie. Le Polonais de l’équipe Ineos Grenadiers a franchi l’arrivée bras dessus bras dessous avec son coéquipier, l’Équatorien Richard Carapaz.

  • Champion du monde en 2014, Kwiatkowski, âgé de 30 ans, a finalement enlevé son premier succès d’étape sur le Tour, qu’il dispute cette année pour la septième fois de sa carrière.

    PHOTO ANNE-CHRISTINE POUJOULAT, ASSOCIATED PRESS

    Champion du monde en 2014, Kwiatkowski, âgé de 30 ans, a finalement enlevé son premier succès d’étape sur le Tour, qu’il dispute cette année pour la septième fois de sa carrière.

  • Sachant qu’il allait revêtir le maillot à pois du meilleur grimpeur grâce à sa performance de la journée, Carapaz a offert la victoire à son coéquipier, qui a contribué aux victoires passées de ses coéquipiers Chris Froome, Geraint Thomas et Egan Bernal.

    PHOTO STUART FRANKLIN, ASSOCIATED PRESS

    Sachant qu’il allait revêtir le maillot à pois du meilleur grimpeur grâce à sa performance de la journée, Carapaz a offert la victoire à son coéquipier, qui a contribué aux victoires passées de ses coéquipiers Chris Froome, Geraint Thomas et Egan Bernal.

  • Un peu après midi, 150 coureurs sont partis à l’assaut de l’étape finale dans les Alpes, vers La Roche-sur-Foron, la dernière manche en montagne hormis le contre-la-montre de samedi, à La Planche des Belles Filles.

    PHOTO KENZO TRIBOUILLARD, AGENCE FRANCE-PRESSE

    Un peu après midi, 150 coureurs sont partis à l’assaut de l’étape finale dans les Alpes, vers La Roche-sur-Foron, la dernière manche en montagne hormis le contre-la-montre de samedi, à La Planche des Belles Filles.

  • En plus des pentes brutales du col de la Loze, la journée était ponctuée de quatre copieuses ascensions : le Cormet de Roselend, les cols des Saisies et des Aravis et la montée du Plateau des Glières. Autant d’occasions ratées de faire plier le détenteur du maillot jaune.

    PHOTO KENZO TRIBOUILLARD, AGENCE FRANCE-PRESSE

    En plus des pentes brutales du col de la Loze, la journée était ponctuée de quatre copieuses ascensions : le Cormet de Roselend, les cols des Saisies et des Aravis et la montée du Plateau des Glières. Autant d’occasions ratées de faire plier le détenteur du maillot jaune.

  • À trois jours de l’arrivée à Paris, le Slovène Primož Roglič (au centre), a gardé intact son avantage de 57 secondes au classement général sur son compatriote Tadej Pogačar et le reste des poursuivants.

    PHOTO BENOIT TESSIER, REUTERS

    À trois jours de l’arrivée à Paris, le Slovène Primož Roglič (au centre), a gardé intact son avantage de 57 secondes au classement général sur son compatriote Tadej Pogačar et le reste des poursuivants.

  • Dans cette étape de 175 kilomètres, l’équipe britannique Ineos a obtenu son premier succès depuis le départ, son premier aussi dans une étape du Tour depuis la victoire de Geraint Thomas à L’Alpe d’Huez le 19 juillet 2018.

    PHOTO MARCO BERTORELLO, AGENCE FRANCE-PRESSE

    Dans cette étape de 175 kilomètres, l’équipe britannique Ineos a obtenu son premier succès depuis le départ, son premier aussi dans une étape du Tour depuis la victoire de Geraint Thomas à L’Alpe d’Huez le 19 juillet 2018.

  • Ce vendredi, la 19e étape s’adresse aux sprinteurs et aux baroudeurs, en conclusion des 166,5 kilomètres menant de Bourg-en-Bresse à Champagnole.

    PHOTO MARCO BERTORELLO, AGENCE FRANCE-PRESSE

    Ce vendredi, la 19e étape s’adresse aux sprinteurs et aux baroudeurs, en conclusion des 166,5 kilomètres menant de Bourg-en-Bresse à Champagnole.

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À l’attaque depuis trois jours, Carapaz, qui mettait la main sur le maillot à pois de meilleur grimpeur, a décidé de l’offrir à son valeureux équipier de luxe polonais. Kwiatkowski a donc ajouté une première étape du Tour à son palmarès déjà riche d’un titre mondial (2014), de Milan-San Remo, de l’Amstel Gold Race, de deux Strade Bianche, pour ne nommer qu’eux.

« Je n’oublierai jamais ça, c’est l’un des plus beaux moments que j’ai vécus dans le cyclisme », a déclaré Kwiatkowski, rentré sur la ligne bras dessus bras dessous avec Carapaz. Ineos sauve donc son Tour après l’abandon d’Egan Bernal, le vainqueur de l’an dernier.

En cette dernière étape de haute montagne, les Astana ont encore une fois parfaitement entouré López. Le gagnant de la veille a pu compter sur tous ses coéquipiers jusqu’à l’ultime difficulté.

On ne pouvait pas demander mieux ces deux derniers jours en termes de performance collective. On a répondu présent et Miguel a assuré.

Hugo Houle

Le cycliste de Sainte-Perpétue, toujours 47e au général, restera « à l’affût » pour l’étape de transition de vendredi, 166,5 km entre Bourg-en-Bresse et Champagnole. « Je n’ai pas encore étudié la largeur des routes et la direction des vents, mais je pense que les Bora avec Sagan sont capables de nous faire un final très dur. Je suis convaincu qu’il y aura de la course. »

Au contre-la-montre de samedi, ce ne sera pas jour de congé pour Houle, qui s’élancera en éclaireur pour López.

« J’ai déjà reçu le mot d’ordre : je devrai y aller à fond, surtout dans la partie plane, pour essayer de donner des repères à Miguel. Le responsable de la performance fait une modélisation du parcours, si on veut. En fonction de notre puissance, de notre poids, du vent, il est capable de calculer à quelle vitesse on va rouler. Comme j’ai certaines qualités contre la montre, c’est une façon pour lui de valider les données en temps réel et de déterminer la meilleure allure pour Miguel. »

Pas de chrono aux Mondiaux

Houle ne sait toujours pas s’il disputera les Mondiaux d’Imola, la semaine prochaine, ou le Tour d’Italie, dont le départ sera donné le 3 octobre. « C’est 50-50 », a indiqué l’athlète de 29 ans, qui s’attend à recevoir une décision de la part des dirigeants d’Astana d’ici la fin du Tour de France, dimanche. Une chose est certaine : il a déjà rayé le contre-la-montre des Championnats du monde, le 25 septembre, soit deux jours avant la course sur route. « Je vais me reposer chez moi quelques jours après le Tour. J’aurais peu de préparation pour le chrono. Je préfère me concentrer à 100 % sur la route et me donner au maximum pour épauler Michael Woods », a-t-il expliqué.