« Je ne suis pas d’accord avec l’état de ce pays. » Trois jours après la fusillade meurtrière survenue à Ulvade, au Texas, le gérant des Giants de San Francisco Gabe Kapler a indiqué qu’il ne se présenterait plus sur le terrain pour l’hymne national avant les matchs.

Publié le 27 mai
Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

« Je n’ai pas l’intention de me présenter pour l’hymne national tant que je ne me sens pas mieux avec la direction de notre pays », a-t-il dit aux médias, vendredi, avant le match des Giants contre les Reds de Cincinnati.

Un peu plus tôt dans la journée, Kapler a publié sur son blogue personnel Kaplifestyle un long texte intitulé « Home of the Brave ? » [La patrie des braves ?], dans lequel il explique en détail son ressenti et sa position face à la situation.

« La journée où 19 enfants et deux enseignants ont été tués, nous avons tenu un moment de silence dans des évènements sportifs partout au pays, puis nous avons joué l’hymne national, et nous avons continué nos vies », peut-on y lire.

Les joueurs, le personnel et les fans se sont levés pendant le moment de silence, pleurant les vies perdues, puis nous (moi y compris) avons continué à nous tenir debout, nous proclamant fièrement le pays des libres et la patrie des braves. Nous ne nous sommes pas arrêtés pour réfléchir à savoir si nous sommes réellement libres et courageux après cet horrible évènement. Nous nous sommes juste tenus au garde-à-vous.

Le gérant des Giants Gabe Kapler, sur son blogue

Dans son texte, Kapler explique ensuite que son père lui a appris à ne défendre le serment d’allégeance que quand il croit que son pays « représente bien son peuple ».

« Je ne pense pas que ça nous représente bien en ce moment », écrit-il.

Mercredi, avant l’affrontement entre les Giants et les Mets de New York, Kapler a écouté l’hommage aux victimes avant de retirer sa casquette et d’incliner sa tête au son de l’hymne national. Mais il aurait aimé agir, dit-il.

« Ma tête me disait de mettre un genou par terre, mais mon corps n’a pas écouté, écrit-il. Je voulais retourner à l’intérieur, mais j’ai figé. Je me suis senti comme un lâche. Je ne voulais pas attirer l’attention sur moi. je ne voulais pas la retirer aux victimes et aux familles. »

« Il y avait un match de baseball, un band rock, les lumières, l’apparat. Je savais que des milliers de personnes utilisaient ce match pour fuir les horreurs du monde pour un instant. Je savais que des milliers ne comprendraient pas le geste et le prendraient comme une offense envers les militaires, les vétérans et eux-mêmes. »

« Mais je ne suis pas d’accord avec l’état de ce pays. J’aurais aimé ne pas avoir laissé mon inconfort compromettre mon intégrité. J’aurais aimé mettre en application ce que j’ai appris de mon père, que lorsque vous n’êtes pas satisfait de votre pays, vous le faites savoir par la protestation. La patrie des braves devrait encourager ça », conclut-il.

Kapler n’est pas la première figure sportive à se faire entendre à la suite de la fusillade survenue à l’école primaire Robb. L’entraîneur des Warriors de Golden State, Steve Kerr, a notamment livré un puissant plaidoyer pour la régulation des armes à feu, mercredi, avant le 4e match de la finale de conférence Ouest dans la NBA.