Personne n’aime faire et défaire des boîtes. Plus que quiconque, le hockeyeur Brent Ashton, échangé neuf fois, se serait sans doute passé de quelques-uns de ces déplacements.

Publié le 17 avril
Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

Mais dans le sport professionnel, cela a été démontré à maintes reprises, les déménagements peuvent lancer ou relancer des carrières.

À la fin du mois de juillet dernier, le Québécois Abraham Toro a vécu l’expérience pour la première fois, alors qu’il est passé des Astros de Houston, débordants de talents, aux Mariners de Seattle, où les chances de consolider sa place dans les majeures apparaissaient nettement plus intéressantes.

D’ailleurs, en entretien avec notre collègue Jean-François Téotonio un mois avant la transaction, Marc Griffin avait – de façon prémonitoire – évoqué l’idée qu’un changement d’air pourrait se révéler salvateur pour le Québécois.

« Jamais Abraham ne va demander ça et il ne l’a jamais demandé non plus. Mais pour moi, il a trop de talent pour qu’il puisse rester coincé soit dans le AAA, soit comme réserviste dans les ligues majeures », avait affirmé l’analyste à RDS.

En 60 matchs avec les Mariners l’an dernier, le Longueuillois a frappé pour ,252, avec 11 doubles, 5 circuits et 26 points produits.

Et il vient de connaître un fort camp d’entraînement, qu’il a conclu avec une moyenne au bâton de ,364.

Des explications ? « Le déclic, honnêtement, c’est juste de jouer tous les jours. C’est plus facile de faire les ajustements et de se sentir à l’aise, surtout au bâton », soutient Abraham Toro, en entretien avec La Presse jeudi matin, quelques heures avant le match des siens contre les White Sox, à Chicago.

Le fait de me faire échanger a vraiment été une belle opportunité pour ma carrière.

Abraham Toro

Au moment de l’entrevue, par contre, l’heureuse séquence à la plaque ne s’était pas transportée de la Ligue des cactus au calendrier régulier. À ses quatre premiers matchs, le frappeur ambidextre n’avait récolté qu’un coup sûr en 16 présences au bâton. Aucune inquiétude dans la voix à ce sujet, cela dit.

« C’est juste une question de petits ajustements, de timing qui n’est pas encore où je veux », assure Toro, dont le surnom « Bull » a fait son chemin jusqu’à Seattle.

Il n’a pas joué lors des deux matchs suivants. Puis, samedi soir, il a été blanchi en trois présences au bâton contre les Astros de Houston, alors qu’il évoluait au troisième coussin.

« Notre Ben Zobrist »

Maintenant qu’il n’est plus bloqué derrière la kyrielle de gros noms des Astros, Abraham Toro a la sensation d’avoir pris son envol.

« Oui, je dirais que je suis établi, mais je ne veux pas non plus être trop à l’aise. Il faut continuer à travailler aussi fort qu’au premier match parce qu’il y a toujours quelqu’un derrière qui veut ton poste. »

PHOTO CHARLIE RIEDEL, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Abraham Toro félicite son coéquipier J. P. Crawford durant un match préparatoire des Mariners de Seattle, le 28 mars dernier.

De l’extérieur, les acquisitions du deuxième but Adam Frazier et du troisième but Eugenio Suárez semblaient de mauvais augure pour le seul Québécois dans les ligues majeures, si l’on fait abstraction de Vladimir Guerrero fils, né à Montréal.

Mais au camp d’entraînement, le directeur général Jerry Dipoto a ouvert son jeu en indiquant ce qu’il souhaitait d’Abraham Toro.

« Nous espérons qu’il pourra devenir notre Ben Zobrist », a-t-il fait savoir.

Zobrist, joueur le plus souvent cité dès qu’il est question de polyvalence sur un terrain de baseball, a notamment été nommé joueur le plus utile à son équipe lors de la conquête de la Série mondiale des Cubs de Chicago en 2016. Bref, une comparaison flatteuse… qui comporte une certaine dose de pression. Toro ne voit pas la chose de cet œil.

Ça montre seulement que l’équipe a beaucoup d’attentes envers moi, qu’elle pense que je suis une pièce utile pour l’équipe. C’est un challenge que je suis prêt à relever, de jouer à toutes les positions pour jouer le plus possible.

Abraham Toro

La saison dernière, avec Houston, il n’avait pratiquement évolué qu’au troisième but. Puis avec Seattle, exclusivement au deuxième but, poste qu’il avait quelque peu occupé précédemment dans les rangs mineurs.

Au camp d’entraînement, cette année, il a joué aux trois coussins et au champ gauche. Jamais on ne l’avait promené à ce point au printemps, dit-il, mais il en avait été avisé.

Si les attentes placées en Toro sont grandes, elles le sont également envers l’équipe entière. En 2021, les Mariners étaient passés à un cheveu de se classer comme wild card au terme d’une saison de 90 victoires.

Avec les différentes acquisitions, dont celle du lanceur gaucher Robbie Ray, lauréat du trophée Cy Young dans l’Américaine l’an dernier, le mot « playoff » revient régulièrement dans les conversations à Seattle.

Leur dernière présence ? Après une récolte de 116 victoires, en 2001. Une odyssée qui avait pris fin contre les Yankees de New York en série de championnat.

Lisez « Les Mariners espèrent que Toro sera leur Zobrist » (en anglais)

En savoir plus

  • 89
    Abraham Toro est réputé pour faire contact. Il s’est classé dans le 89e percentile tant pour les prises sur élan que pour les retraits au bâton la saison dernière.
    SOURCE : MLB