C’est par courriel, par un simple courriel, que Claude Raymond a appris la mort de Hank Aaron vendredi matin.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Il ne l’avait pas vu depuis une mèche, probablement depuis une vingtaine d’années selon ses souvenirs, mais la nouvelle lui a quand même fait mal. « Ç’a été une grosse surprise d’apprendre ça… lui, c’était un chum », résume-t-il.

Pour plusieurs, Claude Raymond a été avant tout analyste aux matchs des Expos, mais avant ça, il a été lanceur au baseball majeur, et c’est dans cet univers, à Milwaukee et à Atlanta, qu’il a croisé le chemin d’Aaron dans les années 1960.

« Mais je le connaissais depuis 1956, s’empresse-t-il d’ajouter au bout du fil. J’avais lancé une pratique au bâton pour les Braves à Milwaukee et lui, il était déjà là, après avoir joué dans d’autres ligues avant ça. C’était un gars tellement simple, humain. Un chic type. »

Hank Aaron a marqué le baseball majeur pour une foule de raisons, et avant tout en raison de son 715e coup de circuit réussi en 1974, celui qui lui avait alors permis de battre le célèbre record du non moins célèbre Babe Ruth. Mais Claude Raymond ne retient pas ça en premier.

PHOTO JOE HOLLOWAY, JR., ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Hank Aaron a frappé son 715e circuit en carrière au Atlanta Stadium, le 8 avril 1974, battant le record de Babe Ruth.

« C’est probablement ce qu’il a vécu que je retiens… quand c’est arrivé en 1974, il était rendu à recevoir des milliers de lettres de menaces chaque semaine, de la part de gens qui ne voulaient pas le voir battre le record de Babe Ruth. Je me souviens qu’il devait changer d’hôtel, changer de nom aussi en arrivant à la réception.

J’ai joué avec lui durant six saisons, trois à Milwaukee et trois à Atlanta. C’était dans le temps où la ségrégation existait encore. Les joueurs, souvent, on l’attendait pour aller souper avec lui, mais je me souviens des fois à St. Louis, à Houston, où il ne pouvait pas rester au même hôtel que nous, parce que c’était comme ça, alors il devait aller rester dans un quartier où la population afro-américaine était située.

Claude Raymond, ancien joueur de la MLB

« Des fois, on se plaçait sur son chemin pour qu’il ne sorte pas de notre hôtel, mais lui, il ne se plaignait pas. Il était comme ça, un introverti. Il gardait tout à l’intérieur de lui », ajoute-t-il.

Claude Raymond se souvient aussi d’un joueur de premier plan, d’un athlète de premier plan, qui était du genre à courir toutes les balles depuis sa position au champ droit, et qui était capable de réussir à peu près n’importe quel tour de magie sur le terrain.

« Comme lanceur, quand tu vois un gars comme ça en regardant par-dessus ton épaule, ça te fait du bien ! Des fois, je pouvais effectuer un tir et je voyais la balle partir ensuite, après un contact avec le bâton du frappeur, et je me demandais si ça allait être un double ou un triple… mais je me retournais vers lui, et je voyais que la balle était déjà dans son gant ! »

Il avait tout un bras aussi, et il pouvait voler un but quand il le voulait, même s’il ne faisait pas ça si souvent.

Claude Raymond

Au fil du temps, le chemin des deux hommes les a menés dans des directions différentes ; Claude Raymond est longtemps resté dans l’entourage des Expos une fois sa carrière de joueur terminée, alors qu’Aaron, retraité du baseball depuis 1976, a été admis au Temple de la renommée en 1982, et a continué à travailler parmi les dirigeants des Braves à Atlanta par la suite.

Les deux hommes ne se voyaient que très peu souvent, mais Claude Raymond ne pouvait pas s’empêcher de sourire chaque fois qu’il entendait parler de son « chum », entre autres à l’été de 2007, quand Barry Bonds était à la poursuite de son record pour le nombre de coups de circuit dans une carrière.

« Dans mon livre à moi, c’est encore Hank qui a le record avec 755 circuits, tient à dire Claude Raymond. Parce qu’il a réussi ça sans avoir besoin de prendre des stéroïdes… Pour moi, ce n’est pas Barry Bonds le champion ; pour moi, le champion, ce sera toujours Hank Aaron. »