Il est rentré dans l’abri pour la dernière fois. L’ex-lanceur des Expos de Montréal Derek Aucoin est mort samedi soir à l’âge de 50 ans des suites d’un cancer du cerveau. Il laisse derrière lui le souvenir d’un cœur de géant.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

C’était durant le temps des Fêtes. Animateur d’une tribune téléphonique au 98,5 FM, Derek Aucoin discutait avec un auditeur durant une pause publicitaire. Il le sentait seul, morose. Sans hésiter, il a sorti sa carte de crédit et a fait livrer à l’adresse de l’homme un joyeux festin St-Hubert.

Des anecdotes comme celle-là, le journaliste sportif de l’agence QMI Benoît Rioux en a des tonnes. « Il était comme ça, Derek. Chaque fois qu’il rencontrait quelqu’un, il voulait que la personne se sente mieux après. C’était un homme tellement généreux », se remémore-t-il.

C’est sous sa plume qu’est parue Derek Aucoin : La tête haute, une biographie retraçant le parcours de ce lanceur des Expos devenu animateur de radio.

PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE L’HOMME

Le livre Derek Aucoin — La tête haute

Ce projet, les deux amis se le réservaient pour plus tard, pour leurs vieux jours, peut-être. Mais le diagnostic a accéléré les choses. C’était à l’été 2019 : un glioblastome multiforme, une forme de cancer du cerveau incurable.

« C’est sa femme qui lui a dit que ça serait peut-être le temps d’écrire sa biographie, se rappelle M. Rioux. Pour laisser un héritage à leur jeune fils, Dawson. »

A suivi un long processus d’écriture, à travers lequel M. Rioux en est arrivé à connaître son sujet mieux que personne au monde. « Derek m’appelait son catcher. Il me lançait plein d’histoires et je devais les attraper. »

Ce lancer célèbre, l’ancien joueur de baseball Marc Griffin s’en souvient avec une clarté infaillible. « Ça faisait POW quand le receveur attrapait la balle dans son gant », rigole-t-il. Il a partagé le terrain avec lui en 1993 dans les filiales des Expos de Montréal.

Après avoir joué dans les ligues mineures avec, entre autres, les Lynx d’Ottawa, Derek Aucoin a enfilé l’uniforme des Expos, avec lesquels il a disputé deux rencontres. En deux manches et deux tiers, il a permis un point et trois coups sûrs, avec un but sur balles et un retrait au bâton.

« On était si peu de Québécois qui réussissaient dans le baseball. Derek, il avait tout pour réussir. C’était un gars extraordinaire. »

Il garde le souvenir d’un excellent coéquipier, d’un géant qui imposait le respect par sa gentillesse et sa générosité. « C’était le premier à venir nous encourager. C’est un gars qui voulait que ses coéquipiers réussissent. »

Derrière le micro

Au tournant des années 2000, l’athlète étoile s’est dirigé vers l’animation. Michel Tremblay, aujourd’hui directeur des sports à la station 98,5 FM, a été le premier à lui offrir un micro, quelque part entre 2005 et 2006. « Je dis toujours que, pour embaucher quelqu’un, il faut que ce soit une bonne personne », explique-t-il.

Pour ce géant de 6 pi 8 po, son pif ne s’est pas trompé. « C’est un gars qui voulait s’améliorer tous les jours, qui écoutait ses émissions en playback pour être meilleur le lendemain. »

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Derek Aucoin à l’antenne du 98,5, en septembre 2017

Il a tenu la barre de ses chroniques sportives jusqu’à la toute fin, soit en juillet dernier, lorsque son état de santé est devenu trop instable pour continuer.

En parallèle de sa carrière sportive et médiatique, Derek Aucoin s’est impliqué dans le milieu communautaire. Il a organisé de nombreux encans et enseigné le baseball à des centaines d’enfants, au Canada comme aux États-Unis. Le 15 décembre dernier, il a d’ailleurs reçu la médaille de l’Assemblée nationale du Québec pour son implication sociale.

Dimanche, une litanie d’hommages sur les réseaux sociaux le célébrait.

Vivre, c’est donner

L’été dernier, Derek Aucoin a pu voir son fils de 8 ans, Dawson, frapper son premier coup de circuit sur le terrain de Boisbriand qui porte son nom. Un autre rêve de sa bucket list sur lequel il a pu tirer un trait, comme celui de lancer la balle à son fils au Central Park, racontait un article de La Presse en mars dernier.

Après un an et demi d’un long et douloureux combat, c’est au tour de sa famille de célébrer la vie de l’ex-lanceur.

« Il y a très peu de mots pour exprimer la douleur profonde et le chagrin qui nous habitent alors que notre beau Derek nous a quittés paisiblement entouré d’amour hier en début de soirée. […] Malgré ce cancer sans pitié, il vivait dans la gratitude du moment présent comme seul lui pouvait le faire », ont écrit dimanche sa femme Isabelle et son fils, dans un communiqué.

Gratitude. Si un mot pouvait le décrire, ce serait bien celui-là, évoque Benoît Rioux. « Une phrase importante pour Derek, c’était : vivre, c’est donner et quand tu donnes, tu reçois. C’est simple, mais c’était ça. Il se considérait encore comme l’homme le plus chanceux au monde, même après le diagnostic. »

Aujourd’hui, le titre de sa biographie résonne en lui plus que jamais. « Parce qu’il est là-haut maintenant. Parce que pour le voir, il faut lever la tête. Parce qu’il aurait voulu qu’on sourie aujourd’hui, qu’on garde la tête haute. »

Ils ont dit