(Montréal) Les amateurs des Expos se rappellent cette date chaque année : le 27 septembre 1992. De retour pour une ultime saison à Montréal, Gary Carter a frappé le 2092e et dernier coup sûr d’une carrière qui l’a mené jusqu’au Temple de la renommée.

Frédéric Daigle
La Presse canadienne

Les Expos accueillaient les Cubs de Chicago en ce dimanche après-midi de fin septembre. Leur fiche de 85-70 et l’occasion de voir jouer Carter une dernière fois au Stade olympique — les Expos allaient disputer leurs six derniers matchs à l’étranger — ont convaincu 41 802 personnes de se déplacer dans l’enceinte de l’avenue Pierre-De Coubertin.

Ils ne l’ont sûrement pas regretté, bien que jusqu’en septième, ce ne soit pas l’action offensive qui les a rivés à leur siège. Le vétéran Mike Morgan et la recrue Kent Bottenfield se sont livré tout un duel de lanceurs. Morgan, fort d’une fiche de 15-7, n’avait permis qu’un coup sûr après six manches et deux tiers, tandis que Bottenfield avait limité l’attaque des Cubs à trois coups sûrs en six manches.

En fin de septième, Carter, comme bien d’autres, avait été blanchi en deux présences. Larry Walker, qui frappait devant le receveur des Expos au quatrième rang du rôle, venait de soutier un but sur balles après deux retraits à Morgan.

Mais après deux lancers, Carter accusait déjà un retard de 0-2 et rien ne laissait présager qu’il allait mettre fin à sa carrière de façon mémorable. C’était bien mal juger l’aura qui a entouré « le Kid » tout au long de sa carrière.

Le receveur des Cubs, Rick Wilkins, s’est déplacé vers le coin extérieur du marbre pour le lancer suivant. Mais la rapide de Morgan a raté la cible : trop haute, elle s’est retrouvée près du centre du marbre.

Carter n’allait pas rater pareille offrande : le vétéran de 38 ans a alors étiré les bras et frappé une flèche au champ centre droit, qui est passée par-dessus la tête d’Andre Dawson, poussant Walker au marbre.

Rendu au deuxième sac, Carter, tout sourire, a levé les bras au ciel et poussé un grand cri de joie. Le gérant, Felipe Alou, lui a laissé savourer ce moment, avant d’envoyer le jeune Tim Laker le remplacer, les genoux de Carter ne lui permettant plus de courir à cette époque. C’est sous une longue ovation de la foule que Carter est rentré à l’abri, où il a enlacé chacun de ses coéquipiers.

« La foule ne cessait de l’applaudir ; personne ne voulait s’asseoir, s’est rappelée Sandy Carter, la veuve de Gary. Lui, il m’a cherchée des yeux et m’a soufflé un baiser ! Puis il a dit :’O. K., amenez le jeune maintenant !’ »

Carter a disputé 12 de ses 19 saisons avec les Expos, récoltant 1427 coups sûrs, dont 274 doubles et 220 circuits, qui ont produit 823 points. Échangé aux Mets en décembre 1984, il a aidé les New-Yorkais à remporter la Série mondiale de 1986.

Après cinq saisons dans la Grosse Pomme, il a joué une saison avec les Giants de San Francisco et une autre avec les Dodgers de Los Angeles avant de revenir pour son champ du cygne à Montréal.

En 2003, Carter est devenu le premier joueur des Expos admis au Temple de la renommée. Il y a été rejoint par Dawson (2010) et Tim Raines (2017) depuis. Il est décédé le 16 février 2012, d’un cancer du cerveau. Il était âgé de 57 ans.