(COOPERSTOWN) Les New-Yorkais sont fous de leurs Yankees. Ce week-end, les fans de baseball de cette mégapole de 26 millions d’habitants font un pèlerinage à Cooperstown, petit village de 1800 habitants du même État, pour célébrer l’intronisation de deux anciens Yankees, dont l’immensément populaire Mariano Rivera.

André Rivest André Rivest
La Presse

Le baseball est roi et maître à New York, le berceau de ce sport. Pour comprendre à quel point les Yankees sont adulés, pensez à la ferveur des fans du Canadien, multipliée par dix. Un joueur substitut fraîchement rappelé des mineures ne passe jamais inaperçu dans les rues de New York.

Forts de 27 championnats, 16 de plus que les Cardinals, leurs plus proches poursuivants, les Yankees ont vu 60 des leurs intronisés au Temple de la renommée du baseball. De loin la meilleure performance de toutes les organisations.

Tous n’ont pas le même statut : Ruth est un dieu. À sa droite trônent Gehrig, DiMaggio, Berra et Mantle. Pourtant, aucun d’entre eux n’a eu la distinction de faire l’unanimité chez les votants. Le petit nouveau, Mariano Rivera, oui. Le premier de l’histoire. Réservez un siège aux côtés de Ruth !

Pourtant le Panaméen n’a rien de flamboyant. Il n’utilise principalement que deux lancers, une rapide et une rapide coupée. En apparence, rien de compliqué pour les frappeurs, mais la motion de Rivera est identique pour ces deux lancers et le frappeur ne découvre qu’au dernier moment de quel lancer il s’agit. La rapide de Rivera frappe le coin intérieur du marbre pour un frappeur droitier, mais courbe dramatiquement vers le coin extérieur s’il s’agit de sa fameuse cutter.

Son élan ne semble pas lui demander de grands efforts et la vélocité de ses tirs n’a rien d’exceptionnel. Il ne lance presque jamais de rapides aux frappeurs gauchers, mais sa redoutable efficacité lui a permis de sauvegarder 652 parties — un record du baseball majeur — pour les Yankees, avec qui il a passé toute sa carrière.

Voyez la différence entre les lancers de Rivera

Facile de comprendre pourquoi une ville aussi friande de baseball se rue vers le Temple de la renommée pour célébrer cet irréprochable géant. Situé à quatre heures de route de New York, le petit village de Cooperstown reçoit cette marée de New-Yorkais avec sérénité. Jusqu’à 100 000 visiteurs sont attendus ; près du double de la moyenne habituelle, selon les porte-parole du Temple.

L’intronisation de joueurs des Yankees attire un nombre anormalement élevé de visiteurs, mais nous nous préparons toute l’année à ce moment. Il n’y en a jamais trop lorsque nous sommes bien préparés.

Tara Burke, directrice de la Chambre de commerce de Cooperstown

Avec six nouveaux intronisés, la cohorte de cette année est particulièrement riche, mais celle de l’an prochain comprendra un certain… Derek Jeter. La popularité de Jeter dépasse celle de Mariano River, plus réservé. Si Mariano Rivera est le prince de New York, Jeter en est le roi. Si vous avez le NY tatoué sur le cœur, réservez immédiatement votre place pour l’été prochain.

PHOTO DAVID J. PHILLIP, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Derek Jeter et Mariano Rivera ont remporté cinq séries mondiales ensemble, la dernière en 2009.

Vivre au rythme du baseball

Le Temple de la renommée est établi à Cooperstown depuis 1936 parce que le baseball est censé y avoir été inventé. L’histoire a prouvé que cette hypothèse était fausse, mais le Temple y était bien enraciné, aidé par l’argent de la famille Singer (celle des machines à coudre). La ville vit de baseball.

La rue principale est bordée de boutiques entièrement vouées au passe-temps national des Américains. Les commerçants profitent de cette manne en embauchant d’anciens joueurs des équipes des intronisés pour signer des autographes.

Les fans étaient agglutinés le long de la rue principale hier après-midi pour voir les Bench, Aaron et Guerrero défiler en décapotable lors du défilé annuel. Certains avaient installé leurs chaises pliantes depuis deux jours devant le Temple de la renommée.

Pour comprendre l’effet, imaginez une petite ville comme Rawdon où les amateurs de hockey verraient Wayne Gretzky, Bobby Orr et Patrick Roy déambuler en saluant la foule. Où chaque commerce vous permettrait de rencontrer un Anton Stastny ou un Stéphane Richer et que auriez le plaisir de prendre une bière alors que Raymond Bourque et Cam Neely sont à la table voisine. C’est un peu ça, Cooperstown. En version baseball.

Le Temple de la renommée du hockey, situé au centre-ville de Toronto, est très bien, mais n’offre malheureusement pas cette proximité avec les joueurs. Votons tous pour un déménagement du Temple à Rawdon ! On rêve de voir Brendan Shanaham perplexe devant une poutine…

Derrière le marbre

Le Panaméen Mariano Rivera est devenu le meilleur releveur de tous les temps lors de la saison 2011. Personne n’était mieux placé pour admirer ses exploits que son receveur, Russell Martin.

PHOTO DAVE KAUP, REUTERS

Mariano Rivera et Russell Martin, le 16 août 2011.

Neuvième manche à Seattle. Les Yankees mènent 3-2 et, comme d’habitude, l’entraîneur Joe Girardi dépêche le releveur Mariano Rivera au monticule pour sauvegarder la partie. Le rapide Ichiro Suzuki obtient un simple contre Rivera. Deux retraits, mais les Mariners menacent de créer l’égalité. Ichiro joue le tout pour le tout et tente de voler le deuxième but. Le bras canon du receveur Russell Martin lance une prise parfaite à Derek Jeter qui retire Suzuki en tentative de vol au deuxième but. Fin de la partie.

Ce 13 septembre 2011, Mariano Rivera devient le deuxième releveur à atteindre la marque des 600 parties sauvegardées.

Ce moment historique implique trois futurs membres du Temple de la renommée (Rivera, Jeter et Ichiro), mais le pivot de l’action est le receveur Russell Martin, diplômé de l’école secondaire Édouard-Montpetit dans l’est de Montréal.

L’aventure de Mariano et de Russell ne s’arrête pas là. Neuf jours plus tard, Rivera profite du passage des Twins du Minnesota au Yankee Stadium pour battre le record de 601 sauvetages de Trevor Hoffman, ancien releveur étoile des Padres de San Diego. Les Twins ne devaient même pas être là ; ils disputaient un match tampon inséré dans le calendrier pour reprendre une partie annulée à cause de la pluie. Ce match remis les aura fait passer à l’histoire.

En fin de huitième manche, les Yankees menaient par deux points et deux coureurs étaient sur les buts. Le dangereux Nick Swisher des Yankees se présente au bâton avec un seul retrait. Un point de plus et la présence de Rivera pour une partie sauvegardée ne serait plus nécessaire. Swisher frappe dans un double jeu et la foule explose de joie ! « Il m’a fallu un moment pour comprendre… Ç’a été le meilleur double jeu dans lequel j’ai frappé », a dit Swisher aux médias new-yorkais après le match.

Les premières notes d’Enter Sandman de Metallica (la pièce qui signale l’arrivée dans le match de Mariano Rivera) ont résonné dans le Yankee Stadium et les portes de l’enclos des releveurs se sont ouvertes pour laisser passer le maître, au grand plaisir de la foule.

Survoltés, les fans ont droit à du Mariano Rivera classique : simple et efficace. Il liquide rapidement les deux premiers frappeurs des Twins en alternant rapides et rapides coupées — les deux seuls lancers qu’il utilise —, puis le jeune Chris Parmelee se présente au bâton. Il fend l’air pour une troisième prise quand la rapide coupée de Mo (surnom de Rivera) fait « swooosh » dans le gant de Russell Martin, encore une fois derrière le marbre pour participer à cette marque historique.