La reprise du sport et des activités récréatives organisées se fera progressivement à partir du 26 mars. En zone rouge, les gyms et complexes sportifs pourront rouvrir leurs portes, mais seulement sous certaines conditions. Les activités sportives intérieures sans contact seront aussi permises, mais en nombre réduit.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« C’est une première phase de déconfinement et c’est un début. D’autres étapes suivront si tout se déroule bien. Le plus important est que nos jeunes pourront retrouver leurs coéquipiers », a annoncé la ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest.

En zone rouge, les activités extérieures « sans contact » demeureront permises pour un maximum de huit personnes, avec un entraîneur. Les gymnases et les complexes sportifs pourront ouvrir, incluant les centres de conditionnement physique, mais les entraînements devront être pratiqués individuellement, à deux ou en bulle familiale.

Les autorités précisent qu’un registre d’entraînement devra être tenu dans les centres d’entraînement. « Le fait de pouvoir s’entraîner en groupe va faire en sorte de pouvoir augmenter la motivation de plusieurs personnes », a rajouté Mme Charest.

Pour les municipalités en zone orange, des groupes de huit personnes pourront désormais pratiquer des activités à l’intérieur, avec un « encadrement obligatoire » afin d’assurer le respect des mesures sanitaires. Une douzaine de personnes seront aussi autorisées à l’extérieur, de la même manière.

Québec continue toutefois d’interdire les compétitions et les spectateurs pour le moment. Dans les écoles primaires et secondaires, les activités parascolaires pourront reprendre dès le 15 mars, tel qu’annoncé plus tôt par le premier ministre François Legault. « En zone rouge, ça restera comme tel pendant quelques semaines. Mais en zone orange, dès le 26 mars, le parascolaire interclasse sera de retour », a insisté la ministre Charest. Ainsi, un maximum de 12 élèves à l’extérieur, et huit à l’intérieur, seront autorisés.

« Il ne faut plus jamais que ça referme »

« Je suis tellement content pour le monde de Montréal, et pour nos jeunes. C’est vraiment une bonne nouvelle. Il ne faut plus que jamais que ça referme », lance le propriétaire du Méga Fitness Gym, Dan Marino. Situé à Québec, et donc en zone orange, l’entrepreneur a rouvert les portes de son établissement il y a quelques jours. Et tout se passe à merveille, selon lui. « Nos clients sont contents et ils sont respectueux. Ils sont habitués et capables de vivre avec les restrictions, le masque. En fait, ils font tellement attention, parce qu’ils ne veulent plus en être privés », raisonne M. Marino.

Il reste que cet optimisme n’est pas le même partout. À Montréal, la fondatrice des studios de yoga IDOLEM, Melody Benhamou, ne pourra reprendre ses activités. « Pour nous, ouvrir avec des bulles familiales, ce n’est pas réaliste. On ne fait que des cours en groupe », soulève-t-elle.

Le positif, c’est qu’on sait qu’on est les prochains. On se prépare donc déjà à notre réouverture. À mon avis, dans le prochain mois, on aura le feu vert.

Melody Benhamou, des studios de yoga IDOLEM

À l’Association québécoise des médecins du sport et de l’exercice, le Dr Luc De Garie accueille l’annonce de Québec en demi-teintes. « C’est une bonne nouvelle, mais ce n’est pas parfait. La Santé publique est terriblement frileuse. Au moins, on a une date et les gens peuvent se préparer à ce qui s’en vient », dit-il. « Je suis heureux que le gyms ouvrent. Mais c’est sûr que ça va prendre un encadrement important. Si quelqu’un est moindrement contagieux, par exemple sur un tapis roulant, ça va être une catastrophe, surtout si la ventilation n’est pas optimale », prévient par ailleurs le docteur.

Isaac Pépin, ce jeune footballeur de 16 ans de Québec qui est à l’origine de la manifestation du 7 mars dernier devant l’hôtel du Parlement, est lui aussi resté sur sa faim. « Je suis content qu’il y ait une ouverture pour la relance des sports, mais à huit seulement, je trouve ça décevant. Ce qu’on favorise, ce sont des sports d’équipe individuelle, comme la course ou le patin. On aurait pu en faire plus. Les jeunes veulent juste remettre leur équipement et avoir du fun », implore-t-il.

Une forme d’escalier, dit la Santé publique

Pour le Dr Richard Massé, conseiller médical stratégique à la Direction générale de la santé publique, rouvrir toutes les valves du sport aurait été un « risque significatif ». « Au fur et à mesure, on va certainement pouvoir élargir, a-t-il toutefois prévenu. Il y a des choses permises en zone orange qui vont devenir permises en zone rouge, comme une forme d’escalier. Mais il faut tenir compte de la situation épidémiologique. »

M. Massé, pour qui tout est ultimement une question de « balance du risque », soutient que la Santé publique pourra probablement être plus « permissive » à partir du mois de juin, au moment où une majorité de la population aura été vaccinée. « On est aussi dépendants des gens qui vont faire des activités de toutes sortes, parfois sans protocoles. Il y en a beaucoup qui font du sport dans la société civile, et qui ne sont pas nécessairement dans une organisation. Il faut absolument que les gens fassent attention », a-t-il rappelé.

Le député libéral de la circonscription de Marquette et ancien joueur de la Ligue nationale de hockey, Enrico Ciccone, aurait aimé voir un « vrai plan de relance ». « C’est ce qu’on nous avait annoncé, mais là, on parle simplement d’une annonce pour le 26 mars. On n’a pas de plan à moyen et long terme. Je suis conscient qu’on ne peut pas prévoir ce que le virus va faire, mais ça prend des critères plus clairs », fustige l’élu.

« J’aurais aimé entendre des mesures pour ramener les membres et les inscriptions. On en a perdu beaucoup. Comment on va soutenir ceux qui souffrent et ceux qui vont continuer de souffrir ? Ça fait partie de la relance », rajoute M. Ciccone.

Au Parti québécois, la porte-parole aux sports, Méganne Perry Mélançon, salue une « première phase de reprise des sports ». « J’espère que les directives aux fédérations et aux écoles seront claires afin que tous puissent bien les appliquer et les comprendre. Nous allons assurément continuer de suivre de près les prochaines annonces et réitérer l’importance du sport sur la santé physique et mentale », dit-elle.

Les spas rouvrent

La ministre du Tourisme, Caroline Proulx, a aussi annoncé vendredi que les pas pourront rouvrir dès le 15 mars en zone orange, et le 26 mars en zone rouge. La même règle s’appliquera pour les piscines des hôtels, qui avaient déploré l’incohérence de leur fermeture pendant la relâche scolaire.

Les installations intérieures et extérieures des spas pourront être ouvertes, tout comme les soins personnels, mais les consignes sanitaires devront être respectées. Il faudra aussi déterminer un maximum de clients, selon la capacité d’accueil.

« J’invite la clientèle à encourager ces entreprises en allant profiter d’un moment de détente tout en respectant les mesures. La collaboration de tous est nécessaire afin d’assurer une relance durable de leurs activités », a insisté la ministre Proulx.