Chaque semaine, les journalistes des Sports de La Presse répondent à une question dans le plaisir, et un peu aussi dans l’insolence

La Presse

Simon Drouin

Avant les concours de « monster trucks », le Supermotocross Laurentide a longtemps été un évènement phare au Stade olympique dans les années 1980. Probablement influencé par un ami, je suivais ça rigoureusement, même si je ne suis jamais passé près de chevaucher une telle bécane. Mon idole : Ross Pederson, qui gagnait tout le temps. À mon souvenir, La Presse en parlait en long et en large et je lisais aussi scrupuleusement le magazine promotionnel. J’ai assisté au moins une fois à l’évènement sous la toile orange du Stade, entouré de 50 000 spectateurs.

PHOTO JEAN-YVES LÉTOURNEAU, ARCHIVES LA PRESSE

Ross Pederson, champion de motocross

Je me rappelle que Pederson était canadien et c’est à peu près tout. Après une recherche Google, j’apprends qu’il est originaire de Medicine Hat, qu’il a aujourd’hui 60 ans, qu’il était surnommé « Rollerball » et qu’il a été le premier motocycliste élu au Temple de la renommée du sport automobile canadien. De 1980 à 1993, Pederson a remporté rien de moins que 42 championnats nationaux. Bref, il donnait la claque sur l’accélérateur. La pognez-vous ?

Richard Labbé

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE


Le gardien Steve Penney, alors qu’il évoluait avec le Canadien de Montréal.

Si on était un ado bien dans le vent au printemps de 1984, il n’y avait que deux hommes dignes de toute notre admiration : Eddie Van Halen et Steve Penney. Le premier était déjà très bien connu, mais le deuxième, alors jeune gardien obscur, s’était amené chez le CH en fin de saison, et avait connu ses 15 minutes de gloire ce printemps-là, portant le Canadien à lui seul jusqu’en finale de conférence. Ensuite, en raison de performances en dents de scie, il est un peu tombé dans l’oubli, et en 1985-1986, quand tout le monde ne jurait que par Doug Soetaert et un autre blanc-bec au masque tout blanc, Patrick Roy, je ne pouvais y croire. C’est comme si ce pauvre Penney n’existait plus. Mais moi, je ne voulais rien savoir : à mes yeux, il était de loin le meilleur gardien du Canadien, et si l’équipe allait avoir une chance, ça allait être avec lui devant le filet. Même en grande finale, je me disais que l’entraîneur Jean Perron allait sans doute surprendre tout le monde et envoyer Penney devant le filet. Mais ce n’est jamais arrivé, et mon héros soudainement très obscur a passé le printemps de 1986 à manger dans le buffet de la galerie de presse. Au moins, il aura eu une bague lui aussi.

Mathias Brunet

PHOTO PIERRE CÔTÉ, ARCHIVES LA PRESSE

Le gardien de but Steve Penney, dans l’uniforme du Tricolore

Steve Penney est apparu dans le paysage du Canadien en 1984 comme Jordan Binnington l’a fait à St. Louis il y a deux ans… la Coupe Stanley en moins. Penney a toutefois permis au CH de Jacques Lemaire d’atteindre de façon improbable le carré d’as… après la pire performance en saison régulière de l’équipe depuis 1950 ! Montréal était sur la pente descendante après ses heures de gloire dans les années 1970, les gardiens en arrachaient, quand cet obscur gardien des Generals de Flint, dans la Ligue internationale, le club-école… du club-école, a obtenu une chance avec l’équipe en désespoir de cause. Penney a appris le jour du premier match des séries éliminatoires qu’il serait le gardien titulaire. Le Canadien a éliminé les Bruins de Boston, troisièmes au classement général, puis les Nordiques de Québec, avant de subir l’élimination à la porte de la finale contre les puissants Islanders de New York, gagnants de la Coupe Stanley lors des quatre printemps précédents. L’humilité de Penney le rendait encore plus sympathique. Une semaine après les séries, le jeune homme de 23 ans retournait sur le camion de livraison de bières. Après cinq jours, son patron lui a fait comprendre que ça ne fonctionnerait plus : les livraisons étaient interminables parce que tous les commerçants l’arrêtaient dans sa tournée pour des photos et des autographes ! J’avais 15 ans, c’était l’époque où je rêvais de couvrir le Canadien pour La Presse, et je commençais déjà à rédiger des articles sur le CH pour me pratiquer ! J’illustrais même mes textes avec des dessins beaucoup moins réussis ! Son aventure dans la LNH n’a malheureusement pas duré très longtemps. Un certain Patrick Roy allait être repêché dans les semaines après ce printemps fantastique. L’interviewer quelques décennies plus tard, une fois mon objectif atteint, a été un bonheur à chaque occasion. Je ne manque jamais de lui rappeler à quel point il m’avait fait vibrer. Il doit en être las d’entendre toujours le même refrain usé !

Miguel Bujold

PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET HOCKEYDB

Per-Erik Eklund a joué pour les Flyers de Philadelphie de 1985 à 1994

Je suis devenu un partisan des Flyers de Philadelphie au printemps de 1985. Sauf erreur, c’était l’équipe la plus jeune de la LNH à cette époque. Le joueur étoile du club était Per-Eric « Pelle » Lindbergh, qui allait tragiquement se tuer au volant de sa Porsche quelques mois plus tard. La formation de Mike Keenan, qui s’était inclinée contre les Oilers d’Edmonton en finale, regorgeait de bons joueurs avec Lindbergh, Mark Howe, Brian Propp, Tim Kerr, Dave Poulin, Illka Sinisalo, Brad McCrimmon et Rick Tocchet, entre autres. Elle n’avait pas vraiment de faiblesse, mais les Oilers étaient dans le chemin. Les Flyers allaient perdre en finale pour la deuxième fois en trois ans contre Edmonton deux ans plus tard. C’est un an après que je suis devenu un partisan des Flyers que mon joueur préféré est arrivé à Philadelphie. Et curieusement, il se prénommait Per-Erik, lui aussi. « Pelle » Eklund était un joueur discret sur la patinoire, surtout dans une équipe qui privilégiait le jeu musclé. Le mot « idole » serait un peu fort, mais Eklund était le joueur que j’affectionnais le plus. À une époque où les matchs se terminaient souvent 7-5 ou 9-4, il n’a jamais marqué 25 buts ou inscrit 70 points au cours d’une saison, mais Eklund était souvent à son sommet dans les moments importants. Il avait d’ailleurs obtenu 27 points en 26 matchs lors des séries de 1987. À défaut d’avoir laissé une grande marque dans la LNH, le Suédois a marqué une bonne partie de ma jeunesse.

Frédérick Duchesneau

PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET DE LA LNH

Le gardien de but Daniel Berthiaume

Je dois admettre que j’étais plutôt mainstream. Mais quelques noms moins connus se sont insérés dans ma liste. J’étais gardien de but au hockey, du milieu des années 1980 jusqu’à ce qu’un manque de talent flagrant me pousse à la retraite en 1993. Ce qui me fait réaliser que j’ai sévi, presque précisément, de l’avant-dernière à la dernière Coupe Stanley du CH… Évidemment, l’idole avec un grand I était Patrick Roy. Mais d’autres gardiens attiraient mon attention. Le style papillon – qui transformera tous les futurs cerbères en énormes clones robotisés – en était à ses balbutiements. Et le « style » des portiers, justement, importait beaucoup pour les jeunes gardiens. À ce titre, Daniel Berthiaume, des Jets de Winnipeg, faisait clairement partie de mes préférés. Une grande carrière ? Non. Fiche de 81-90-21, moyenne de buts accordés de 3,67 et taux d’efficacité de ,878. À une époque, toutefois, où un taux de ,900 relevait du miracle. Et il était agréable à voir jouer. Darren Pang a également suscité ma curiosité. Dans la LNH malgré ses 5 pi 5, je me disais que j’avais peut-être une chance… Une illusion qui n’a pas mis de temps à s’évaporer !

Guillaume Lefrançois

Vous voulez une idole inconnue ? Je vais vous en donner une : Emmanuel Lamy. Ne le cherchez pas sur HockeyDB, ni même sur EliteProspects : j’ai fait l’exercice et je ne l’ai pas trouvé. Lamy jouait au plus haut niveau à Montréal-Nord. Était-ce junior A, junior B, junior BB ? Je l’ignore. Mais bon, c’était un assez bon niveau pour que l’équipe imprime sa photo d’équipe, qui était affichée quelque part dans ma chambre. Et puis un beau jour, une rencontre a été organisée avec les joueurs de cette équipe et celles – atomes, j’imagine – de l’association de hockey mineur à Montréal-Nord, joueurs qu’on ne connaissait pas vraiment à la base. J’avais donc demandé à Emmanuel Lamy de me signer l’intérieur d’un des protège-genou que je mettais sous mes jambières de gardien, et j’ai longtemps joué avec cette pièce d’équipement. Assez vite, l’autographe est devenu illisible, mais l’important, c’est que moi, je savais que c’était lui. La morale de l’histoire, pour les athlètes de tout niveau : ne sous-estimez jamais l’impact que vous pouvez avoir sur un enfant. Un simple autographe et de la gentillesse, ça compte pour beaucoup. La preuve : on s’en souvient encore, 30 ans plus tard. Merci encore, Emmanuel !

Simon-Olivier Lorange

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Le défenseur Francis Bouillon

Il n’était pas facile d’être un partisan du Canadien à la fin des années 1990. Mark Recchi était parti, Vincent Damphousse aussi. Craig Darby jouait plus souvent qu’à son tour sur un trio offensif… Les temps étaient durs. Mais en 1999, l’arrivée d’un défenseur de 5 pi 8 po (selon sa fiche officielle) a ravivé mon espoir en la vie. Dès ses premiers matchs à Montréal, Francis Bouillon est devenu mon joueur favori. Il faisait surtout sa marque par ses mises en échec fracassantes, assénées comme si de rien n’était à des joueurs faisant deux fois sa taille. Bien servi par son patinage fluide et par un centre de gravité qui semblait à ras la glace, il était une terreur à un contre un le long des bandes. Même lorsque le club s’est ressaisi et que des joueurs plus doués se sont joints à l’équipe, Bouillon est demeuré mon préféré, y compris en fin de carrière dans un rôle plus effacé. À mes yeux, il reste et restera le seul vrai n° 51 de cette équipe. Désolé, David Desharnais et Gustav Oloffson.

Michel Marois

PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET DE LA F1

Jochen Rindt célèbre après avoir remporté le Grand Prix d’Allemagne, en août 1970.

J’ai toujours aimé les sports, mais ma première passion a été le sport automobile. Au tournant des années 1970, au début de l’adolescence, avant l’internet et les réseaux spécialisés, ce n’était pourtant pas évident de suivre la F1 et les autres disciplines de niveau mondial. Nous avions commencé, mon frère et moi, à acheter le magazine français Sport Auto, mais les numéros arrivaient au Canada avec quelques mois de retard et nous étions un peu décalés sur l’actualité. Mon premier héros fut l’Autrichien Jochen Rindt, un pilote réputé pour sa témérité, et j’attendais chaque numéro du magazine pour lire les comptes rendus des Grands Prix. Malheureusement, Rindt était déjà mort au moment où j’ai commencé à suivre ses exploits. Il avait succombé à ses blessures après un accident à Monza. Son avance en tête du classement de la saison était toutefois importante et c’est à titre posthume qu’il est devenu à la fois Champion du monde et… mon premier héros.

Alexandre Pratt

PHOTO TIRÉE DU SITE DE LA MLB

Le lanceur Dave Righetti

Le lanceur Dave Righetti. Pourquoi ? C’est un peu flou. J’aimais les Yankees de New York. Righetti était une de leurs vedettes. En 1981, il avait été nommé recrue de l’année. En 1983, il avait réussi un match sans point ni coup sûr. Mais j’étais trop jeune pour apprécier ses exploits. Par contre, je me souviens très bien qu’en 1986, il avait battu le record de sauvetages du baseball majeur en une saison. Ça m’avait marqué. L’été suivant, sa photo se retrouvait sur la boîte des cartes O-Pee-Chee. La consécration. À partir de ce moment, mon admiration pour lui est devenue un peu obsessionnelle. J’avais même dessiné son portrait pour la une de l’unique édition du Baseball en Bref, magazine éphémère que j’avais vendu 25 sous à mes parents.