Pour le commun des mortels, la descente tiendrait du suicide: un vide de plusieurs mètres en plein bois avec, près de l'atterrissage, une vieille souche qui se dresse comme un éperon.

Stéphanie Morin
Stéphanie Morin LA PRESSE

Marie-France Roy, elle, n'hésite pas. Elle s'élance entre les sapins et, au beau milieu de son vol plané, effleure la souche enneigée de sa planche. Une chorégraphie parfaite.

 

Des voltiges du genre, la Québécoise de 24 ans en a plein son CV. Dans le monde de la planche à neige, elle fait figure d'icône. Elle est une des rares femmes à réussir une rotation de 900 degrés sur un saut: deux tours et demi entre ciel et terre...

Pas surprenant que son nom figure au générique de plusieurs films sportifs et dans les pages des magazines spécialisés. Jouer les casse-cou une planche aux pieds, c'est devenu son boulot de tous les jours.

Roy, qui réside aujourd'hui à Whistler, a appris son sport à la dure, à 11 ans, au Massif de la Petite-Rivière-Saint-François. «Je voulais suivre mes grands frères et ils étaient très téméraires», dit-elle.

À 15 ans, elle décide de s'inscrire à ses premières compétitions, sans grandes illusions. «C'était pour le plaisir; je croyais que je n'étais pas assez bonne.» Ses résultats lui prouvent le contraire. Elle a la piqûre. «J'étais au cégep et je n'avais pas d'argent. Je partais seule, vers 3h du matin, dans ma vieille Jetta brune baptisée «La Crotte» par mes amis. Je roulais toute la nuit jusqu'à Mont-Tremblant, je faisais la compétition et je revenais le jour même.»

«Il y a des moments où je me demandais ce que je faisais là, se rappelle Marie-France Roy. J'étais super gênée. Toutes les filles venaient de la région de Montréal, elles skiaient avec des vêtements flambant neufs. Moi, j'avais des vieux manteaux tout déchirés.»

Belle ironie: moins de 10 ans plus tard, la planchiste a dessiné sa propre ligne de vêtements, de concert avec son commanditaire principal, Oakley. «Avec le designer, j'ai choisi les couleurs, la coupe... C'était une super expérience.»

Quand elle n'est pas en train de jouer les modistes, c'est les deux bottes dans la poudreuse qu'elle passe le plus clair de son temps. Cet hiver, elle a un peu délaissé les parcs à neige pour le hors-piste. «C'est très exigeant. Il y a peu de filles qui en font, mais moi j'adore ça. On se lève vers 4h du matin, on part en motoneige pour trouver le meilleur endroit. On se pellette un saut pendant une heure ou deux, puis on descend!»

Autour de Whistler, le terrain de jeu est infini, mais dangereux. «Il faut être très prudent, à cause des avalanches. D'en haut, on ne voit souvent pas où on va atterrir. Tout ce qu'on voit, c'est un vide de 200 pieds! Sur vidéo, ça a toujours l'air facile. On ne réalise pas à quel point c'est difficile. Souvent, je fais dans mes culottes!»

En prévision du Shakedown du mont Saint-Sauveur, dont elle est la porte-parole cette année, elle s'est remise à pratiquer ses manoeuvres sur rampes et ses sauts. Certains aimeraient bien voir la Québécoise devenir la première femme à réussir un 1080 degrés (trois tours complets) sur un saut. Déjà, il y a deux ans, elle avait tenté l'exploit, mais la pluie et la mauvaise qualité de la rampe de lancement avaient fait avorter le projet.

Marie-France Roy, elle, s'en fiche un peu. «Ce n'est pas important, ce 1080 degrés. La planche, c'est plus que ce genre de truc: la créativité, le style importent aussi.»

Et à ce chapitre, Marie-France Roy a déjà prouvé qu'elle ne manque pas d'idées.

 

MARIE-FRANCE ROY

Date de naissance: 17 avril 1984 Lieu de naissance: Les Éboulements

Lieu de résidence: Whistler, C.-B.

RÉCOMPENSES

2005: première au Nikita Chikita Snowdown et au ASJ, dont la meilleure manoeuvre.

2008: planchiste (femme) de l'année, prix du public (femme) et meilleure vidéo féminine au gala TWS aux États-Unis.

2009: vidéo féminine de l'année et prix du public au TSW