J’ai un faible pour les gens qui font les choses différemment. Mais assise là, au milieu d’enfants qui me parlent de leur Cabane, je ne peux que m’incliner devant tant de créativité...

Publié le 29 mai

La Cabane est un espace créatif familial situé dans le quartier montréalais Rosemont–La Petite-Patrie. Dès samedi, le grand public pourra jouir des lieux conçus par le designer Bruno Braën (Pullman, Chasse et pêche, Moleskine) en contrepartie d’un abonnement annuel à prix modique...

Et je dirais que ça en vaut la peine.

Autour de moi : un module d’escalade, une glissade, un espace lecture en hauteur, une vaste cuisine adaptée aux enfants, une boule disco, une serre intérieure, des tables dont on peut ajuster la hauteur pour bricoler en famille avec des « kits créatifs » gratuits...

Tout invite les jeunes à apprendre en communauté.

« On a trois grands piliers d’action, m’explique la cofondatrice, Christine Renaud. La citoyenneté engagée, la création et les saines habitudes de vie, qui passent pour nous par le jardinage et la cuisine. »

La fin de semaine, tous seront invités à profiter d’ateliers tournant autour de ces thèmes ou encore à flâner sans encadrement. Juste pour le plaisir d’être là, ensemble.

En semaine, le lieu sera réservé à des enfants dont les parents sont responsables de l’éducation, puisqu’ils ont opté pour l’enseignement à la maison. Ou, comme on dit ici, « l’éducation en famille ».

En fait, tout le projet a commencé avec ça, il y a deux ans... À moins que ce ne soit il y a 20 ans ?

Je faisais mon bac en enseignement secondaire, en 2003. Un prof de philo nous a demandé : “Qui, ici, a envie de lancer son école ?” Je ne savais même pas qu’on pouvait être entrepreneure en éducation ! J’ai commencé à m’intéresser aux pédagogies alternatives...

Christine Renaud

Christine Renaud a ensuite fait une maîtrise en éducation à la Harvard Graduate School of Education, puis a déménagé à New York, où elle a créé un outil technologique qui favorise l’apprentissage collaboratif : Braindate. Un succès.

De retour au Québec, elle a lancé l’entreprise e180 en se disant que le jour où elle aurait des enfants, elle bâtirait leur espace de rêve... Puis est arrivée Nora.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Christine Renaud et Sophie Duchastel de Montrouge

La fille de Christine s’est rapidement fait une meilleure amie, à la garderie. Christine, elle, a eu un coup de cœur pour sa mère : Sophie Duchastel de Montrouge, restauratrice réputée et engagée.

« Elle est devenue ma sœur, ma partenaire. »

Sophie avait deux grandes filles qui avaient étudié au public. Bien qu’elle y reconnaisse plusieurs bienfaits, l’entrepreneure souhaitait alors s’impliquer davantage dans le parcours scolaire de sa petite dernière.

« Ça passe vite, l’enfance... Plus tu peux être là, plus c’est magique ! »

L’éducation en famille devenait une bonne option.

En 2020, les complices ont donc lancé la toute première mouture de La Cabane. Trois jours par semaine, 16 jeunes de 6 à 12 ans se réunissaient dans un ancien couvent avec des éducateurs prônant la pédagogie par défis.

Dans cette approche, les projets sont définis par les questions soulevées par les enfants, leur famille et les membres de la communauté. Par exemple, durant la pandémie, on se demandait comment assurer une Halloween sûre...

Un remue-méninges a permis aux jeunes de trouver une solution : et si on faisait un défilé de marionnettes géantes ?

Une scénariste et costumière du Cirque du Soleil a accepté de les accompagner. Les enfants ont dû écrire les grandes lignes du projet, conceptualiser le défilé et prendre des mesures (donc faire des mathématiques) avant de créer des monstres en papier mâché. Les résidants du quartier, eux, ont eu droit à tout un spectacle !

De la même manière, lorsqu’un enfant a dit vouloir en apprendre plus sur l’exploration du cosmos, c’est une étudiante qui fait son doctorat sur la médiation culturelle entre l’art et l’espace qui est venue renseigner les petits...

Il y a tout un village qui soutient La Cabane.

Maintenant qu’elles ont emménagé dans une bâtisse de 6000 pieds carrés, les entrepreneures pourront accueillir deux fois plus de jeunes qui pratiquent l’éducation en famille, au coût de 50 $ par jour (une aide fiscale peut être accordée comme pour les frais de garde).

Les parents, eux, pourront rester sur place pour télétravailler, participer aux activités, ou pourront simplement partir.

« Ça fait du bien d’avoir des moments pour soi », résume Sophie Duchastel de Montrouge, que je croise à l’atelier d’artisanat offert à l’étage.

Autour d’elle, une vingtaine d’enfants fabriquent des ojos de dios, des objets typiquement mexicains. C’est que chaque mois, ils s’intéressent à la culture de l’un des leurs. D’ailleurs, un repas communautaire a été préparé pour l’occasion.

Les tamales et la salade de chou qu’on m’offre sont exceptionnels. Des enfants ont aidé à faire ça ? Pour vrai ?

Le fait que ce soit Shelly Garinther (Olive et Gourmando, Rhubarbe) qui guide les ateliers culinaires y est probablement pour quelque chose...

C’est aussi elle qui s’occupera du menu de la station pique-nique qui permettra sous peu aux membres de grignoter et de prendre un verre. Les produits seront choisis avec une attention particulière à la culture biologique et locale. Même que certains auront poussé sur place ! Cet été, le stationnement du bâtiment sera transformé en jardin avec espace de jeux et biergarten...

Je profite du repas pour discuter avec les enfants.

Henri (9 ans) est avec Arjan (11 ans). Ils ont tous deux commencé les cours à la maison quand la COVID-19 a frappé. Avec La Cabane, ils ont découvert un modèle « vraiment le fun comparé à l’école », disent-ils d’un même souffle.

Arjan aime faire des rencontres. Henri, lui, est content de ne plus passer ses journées derrière un pupitre.

« On peut être libres », dit-il tout bonnement.

Je reçois sa phrase comme un petit coup.

Je n’avais jamais imaginé une enfance de la sorte. Ce modèle n’est certainement pas pour tout le monde, mais il existe, et je le trouve beau.

Puis, Christine Renaud m’achève en m’apprenant que l’équipe de La Cabane vient tout juste d’acheter une terre à Lawrenceville. Elle y créera une ferme éducative et des résidences d’artistes familiales, question de diversifier davantage les activités...

Coudonc, peut-être que je veux des bébés, finalement.

Consultez le site de La Cabane