Notre présence quasi constante à la maison imposée par le confinement ne laisse pas insensibles nos animaux de compagnie, ce qui jette divers enjeux dans nos pattes : du développement d’une dépendance excessive du chien à notre égard à la perturbation de la routine du chat, en passant par la socialisation du chiot rendue compliquée… Voici des conseils de spécialistes pour gérer la situation et des stratégies pour éduquer son compagnon à distance.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Pour les chiens (et même certains chats), le confinement ressemble à une bénédiction, avec un service câlins 24/7, des promenades en veux-tu en voilà et une présence continuelle de leur humain préféré. Mais attention, car ces bons moments pourraient être une bombe à retardement.

« Les chiens vont s’habituer à ce qu’on soit en tout temps avec eux pendant des semaines ou des mois, et quand le confinement sera terminé, ce sera l’apocalypse au niveau de l’anxiété de séparation », prévient la comportementaliste Simonne Raffa, fondatrice de l’école De Main De Maître. Les réactions de certains chiens pourraient aller d’un comportement destructeur à l’hypersalivation, voire à l’automutilation.

« On veut absolument éviter ça, il faut donc faire en sorte que le chien puisse avoir des périodes de solitude pendant le confinement », recommande Mme Raffa. Entre autres, elle conseille d’organiser des périodes d’absence des maîtres ou d’isoler l’animal, progressivement ; la solitude devant cependant être rendue agréable pour lui, on peut lui fournir des jouets garnis de nourriture, par exemple.

Il faudra également contrôler nos réponses à ses demandes d’attention, qui pourraient se multiplier pendant le télétravail, et même devenir un cercle vicieux si l’on réagit à tout coup. Pour Simonne Raffa, la prévention reste la meilleure option. « Il faut répondre à ses besoins, mais pas quand il a de mauvais comportements. Comme on occupe un enfant, il faut lui offrir de quoi le distraire en amont », suggère-t-elle, c’est-à-dire des jouets, des morceaux de nourriture cachés, des coussins, des os à ronger, bref, un environnement tout sauf ennuyeux.

Pour la comportementaliste Vanessa Paré, la crise est l’occasion parfaite pour pratiquer l’autocontrôle avec son chien. « On peut profiter des distances obligatoires pour l’entraîner à nous donner son attention pendant la marche plutôt qu’aux distractions dans l’environnement, comme les autres chiens », dit-elle. Tout ceci avec, bien sûr, des gâteries pour récompenser les bonnes attitudes. Pour contrer l’ennui, elle recommande aussi de préférer l’apprentissage de tours plutôt que les longues promenades.

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

La comportementaliste Vanessa Paré suggère de mettre à profit la période de distanciation sociale pour éduquer son chien, notamment lui enseigner le «focus».

Une génération « chiot-ronavirus » ?

Est particulièrement crucial le cas des chiots qui, faute de socialisation adéquate à cause du confinement, pourraient développer des problèmes de comportement ultérieurs. Pour Simonne Raffa, il est nécessaire de créer de bonnes associations, avec des récompenses quand il regarde des gens ou d’autres chiens au cours des promenades, quand des bruits environnants se produisent, ou lors des visites chez le vétérinaire. Lui présenter des environnements divers (forêts, ruelles, sentiers, etc.) est aussi une bonne idée.

À la maison, on pourrait recréer des ambiances ou des sons, faute de pouvoir les présenter en vrai. « On lui fait écouter des bruits sur YouTube, comme des camions ou des jappements de chiens, puis on lui donne des récompenses », propose Mme Raffa. Autres pistes : se déguiser de temps à autre, lui présenter des objets insolites, le faire marcher sur de nouvelles textures et, très important pendant le confinement, ménager des périodes de solitude agréables. Tout ceci devant être appliqué de façon douce et progressive.

Qu’est-ce que chat veut dire ?

Sous ses airs nonchalants, le chat ne vit pas forcément bien le fait que l’on passe soudainement beaucoup de temps à camper « chez lui ». Normal : il est très attaché à son environnement et à sa routine et on vient de briser ses repères. Daniel Filion, à la tête de l’Éduchateur, note par ailleurs une recrudescence des demandes de consultation depuis le confinement, concernant principalement des problèmes de litière, de miaulements nocturnes et de petites agressions. « Les trois sont explicables par la situation, son rythme de vie est changé. Et les problèmes risquent de se poser à nouveau quand on va retourner au travail », relève M. Filion.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE L’ÉDUCHATEUR

Daniel Filion, fondateur de l’Éduchateur, prévient que la routine du chat est fortement perturbée par le confinement. 

Dans les trois cas, il conseille d’instaurer une routine très stable. « Jouez avec le chat pendant 5 à 10 minutes – pas besoin de plus – , à heures fixes, en s’arrangeant pour qu’elles puissent être poursuivies quand vous retournerez au travail, par exemple à 8 h et à 17 h », suggère-t-il.

Concernant les litières, M. Filion pointe que les petites erreurs en la matière qui étaient tout juste acceptables jusqu’alors sont devenues intolérables pour le chat dans le cadre du confinement.

« Il faut une litière de plus que le nombre de chats, dans des pièces et des étages différents, dans un endroit ni trop passant ni trop isolé. Le bac doit être très grand, il doit pouvoir y rentrer du museau au bout de la queue, en diagonale », rappelle-t-il.

Que dire de plus ? Chat va bien aller !

De nombreuses ressources

La plupart des écoles et éducateurs indépendants, tant félins que canins, ont adapté leurs services pour permettre d’assurer leurs interventions en ligne – certains étaient déjà très rodés en la matière. Ils proposent de nombreuses ressources pour ce faire.

Le site internet de De Main De Maître regorge par exemple de fiches explicatives détaillées rédigées spécialement dans le cadre de la pandémie. On y trouve aussi des cours en ligne pour l’autoformation (de 67 $ à 87 $), la possibilité de suivre des formations interactives en groupe (159 $ pour cinq cours) ou des consultations privées (135 $ pour deux rencontres de 45 minutes).

Du côté de l’Éduchateur, on propose des capsules informatives, des conférences ou des consultations en ligne et par téléphone (compter 100 $/heure). Des Facebook Live gratuits sont aussi organisés tous les jeudis pour répondre aux questions du public.

> Consultez le site de l'Éduchateur

> Consultez le site de De Main de Maître

> Consultez le site de Vanessa Paré

> Consultez la liste des éducateurs du Regroupement québécois des intervenants en éducation canine