Pas simple, l’amour au temps du corona. Mais pour certains couples qui se sont formés dans ce contexte complexe, les nuages du pessimisme ont été soufflés à coups de mots doux ; éclipsant même parfois de longues périodes de célibat. Portraits d’amours diversifiés qui ont fleuri sur le terreau de la pandémie en s’administrant, faute de vaccin, de puissants philtres aphrodisiaques.

Publié le 14 févr. 2021
Sylvain Sarrazin
Sylvain Sarrazin La Presse

L’appel de l’amour

Edith Doyon est répartitrice. Quotidiennement, elle gère des appels importants. Mais s’il en est un qu’il ne fallait pas manquer, c’était bien celui de Marie-Dominique Duval. Celle-ci ne l’a certes pas contactée à son lieu de travail, mais plutôt dans le cadre d’une étude universitaire que cette dernière menait au printemps dernier. Le thème ? Trouver l’amour en temps de confinement. La chercheuse s’était ainsi inscrite sur une foule de sites de rencontre, non pas pour flirter, mais pour récolter une matière première pour son étude.

Enchaînant les entretiens de recherche auprès de participants volontaires, elle a fini par soumettre le questionnaire à Edith Doyon, inscrite sur l’un de ces sites. Mais cette fois-ci, l’entretien est allé en prolongation, avec des sous-questions. « Une fois l’entrevue terminée, on a parlé en visio pendant trois heures, ça a vraiment cliqué. Puis on a commencé à s’écrire régulièrement… et on ne s’est pas lâchées », raconte Mme Doyon.

Après les problématiques universitaires, voici un autre cube Rubik se pointer : entre les restrictions sanitaires (nous sommes au mois d’avril, au cœur de l’épidémie), leurs résidences éloignées (l’une est à Magog, l’autre à Sherbrooke), les horaires de travail rotatifs, leurs penchants pleinairistes et sportifs, ainsi que leurs enfants respectifs (quatre au total), pas évident de trouver le bon tempo.

« C’est sûr que c’est toujours un peu compliqué de se voir, mais on a réussi à bien gérer ça. On y est allées graduellement », indique Mme Doyon. Pour simplifier un contexte coronaviral déjà complexe, Mme Duval a déménagé à Magog, dans un logement à proximité. Les enfants ? Aux anges. « Ils sont super contents, la chimie entre les quatre se passe très bien. Les miens apprécient beaucoup ma conjointe, je pense que celui de ma conjointe m’apprécie aussi », se réjouit Edith Doyon.

Catalyseur de bonheur pour infirmiers confinés

PHOTO FOURNIE PAR LE-LE NGUYEN ET DANIEL BÉGIN

C’est au cœur d’une bulle (de confinement) dans une bulle (le village nordique de Kuujjuaq) que Le-Le Nguyen et Daniel Bégin se sont retrouvés.

Ils avaient fait leur deuil de l’amour au long cours. Mais pour ces deux infirmiers, le destin a prodigué quelques soins particuliers, faisant croiser leurs routes très loin des vies mondaines : Le-Le Nguyen vient de Montréal, Daniel Bégin, de Québec, mais c’est dans le Grand Nord, à Kuujjuaq, où ils exercent, qu’une fleur a poussé alors que l’épidémie fauchait le pays. Et si cette dernière a freiné bien des ardeurs en 2020, elle a aussi créé un terrain favorable pour faire éclore des cœurs.

« La pandémie n’a pas forcé les choses, mais a servi de catalyseur en les accélérant. L’étape d’apprendre à se connaître et à se côtoyer au quotidien n’aurait pas été aussi facile et rapide », indique la jeune femme travaillant au Nunavik depuis deux ans.

Surtout que cette région a instauré un couvre-feu de plusieurs mois dès le printemps 2020, amenant le nouveau couple à écouler des soirées entières en duo. « Le fait de se côtoyer au quotidien très rapidement fait que ça passe ou ça casse. Pour nous, ça a passé ! À Kuujjuaq, on est déjà dans une bulle, dans une réalité où tout se passe plus vite. J’ai l’impression que deux semaines ici, c’est comme deux mois dans ma vie à Montréal », poursuit-elle. Les besoins criants en logement dans le village, combinés à la volonté de partager rapidement le même toit, les ont amenés à emménager ensemble. Faisant partie du personnel de santé, le couple a continué de travailler, créant une certaine respiration dans sa relation.

« Franchement, j’ai adoré mon année 2020 », lance Mme Nguyen, qui pourrait tout aussi bien tomber amoureuse de 2021 : après des fiançailles à l’automne, un mariage a été placé à l’agenda au mois de juillet prochain.

« On est un peu sur l’autoroute des étapes », reconnaît-elle. Une aventure grisante dans la grisaille pandémique ; au point de se donner un petit frisson ? « Oui, ça fait un peu peur, répond-elle en riant. Mais on s’aime, on se parle de nos appréhensions. Et à l’âge où on est rendus, on sait un peu ce qu’on veut et on a sauté à pieds joints dedans. »

Des cœurs qui tanguent en Équateur

PHOTO FOURNIE PAR MARGAUX DE GUISE-ALARIE

Confinés dans des maisons adjacentes avec une cour commune en Équateur, Margaux et Junior doivent maintenant composer avec les restrictions gouvernementales de voyage et d’immigration, ce qui leur complexifie la tâche.

Deux mètres, c’est déjà beaucoup pour des couples naissants. Alors imaginez 5000 kilomètres… C’est la distance qui sépare Margaux de Guise-Alarie de son amoureux équatorien Junior Covo, rencontré début 2020 en plein confinement.

Tout a commencé aux îles Galapagos, où la biologiste québécoise s’était rendue pour effectuer du bénévolat. Entre l’étude de deux tortues géantes, un microscopique virus a soudainement forcé le monde à se carapacer. Couvre-feu et confinement l’ont contrainte à rester, avec une autre bénévole, dans une maison prêtée par le parc national. Celle-ci disposait d’une cour partagée avec l’habitation adjacente, où étaient parqués des marins militaires, dont Junior. « Peu à peu, on s’est rapprochés, vu qu’on partageait le même terrain, puis nous mettions tous nos ressources en commun », raconte celle qui pensait que la situation ne s’éterniserait pas. Mais le groupe entier a été bloqué dans l’île jusqu’en juillet avant de pouvoir regagner le continent ; le temps de forger des liens forts. Libéré, mais désormais soudé, le nouveau couple a pu sillonner l’Équateur et visiter la famille du militaire.

Cependant, Margaux, qui initialement n’avait pas prévu de revenir au Québec, a dû se résoudre à le faire en octobre, tous ses projets de bénévolat et de contrats avec des ONG ayant volé en éclats. Depuis, la relation se poursuit en ligne, avec des communications quotidiennes et l’établissement d’un plan pour que l’Équatorien puisse se rendre au Canada avec un visa. Une manœuvre complexifiée par des réglementations qui leur semblent nébuleuses et l’imposition d’une quarantaine de trois jours en hôtel au coût salé de 2000 $. « Ce n’est pas tant la distance qui est difficile à vivre, mais plutôt qu’il n’y a aucun moyen de savoir quand on pourra se revoir à cause des règles gouvernementales. On n’a pas d’information, c’est ça qui est frustrant », déplore celle qui n’exclut pas de remettre le cap sur l’Équateur et de se lancer dans la préparation d’une maîtrise à distance.

Actifs et en amour : « On se pince tous les jours ! »

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Sylvie Vachon et Pierre Blais se sont rencontrés grâce au site Rencontre sportive, au mois de mai. Ils ont développé une complicité à toute épreuve, avec des valeurs et des intérêts communs. « J’avais une liste de critères plus ou moins négociables, elle a fait exploser toutes les cases ! », lance M. Blais. Depuis, dans le parc du Mont-Saint-Bruno, on peut observer le passage de ces deux tourtereaux.

Rester actif et combattre l’isolement furent deux grands défis de 2020. Sylvie Vachon et Pierre Blais les ont relevés avec brio, se découvrant nombre d’atomes crochus pendant que le virus tempêtait sur le Québec. Ils revenaient d’ailleurs tout juste d’une randonnée de ski de fond quand nous leur avons parlé, racontant à quel point la plateforme « Rencontre sportive » a été le terrain idéal pour leur rencontre.

Mme Vachon arrivait dans une nouvelle ligue : sortant d’une relation de 30 ans, fraîchement installée dans un nouveau milieu, établie en télétravail. M. Blais, lui, gardait l’œil ouvert, sans jamais baisser les bras.

S’apercevant qu’ils avaient bien des visions communes et qu’ils résidaient à moins de 1 km l’un de l’autre, ils ont fait ce que des centaines de célibataires ont testé l’an passé : marcher ensemble. Il faut dire qu’ils ont une cour arrière extraordinaire pour cela, nommée parc national du Mont-Saint-Bruno.

Cette première balade les a ensuite menés sur des sentiers de plus en plus lumineux, que même la pandémie n’a jamais réussi à obscurcir : « Le contexte de la COVID n’a pas représenté un défi, grâce à notre proximité et à notre compatibilité, on a un peu créé notre bulle tandis que l’on ne pouvait plus en fréquenter d’autres, comme celle des amis », raconte le couple, qui s’adonne ensemble au télémark, au tennis, au vélo, au ski de fond, à la marche ou à la raquette en nature – sans rechigner sur un spa ou un bon repas.

Et ils ne furent pas du genre à se laisser mettre des bâtons dans les roues du bonheur, que ce soit par les confinements ou le fait d’avoir passé le cap de la cinquantaine ; seuil au-delà duquel bien des célibataires se sentent découragés.

« On se pince tous les jours. On partage ce grand bonheur-là parce qu’on sait que c’est difficile pour beaucoup de monde actuellement. On aimerait passer le message qu’une fois la bonne personne trouvée, on passe à travers beaucoup plus facilement. Il ne faut pas lâcher ! », lancent-ils.