Chaque année, durant le temps des Fêtes, Pierre Perrault reçoit sa grande famille sous son toit. Un toit qui en cache d’autres, puisqu’autour du sapin sont disposées les magnifiques maisons en pain d’épice confectionnées par ses petits-enfants, sous sa supervision, pendant le mois de décembre. Du bonheur en sucre, à croquer ; alors pas question de ne pas remettre en chantier, cette année encore, ce qui est devenu un rituel familial.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

S’il en est un qui doit observer cette petite tradition avec la plus grande bienveillance, du haut de son nuage en barbe à papa, c’est bien le grand-père de M. Perrault, qui officiait de son vivant comme confiseur.

Aujourd’hui, le grand-papa gâteau, c’est Pierre. En guise d’échauffement pour Noël, il a déversé de sa hotte une première fournée de sucreries sur la table ronde de sa cuisine : jujubes, maïs soufflé rouge et vert, sucres colorés en paillettes, granules, M&M’s, bretzels, bandes sures multicolores, et plus encore.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Les enfants laissent libre cours à leur créativité pour décorer les maisons, inventant des personnages hauts en couleur et au mélange d’arômes et de textures surprenant.

Dans les bols remplis à ras bord plongent quatre paires de mains appartenant à Iris, 9 ans, Milane, 11 ans et demi, Mateo, bientôt 14 ans, et Laurélie, presque 17 ans. Tous petits-enfants de Pierre, ils semblent prendre un malin plaisir à piocher dans les bonbons afin de créer, au gré de leur créativité, des maisons en pain d’épice dignes de celle d’Hansel et Gretel. D’ailleurs, les douceurs ne finissent pas toutes leur course sur les toits des chaumières, certaines allant plutôt se loger directement… sur un palais !

Constructions créatives

« Notre grand-père nous aide pour monter la base en pain d’épice, puis on les décore nous-mêmes. Avant de faire les nouvelles, on regarde celles de l’année passée pour essayer d’en faire des différentes », explique Mateo, lancé dans la fabrication de glaçons sucrés qu’il disposera le long du toit. Sa sœur et ses cousines ne sont pas en reste, les idées bouillonnant et circulant autour de la table. Iris a saupoudré le toit de sucre brillant, en guise de neige, et disposé une quantité gourmande de bonbons pour former des guirlandes. « Elle n’est pas encore terminée, il n’y en a jamais trop ! », s’exclame-t-elle.

Milane, elle, a également tissé des guirlandes rouges et vertes, à sa manière, en les reliant joliment avec des courbes de glaçage. « J’ai mis des bandes colorées pour la porte et j’utiliserai du pop-corn pour faire des séries de couleur », prévient-elle.

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Quant à Laurélie, elle préfère miser sur la sobriété, en alignant des bandes acidulées multicolores pour recouvrir le toit. « La réalisation prend environ deux heures, dit-elle. Avant, on faisait les murs et le toit nous-mêmes avec grand-papa, en utilisant des moules, mais ça tenait vraiment mal », se souvient-elle.

Pour pallier les structures précaires et les effondrements nocturnes (cela s’est déjà produit !), M. Perrault préfère dorénavant acheter les bases prêtes à l’emploi. 

Idéalement, il faut les monter la veille, avec du glaçage, pour que ça ait le temps de sécher et que ce soit solide. Avant, on fabriquait les bases nous-mêmes, mais c’était beaucoup plus d’ouvrage et le résultat était moins heureux.

Pierre Perrault

Glaçage à tout âge

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Un sapin de pain d’épice tout en glaçage, décoré de flocons de neige sucrés

Ah ! Le glaçage. Fait maison (avec blanc d’œuf et sucre à glacer), il constitue la clé de voûte de l’œuvre entière. Servant non seulement de ciment d’unité des constructions, il s’avère aussi indispensable pour fixer les éléments décoratifs. Grand-papa, qui en assure la production en continu au cours des édifications, n’hésite pas à rajouter du colorant alimentaire pour obtenir un ton vert. Ce dernier viendra entourer les fenêtres en bretzels ou les bonshommes de pain d’épice qui monteront la garde devant les édifices.

Elle aussi en mode observation, Émilie, la fille de Pierre, regarde ses enfants et leurs cousines joyeusement besogner. De quoi rebrasser des souvenirs, puisque son père lui avait confectionné une maison semblable alors qu’elle avait 5 ou 6 ans. L’idée a ressurgi et s’est transformée en atelier familial annuel avec la venue de la nouvelle génération. « Quand les petits-enfants arrivent, ça ravive la magie de Noël », commente-t-elle.

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Pierre Perrault entouré de ses petits-enfants : Milane, 11 ans et demi, Laurélie, presque 17 ans, Iris, 9 ans, et Mateo, bientôt 14 ans

Les maisons, qui se perfectionnent d’année en année, finiront-elles dévorées par les enfants, comme dans le conte des frères Grimm ? Pas sûr ; elles seront plutôt réunies sous le sapin à l’occasion du réveillon. Reste à savoir à quelle envie il sera le plus difficile de résister : celle d’ouvrir les cadeaux ou celle de picorer les toitures sucrées ?